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Une connaissance de l’IA pour ne pas en avoir peur
Dans Agir sans subir dans un monde connecté, l’auteure Cécile Petitgand propose une réflexion claire et accessible sur notre rapport au numérique et à l’hyperconnexion. À une époque où les écrans, les réseaux sociaux et les flux d’informations occupent une place centrale dans nos vies, ce livre invite le lecteur à reprendre le contrôle plutôt que de se laisser entraîner passivement. L’un des grands points forts de l’ouvrage est sa capacité à mêler analyse et conseils pratiques. L’auteur ne se contente pas de critiquer le monde connecté : il aide le lecteur à comprendre ses mécanismes (notifications, pression sociale, surinformation) et à développer une attitude plus consciente et active. Le message principal est encourageant : il est possible d’agir, de choisir et de décider, même dans un environnement numérique omniprésent. Le style est fluide, pédagogique et adapté à un large public, y compris aux jeunes lecteurs. Les exemples concrets rendent les idées faciles à comprendre et à appliquer au quotidien, que ce soit dans la gestion du temps d’écran, la prise de recul face aux réseaux sociaux ou le développement de l’esprit critique.En résumé, Agir sans subir dans un monde connecté est un livre stimulant et utile, qui pousse à réfléchir sur nos habitudes numériques tout en donnant des clés pour devenir plus autonome et responsable. Il constitue une lecture pertinente pour toute personne souhaitant mieux vivre dans un monde connecté sans en être prisonnière. Agir sans subir dans un monde connecté Cécile Petitgand. Presses de l’Université Laval 165p. www.pulaval.com |
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Les nouveaux visages du racisme
Keon West propose une analyse claire, accessible et percutante des mécanismes du racisme ordinaire. Ce qui donne un essai qui frappe juste Je ne suis pas raciste mais… À partir de recherches en psychologie sociale, l’auteur montre que le racisme ne se limite pas aux comportements ouvertement haineux : il peut aussi prendre des formes plus subtiles, souvent inconscientes, présentes dans le langage, les attitudes ou les habitudes quotidiennes. Le titre du livre illustre bien cette idée, en mettant en lumière une phrase fréquemment utilisée pour se défendre du racisme tout en reproduisant des stéréotypes. L’un des grands points forts de l’ouvrage est sa pédagogie. Keon West s’appuie sur des exemples concrets, des expériences scientifiques et des situations de la vie courante, ce qui rend le propos compréhensible et engageant pour un large public. Le ton n’est ni moralisateur ni accusateur : au contraire, l’auteur invite à la réflexion personnelle et collective, en montrant que reconnaître ses biais est une étape essentielle pour progresser vers plus d’égalité. Enfin, ce livre se distingue par son utilité sociale.
Je ne suis pas raciste mais… Keon West. Belfond 356p. www.belfond.fr |
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Sur les migrations sépharades du Maroc au Canada et en France
Nous connaissons tous ou en sommes nous témoins, de ressortissants juifs en provenance du Marco. Un essai qui force l’admiration par sa rigueur Migrations postcoloniales des Juifs du Maroc est une œuvre collective dirigée par l’historienne Yolande Cohen, professeure titulaire à l’Université du Québec à Montréal, spécialiste reconnue des migrations et des histoires juives d’Afrique du Nord. Ce livre apporte une contribution majeure à l’historiographie des migrations juives marocaines en mettant en lumière des trajectoires humaines, sociales, politiques et culturelles jusqu’ici peu explorées. L’ouvrage s’inscrit dans une perspective post-coloniale, en observant comment la fin de l’empire colonial français, l’après-Shoah et la création de l’État d’Israël ont façonné, simultanément, des opportunités et des contraintes pour les Juifs marocains qui ont quitté leur pays natal vers la France et le Québec, entre autres. Ce livre se distingue par son approche interdisciplinaire : il ne s’agit pas d’un récit linéaire mais d’un ensemble d’essais qui se complètent, Cohen montre que ces populations ont souvent vécu une mobilité transnationale fluide entre le Maroc, la France, le Canada et Israël — une réalité qui illustre la complexité des appartenances et des choix migratoires dans un monde post-colonial. Migrations postcoloniales des Juifs du Maroc vers les Canada et la France Collectif sous la direction de Yolande Cohen. Presses de l’Université d’Ottawa 312p. www.presses.uOttawa.ca |
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Corrélation entre l’usage des données et la démocratie en mutation
Voici une contribution intellectuelle majeure qui réussit à combiner rigueur académique et pertinence sociopolitique dans l’examen des transformations profondes que les mégadonnées et l’intelligence artificielle opèrent dans nos systèmes démocratiques. Dirigé par Éric Montigny et Cecilia Biancalana, Démocratie artificielle cet ouvrage collectif réunit des expert·e·s de disciplines variées — science politique, droit, sociologie, communication et informatique — ce qui lui confère une approche multidimensionnelle rare et enrichissante. L’une des grandes forces de cet essai est sa capacité à synthétiser les enjeux actuels tout en offrant des pistes de réflexion pour l’avenir. Sans se limiter à une perspective pessimiste, les auteur·e·s décrivent comment les données massives peuvent à la fois enrichir les pratiques démocratiques (par exemple en affinant les politiques publiques ou en élargissant la participation citoyenne) et poser des défis sérieux en termes de vie privée, de désinformation et de polarisation.Ce qui distingue particulièrement Démocratie artificielle, c’est son éclectisme disciplinaire, qui permet au lecteur de saisir la complexité des phénomènes étudiés sous différents angles — technique, politique et normatif. L’ouvrage ne se contente pas d’analyser des problèmes : il stimule le débat sur la manière dont les sociétés démocratiques peuvent tirer profit des technologies sans sacrifier leurs principes fondamentaux (liberté d’expression, égalité politique, délibération publique). Cette démarche proactive — qui invite à penser des cadres normatifs robustes plutôt qu’à simplement dénoncer les dérives technologiques est l’un de ses apports les plus appréciables.
Démocratie artificielle Collectif. Presses de l’Université Laval 232p. www.pulaval.com |
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Ce besoin de s’exiler pour respirer
Ce roman brillant qui a pour titre De retour quand j’aurai changé une saga qu’annonce l’auteure Gabrielle Lebeau raconte l’élan vital d’une jeune femme de dix-huit ans, Gabrielle, en quête de sens, d’autonomie et de transformation personnelle. Elle vit dans une banlieue qu’elle ressent comme étouffante et manque de repères clairs : elle a l’impression de « mourir à petit feu » dans une routine qui ne lui correspond pas. C’est donc animée d’un désir profond de changement qu’elle décide de tout quitter pour partir seule à Londres avec un permis de travail de deux ans, espérant que ce voyage l’aidera à se découvrir, à apaiser sa solitude et à mieux comprendre qui elle est.Le roman se structure autour du voyage intérieur autant que du voyage géographique. On y suit Gabrielle dans ses préparatifs, ses doutes, ses aspirations et ses premières expériences à l’étranger. Le récit alterne entre réflexions personnelles, moments de vulnérabilité et petites victoires quotidiennes qui marquent son passage de l’adolescence à l’âge adulte. La narration place le lecteur au cœur des émotions de l’héroïne, ce qui rend l’expérience immersive et souvent poignante. L’intérêt de ce roman tient à sa capacité à fusionner introspection et récit d’aventure : plutôt que de compter sur de grandes péripéties extérieures, l’auteur met l’accent sur le cheminement intérieur de Gabrielle — ce qui la pousse à partir, ce qu’elle espère trouver à l’étranger et comment ses premières découvertes la font grandir. Le style est simple et direct, reflétant l’authenticité de la voix de la protagoniste et sa quête sincère de changement.
De retour quand j’aurai changé Gabrielle Lebeau. Éditions Sylvain Harvey 220p. www.editionssylvainharvey.com |
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Le coin de la BD
Le maître de la BD érotique Manolo Carot n’a pas tari son lot de fantasmes. A preuve Des vices et des os qui sort chez Tabou. Au moment où la chaîne de vente en ligne Shein é-branle la planète avec ses poupées érotiques de jeunes nubiles, voici que l’auteur nous emmène dans un futur, mais alors très loin où il n’y a que des femelles androïdes robotisées avec des codes érotiques bien spécifiques à leur structure. Mais à leur façon, elles peuvent rendre des services à l’humain menacé par une bactérie. Et si l’auteur était tout simplement un visionnaire ? Brrrr….
Chez l’éditeur DM c’est Thriller ville du tandem Lerenard et Puvilland. propose une immersion réussie dans un univers sombre et intrigant, où le mystère s’installe dès les premières pages. L’histoire est bien construite, avec une progression du suspense qui maintient l’attention du lecteur tout au long de la lecture. Les personnages sont crédibles et participent pleinement à l’atmosphère pesante de la ville, renforçant le sentiment de tension et le dessin, soigné et expressif, soutient efficacement le récit en accentuant les ambiances inquiétantes et les moments clés de l’intrigue. Le découpage est dynamique et facilite la compréhension de l’histoire tout en conservant un bon rythme. Dans l’ensemble, C’est une BD prenante et réussie, qui séduira les amateurs de thrillers et de récits mystérieux.
Ailleurs, Isis, les mystères dévoilés du duo Winona et Emka réussit à mêler imaginaire et mythologie avec un charme saisissant. À travers un scénario original signé Emka et des illustrations riches de Winona, le lecteur est invité à suivre les aventures de la déesse égyptienne Isis, figure féminine puissante, douce et pourtant pleine de mystère. L’album plonge habilement au cœur de l’Égypte ancienne, offrant une lecture à la fois immersive et évocatrice, où les légendes prennent vie avec élégance.
L’univers visuel, soigné et lumineux, sert parfaitement le récit, renforçant la sensation d’exploration et d’émerveillement. Les thèmes de justice, d’équilibre et de quête de sens qui traversent l’histoire donnent une résonance contemporaine à cette figure emblématique du panthéon égyptien. En dépit de son format compact, cette BD offre une expérience riche en émotions et en découvertes, donnant envie de découvrir la suite du diptyque. C’est publié chez Graph Zeppelin.
Chez le même éditeur un peu de cap et d’épée avec La duelliste de Trifogli et Celestini. L’histoire débute à Paris sous Louis XV. Après qu’un spadassin renommé, le Baron de Valmy, tue dans un duel le père de Françoise, jeune fille de bonne famille, celle-ci décide de prendre sa revanche. Cette dernière âgée d’environ quinze ans, abandonne ses atours et sa vie confortable pour apprendre l’escrime, s’entraînant avec un maître d’armes. Elle s’immerge progressivement dans un monde d’hommes, où l’honneur, les trahisons et les intrigues de la noblesse dictent la loi des lames. L’album nous fait voyager des salons aristocratiques aux bas-fonds de Paris, mêlant aventure, combat et passion, tandis que Françoise forge son identité et son habileté à l’épée
Maintenant de l’érotisme à forte dose avec chez l’éditeur Tabou Kiff belles & insatiables signé Max Sulfur (un patronyme prédestiné). Après avoir été surpris dans des situations compromettantes avec ses étudiantes, Alexi croyait être renvoyé. Finalement, la directrice Müller décide de ne pas transmettre son rapport aux autorités, estimant que les étudiantes sont majeures et consentantes. Cependant, elle lui impose une condition : faire preuve d’un comportement irréprochable à l’avenir, car sa conduite influera sur la réputation de l’académie. Plutôt que de se concentrer sur l’enseignement, Alexi se retrouve impliqué malgré lui dans des (més)aventures sexuelles avec ces étudiantes insatiables, qui multiplient les initiatives pour le séduire et satisfaire leurs désirs.
Enfin, chez Tabou toujours Le Petit Derrière de l’Histoire – L’intégrale est une bande dessinée érotique et humoristique de 240 pages, scénarisée et dessinée par Katia Even, avec les couleurs de Marina Duclos. L’histoire suit Marie, une ingénieure propulsée malgré elle à travers différentes époques par une machine à voyager dans le temps détraquée. À chaque saut temporel, elle se retrouve mêlée aux grands inventeurs et découvreurs de l’histoire, dont elle inspire, par des rencontres aussi sensuelles que fantasques, les idées qui feront leur renommée L’intégrale brille par son ton décalé, léger et espiègle, mêlant humour, sensualité et fantaisie historique sans jamais tomber dans la vulgarité gratuite. Les récits courts et dynamiques permettent de multiplier les situations cocasses tout en maintenant un rythme fluide et divertissant. Le trait de Katia Even, à la fois expressif et chaleureux, se marie à merveille avec les couleurs vives de Marina Duclos, créant une atmosphère à la fois ludique et séduisante. L’ensemble donne une lecture agréable qui attise le sourire autant que l’imagination. |
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Un correspondant de guerre décrit les ravages de la haine
Philippe Lobjois couvre les grands conflits depuis des lustres et présentement est témoin de premier plan de ce qui se passe en Ukraine. Il nous arrive avec un récit Sa Majesté du carnage un texte marquant qui plonge le lecteur au cœur de la violence humaine et de ses mécanismes. À travers une écriture à la fois directe et imagée, Philippe Lobjois parvient à décrire un univers brutal sans jamais tomber dans la gratuité. Le titre, fort et symbolique, annonce d’emblée le thème central de l’œuvre : la domination du chaos et de la destruction sur les hommes. L’auteur maîtrise parfaitement l’art du récit court et percutant. Les scènes sont intenses, parfois choquantes, mais toujours porteuses de sens. Elles invitent le lecteur à réfléchir sur la nature humaine, la guerre et la fascination dangereuse qu’exerce le pouvoir de la violence. Le style est efficace, rythmé, et maintient l’attention du début à la fin. Ce récit se distingue également par sa portée critique. Philippe Lobjois ne se contente pas de raconter des faits : il amène le lecteur à s’interroger sur la responsabilité individuelle et collective face au carnage. Cette dimension réflexive donne au texte une profondeur particulière et en fait une lecture à la fois forte et instructive.
Sa majesté du carnage Journal d’Ukraine. Philippe Lobjois. Récamier 269p. www.editions-recamier.fr |
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Du temps où des femmes régnaient socialement
On dit volontiers que le pouvoir a toujours été du côté des hommes. Rare ignorance. Que nous rappelle une essayiste avec un ouvrage d’érudition, l’essai Sociétés matriarcales du passé et émergence du patriarcat de Heide Goettner-Abendroth est une œuvre ambitieuse et stimulante qui propose une relecture originale et profonde de l’histoire humaine en mettant en lumière des formes de sociétés souvent négligées ou invisibilisées par la tradition historique dominante.L’autrice, philosophe et anthropologue allemande, spécialiste reconnue des études matriarcales, y examine en détail comment et pourquoi des structures sociales égalitaires, centrées sur des valeurs matrilinéaires et basées sur le consensus, ont existé dans des sociétés anciennes — notamment en Asie occidentale et en Europe — et comment ces formes ont progressivement été évincées par les structures patriarcales.
L’un des points forts de l’essai est sa critique rigoureuse des biais patriarcaux dans l’archéologie et l’historiographie. Goettner-Abendroth montre que l’interprétation des vestiges anciens est souvent influencée par des présupposés qui projettent notre modèle social actuel sur le passé. En s’appuyant sur des découvertes archéologiques récentes et une analyse historique approfondie, elle propose une vision alternative de l’évolution des sociétés humaines, plus nuancée et complétée par des perspectives jusque-là marginalisées.
En somme, Sociétés matriarcales du passé et émergence du patriarcat est un ouvrage très documenté qui à peine sorti des presses fait office de référence. Sociétés matriarcales du passé et émergence du patriarcat Asie occidentale et Europe. Heide Goettner-Abendroth. Éditions des femmes Antoinette Fouque 569p. www.desfemmes.fr |
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La rétrospective de l’an dernier d’André-Philippe Côté
Si on veut avoir une bonne année des niaiseries et autres incongruités qui ont marqué l’année 2025, bien sûr il y a le Bye Bye et Infoman, mais une autre façon incontournable est de voir ce qu’en disent les caricaturistes Chapleau de La Presse et Côté du Soleil. De ce dernier cher André-Philippe Côté sort le rituel de De tous les…Côté. Et vous savez qu’avec lui rien n’est épargné, à commencer par le premier ministre du Québec, le fade François Legault et tout ce qui compose la société québécoise, dont le système scolaire éternellement défaillant. On sourit et on rit aussi beaucoup. C’est tonifiant au possible de constater que de grands talents comme le sien partagent notre lucidité sur les choses.
De tous les Côté 2025 André-Philippe Côté. Éditions La Presse 151p. www.editionslapresse.ca |
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Un autre roman inspiré par l’Holocauste
L’Holocauste est un terreau inépuisable d’histoires, de romans, de récits qui semble inépuisable. A preuve Le Petit Menteur de Mitch Albom est un roman bouleversant qui s’inscrit dans la lignée des œuvres les plus émouvantes de l’auteur. Inspiré par le contexte tragique de la Seconde Guerre mondiale, le récit explore avec une grande sensibilité les conséquences du mensonge, surtout lorsqu’il est prononcé pour rassurer ou protéger. Mitch Albom parvient à transformer une histoire apparemment simple en une réflexion profonde sur la culpabilité, la responsabilité morale et la perte de l’innocence. Un jeune grec est l’objet d’un marchandage avec un officier allemand chargé de la déportation des juifs de Salonique. Le garcon, en échange de sa vie sauve, doit faire croire aux siens, qu’en montant dans les wagons, ils seront assurés de lendemains qui chantent. À la fois touchant et grave, Le Petit Menteur est un roman qui marque par sa profondeur morale et son message universel. Il confirme le talent de Mitch Albom pour raconter des histoires simples en apparence, mais riches de sens, qui résonnent longtemps après la dernière page.
Le petit menteur Mitch Albom l’Archipel 313p. |
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Au coeur de la guerre de Sécession et des tourments de Lincoln
Un rêve de feu d’Erik Larson est un ouvrage captivant qui conjugue avec brio rigueur historique (la guerre de Sécession) et puissance romanesque. Fidèle à ce qui fait la réputation de l’auteur, l’ouvrage plonge le lecteur dans une époque marquée par les tensions, les ambitions et les bouleversements humains, tout en donnant vie à des personnages d’une grande densité psychologique. Larson excelle dans l’art de transformer des faits réels en une narration haletante. Son écriture précise et immersive restitue l’atmosphère de l’époque avec un sens aigu du détail, sans jamais alourdir le récit. Chaque scène semble animée par une tension sous-jacente, ce qui maintient l’intérêt du lecteur du début à la fin. On admire particulièrement sa capacité à mêler enjeux individuels et destin collectif, donnant au roman une portée à la fois intime et universelle. Le titre, Un rêve de feu, prend tout son sens au fil des pages, évoquant à la fois la force des idéaux, la destruction qu’ils peuvent engendrer et la lueur d’espoir qui persiste malgré tout. Le roman interroge subtilement la nature humaine, ses élans de grandeur comme ses zones d’ombre, sans jamais tomber dans le manichéisme.
Un rêve de feu Erik Larson. Le Cherche-Midi 714p. www.cherche-midi.com |
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Une chinoise à la tête de la République française
Pour un ouvrage de politique fiction c’en est tout un. Jugez vous-même, une chinoise qui deviendra présidente de la République française!. La Présidente de José Frèches est un roman politique percutant et remarquablement actuel, qui explore avec finesse les coulisses du pouvoir et les défis liés à l’exercice de la plus haute fonction de l’État. À travers une intrigue solidement construite, l’auteur propose une réflexion stimulante sur la démocratie, l’ambition et la responsabilité politique. Le personnage de la Présidente est particulièrement réussi : complexe, déterminée et humaine, elle échappe aux stéréotypes pour incarner une figure de pouvoir nuancée, confrontée à des choix difficiles et souvent contradictoires. À travers elle, le roman aborde des thèmes majeurs tels que la place des femmes en politique, le poids des décisions publiques et la solitude du pouvoir. Porté par une écriture fluide et efficace le livre se lit avec intérêt et vivacité. C’est un roman engagé, intelligent et accessible, qui invite à réfléchir sur le fonctionnement de nos institutions tout en offrant une intrigue captivante. Une lecture enrichissante pour tous ceux qui s’intéressent à la politique contemporaine et à ses enjeux humains.
La présidente José Frèches. X0 éditions 724p. |
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A propos du plus grand mystère de l’Univers
Voici une remarquable introduction aux mystères du temps, écrite avec une grande clarté et un enthousiasme communicatif. L’auteur de Le temps un formidable vulgarisateur Colin Stuart parvient à rendre accessibles des notions complexes issues de la physique, de l’astronomie et de la cosmologie, sans jamais perdre le lecteur. Ce qui frappe d’abord, c’est la capacité de l’auteur à vulgariser des idées parfois abstraites — comme la relativité, la flèche du temps ou la dilatation temporelle — tout en conservant leur profondeur scientifique. Le livre se distingue également par son sens du récit. Les exemples concrets, les anecdotes historiques et les expériences de pensée rendent la lecture vivante et captivante. Le lecteur passe ainsi d’Einstein aux horloges atomiques, des trous noirs à notre perception subjective du temps, avec le sentiment d’être accompagné par un guide passionné et pédagogue. La structure claire du livre permet de progresser pas à pas, tout en ouvrant régulièrement des perspectives plus larges sur notre place dans le temps. On amène le lecteur à questionner sa propre relation au temps : sa vitesse ressentie, la mémoire, l’avenir, et la manière dont la science transforme notre compréhension du monde. On referme le livre avec l’impression d’avoir voyagé intellectuellement, tout en ayant appris beaucoup.
Le temps Colin Stuart. Quanto 115p. www.editionsquanto.org |
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Dans les coulisses de la mythique CIA
Quand vous voyez le gros pavé de Tim Weiner “La mission” vous êtes tout près de penser que nous avons affaire à un gros polar. Eh bien non.. Ce n’est pas un roman de fiction, mais un ouvrage historique et journalistique qui explore en profondeur l’évolution de la CIA au XXIᵉ siècle à travers des faits réels, des enquêtes et des interviews avec d’anciens agents et hauts responsables. Ce livre plonge le lecteur au cœur des arcanes de l’une des institutions les plus secrètes et souvent mal comprises du monde contemporain : la Central Intelligence Agency des États-Unis. Grâce à la plume experte de Tim Weiner — lauréat du Pulitzer Prize et auteur d’un précédent ouvrage acclamé — le lecteur est entraîné dans une analyse rigoureuse, captivante et profondément humaine des défis auxquels la CIA a été confrontée depuis les années 1990. Ce qui rend ce livre particulièrement remarquable, c’est la richesse spectaculaire de ses sources. Weiner s’appuie sur des interviews inédites avec six anciens directeurs de la CIA, treize chefs de station et de nombreux agents ayant servi sous couverture, souvent pour la première fois de leur carrière, ce qui donne à son récit une authenticité et une profondeur rares. Et comme l’agence sous la gouverne de Trump est prête à tous les coups tordus, cette lecture devient impérative pour comprendre sa culture.
La mission Tim Weiner. Robert Laffont 564p. www.robertlaffont.ca |
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Les dérives d’une secte
La Secte de Nicolas Feuz est un thriller captivant qui tient le lecteur en haleine du début à la fin. L’auteur, connu pour ses talents de romancier policier, réussit ici une intrigue ingénieusement construite autour d’un huis clos glaçant au cœur des Alpes suisses : un stage de remise en forme se transforme progressivement en cauchemar isolé dans un refuge coupé du monde, balayé par une tempête de neige qui accentue la sensation d’isolement et de danger. L’histoire s’appuie sur l’ombre dramatique de l’Ordre du Temple Solaire, un fait divers réel tragique qui donne à la fiction une profondeur et une gravité rarement vues dans le genre. Cette inspiration ancre le récit dans une atmosphère d’autant plus angoissante que la tension entre les personnages monte au fil des pages, et que chaque événement semble lié à ce passé trouble. Les personnages sont bien dessinés et leurs psychologies explorées avec soin : l’inspectrice Ana Bartomeu, déjà connue des lecteurs fidèles de Feuz, ainsi que les autres protagonistes, deviennent des figures attachantes ou inquiétantes, tour à tour suspectes ou vulnérables, ce qui renforce l’effet de suspense. Un excellent thriller psychologique et policier donc, qui combine avec brio suspense, ambiance oppressante et intrigue bien ficelée.
La secte Nicolas Feuz. Éditions Rosie Wolfe 332p. www.rosieewolfe.com |
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Rendre la physique quantique moins barbante
Ce livre Pourquoi personne ne comprend rien à la physique quantique alors que tout le monde pourrait est une merveille de vulgarisation qui réussit le pari ambitieux de rendre la physique quantique accessible sans en trahir la profondeur. Les auteurs Céline Broeckaert et Frank Verstraete parviennent à montrer que le « personne ne comprend » n’est pas un aveu d’échec, mais au contraire le point de départ d’une réflexion vivante sur la science moderne. Le texte combine clarté pédagogique, humour et sens critique, ce qui en fait une lecture à la fois instructive et agréable. L’un des grands mérites de l’ouvrage est de dédramatiser la complexité de la mécanique quantique : au lieu d’accumuler des équations, il explique les idées, les paradoxes célèbres et les questions conceptuelles qui déroutent même les spécialistes. Le lecteur découvre que l’étrangeté du monde quantique n’est pas un obstacle, mais une invitation à repenser nos intuitions sur la réalité, la mesure et le rôle de l’observateur. Le livre se distingue également par sa capacité à mêler histoire des sciences et réflexion philosophique. Il montre comment les débats entre physiciens, les expériences-pensées et les interprétations concurrentes nourrissent encore aujourd’hui la recherche. Cette mise en perspective rend la discipline vivante et humaine, loin de l’image abstraite ou froide que l’on peut s’en faire.
Pourquoi personne ne comprend rien à la physique cantine alors que tout le monde le pourrait Céline Broeckaert et Frank Verstraete. Éditions Quanto 340p. www.epflpress.org |
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Un magnifique rappel de la vie et la carrière d’Ovila Légaré
Ovila Légaré connaît un sort immérité du fait combien ce comédien, folkloriste et conteur est tombé dans l’oubli, lui qui a tant fait pour la culture québécoise et la préservation d’un certain patrimoine musical. Heureusement sa petite-fille France Légaré a veillé à faire revivre cette figure de pater familias tellement sympathique et quel curé il faisait! Elle s’est adjointe la collaboration de Josée Bouchard qui a consacré une thèse à cet artiste de si grande pointure. L’ouvrage est une sorte de collage de divers témoignages de gens qui l’ont bien connu ou d’artistes qui ont senti comme un privilège de travailler à ses côtés. Le grand mérite aussi de cette démarche est de restituer une époque. On comprendra quelles ont été les étapes qui ont mené le théâtre amateur à sortir des sous-sols d’église pour gravir les échelons menant au théâtre professionnel. On en apprend beaucoup sur les conditions matérielles d’alors. C’est une lecture enrichissante au possible.
Ovila Légaré pionnier de la culture québécoise. France Légaré avec la collaboration de Josée Bouchard. Les éditions de la Francophonie 299p. www.editionsfrancophonie.com |
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Le cosmos magnifié comme jamais
Un monde à découvrir n’est pas un simple livre de science : c’est une vraie célébration visuelle de la connaissance. Avec près de 300 images spectaculaires, Vincent Glavieux invite le lecteur à un voyage fascinant de l’infiniment petit à l’infiniment grand, en faisant de chaque photographie un point d’entrée vers une compréhension plus profonde du monde qui nous entoure : des particules élémentaires aux galaxies lointaines en passant par des formes de vie surprenantes captées au microscope. Ce qui distingue cet ouvrage des manuels traditionnels, c’est sa capacité à allier rigueur scientifique et beauté visuelle. Chaque image est accompagnée d’un texte d’accompagnement clair et accessible qui éclaire non seulement ce que l’on voit, mais aussi le contexte scientifique, l’instrument qui a permis la capture et le sens de la découverte. Ainsi, la science cesse d’être une abstraction pour devenir une aventure perceptive et intellectuelle qui éveille la curiosité. L’auteur, journaliste scientifique expérimenté, réussit avec brio à rendre la science accessible sans la simplifier à l’excès. Son style est engageant, invitant le lecteur à contempler, à s’interroger et à apprendre par l’émerveillement : la beauté visuelle devient ici un vecteur puissant d’intelligibilité.
Un monde à découvrir Vincent Glavieux. Éditions 41 324p. www.epflpress.org |
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Le coin de la BD (1)
De belles découvertes à faire, à commencer par La bataille de Simancas chez Graph Zeppelin coréalisée par Rafael Jimenez et Raulo Caceres. Cette bande dessinée retrace les événements autour de la bataille de Simancas, qui oppose au Xe siècle les troupes chrétiennes du royaume de León aux armées d’Al-Andalus. L’album mêle faits historiques et mise en scène romanesque pour montrer les enjeux politiques et religieux de l’époque, les préparatifs militaires, ainsi que le déroulement du combat décisif. Les auteurs mettent en avant plusieurs personnages — chefs de guerre et soldats — pour faire ressentir la tension, la stratégie et les conséquences humaines du conflit. La BD souligne l’importance de cette bataille dans l’équilibre des pouvoirs dans la péninsule Ibérique.
Chez Tabou changement radical d’univers avec Suspiria chez Tabou avec pour sous-titre “De la cour des ténèbres” une saga dont le premier tome a pour titre “La petite mort”. Que nous offre deux créateurs géniaux Luca Laca Montagliani et Andrea Bulgarelli. C’est une bande dessinée érotique à l’atmosphère sombre et fantastique. L’album mêle sensualité, horreur légère et mystère, en mettant en scène une héroïne confrontée à des forces surnaturelles autant qu’à ses propres désirs. Le récit joue beaucoup sur l’ambiguïté entre rêve et réalité, tandis que le dessin, très expressif et détaillé, accentue le climat gothique et troublant. L’ouvrage tout en noir et blanc, s’adresse clairement à un public adulte, privilégiant l’esthétique..
Et toujours chez l’éditeur Tabou c’est Pantapolis du duo Thomas Pistoia et Walter Trono séduit par son univers inventif et son rythme maîtrisé. Thomas Pistoia y déploie une narration fluide, accessible et intelligente, portée par des personnages attachants et des dialogues efficaces. L’album réussit à mêler divertissement et réflexions plus profondes sans jamais perdre son énergie. Le dessin, expressif et dynamique, sert parfaitement l’ambiance et renforce l’immersion dans cette cité pleine de surprises. Bref, une BD originale et enthousiasmante, qui donne envie d’y revenir et de la faire découvrir. Dans cette politique fiction, ceux qui apprécieront davantage ce sont ceux qui s’inquiètent des dérives touchant la liberté d’expression comme ça se passe présentement aux États-Unis.
Et voici cette fois un tour de force. C’est rare dans le monde de l’édition en BD de voir paraître des pavés énormes. En voici un et on comprend en raison de la lourdeur du sujet. raconter par le menu l’histoire de la dynastie de la famille Kennedy. Kennedys publiée chez Glénat, du tandem Pelaez et Khattou offre un récit captivant autour de l’une des familles les plus emblématiques du XXᵉ siècle. Le scénario est rythmé et accessible, mêlant habilement histoire, drame et intimité familiale. Le dessin, soigné et expressif, donne vie aux personnages et aux ambiances, des salons feutrés du pouvoir aux moments plus personnels. L’album parvient à rendre les Kennedy à la fois mythiques et profondément humains. Une lecture agréable, élégante et bien documentée, qui se dévore facilement tout en donnant envie d’en savoir plus sur cette dynastie fascinante. |
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Le coin de la BD (2)
Ceux qui n’ont pas lu ce classique de la littérature hispanique L’amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez ont une belle chance de se rattraper avec la version en BD fruit du talent de Ugo Bertotti. Ça raconte l’histoire d’un amour obsessionnel et durable entre Florentino Ariza et Fermina Daza, dans une ville des Caraïbes à la fin du XIXᵉ siècle. Florentino, jeune télégraphiste pauvre et rêveur, tombe follement amoureux de Fermina et lui promet fidélité éternelle. Fermina finit par épouser Juvenal Urbino, un médecin riche et respecté, ce qui brise Florentino mais ne l’empêche jamais de garder l’amour de sa vie dans son cœur. Pendant des décennies, il poursuit une carrière et de nombreuses aventures tout en restant attaché à son premier amour. Ce n’est qu’après la mort du mari de Fermina que Florentino a enfin la chance de la retrouver : après plus de cinquante ans d’attente et de désir intact, leur amour peut renaître. Cette adaptation graphique condense l’œuvre originale tout en restituant la mélancolie, la passion et la beauté tropicale de l’histoire, avec des dessins et des couleurs qui traduisent visuellement l’atmosphère romantique et nostalgique du texte de García Márquez. C’est chez Grasset.
Puis c’est cette fois, Les Guerres de Lucas – Épisode II chez Deman éditions du brillant tandem Renaud Roche et Laurent Hopman qui poursuit avec brio et intensité la saga documentaire commencée dans le premier tome. Ce deuxième volet plonge le lecteur dans les coulisses tumultueuses de la création de L’Empire contre-attaque, entre défis techniques, conflits humains et décisions audacieuses qui ont failli briser George Lucas avant de faire naître l’un des films les plus acclamés de la saga Star Wars. Le scénario de Laurent Hopman allie rigueur documentée et narration vivante, transformant des faits parfois méconnus en un récit captivant et riche en rebondissements, même pour les lecteurs qui connaissent déjà l’histoire. Graphiquement, Renaud Roche signe un travail expressif et immersif : son trait semi-réaliste rend les émotions palpables et les scènes de tournage particulièrement vivantes, conférant au lecteur l’impression d’être lui-même témoin de ces moments clés de l’histoire du cinéma. En somme, ce tome 2 est une réussite artistique et narrative, plus intense encore que le premier, et constitue une lecture incontournable pour les amateurs de bandes dessinées documentaires, de cinéma et de Star Wars. |
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Une éviction de pensionnaires qui génère un engagement
Brice Homs propose un roman sensible et lumineux qui explore avec finesse les thèmes de l’adolescence, de l’amitié et de la quête de sens. À travers une écriture à la fois simple et poétique, l’auteur parvient à capter des émotions justes et universelles, rendant son récit profondément touchant. Dans une résidence de la Louisiane, en plein pays cajun, des pensionnaires d’une résidence se voit menacés d’expulsion. Une infirmière qui travaille sur place est indignée et se porte à leur défense.
Le roman se distingue par la justesse de ses personnages, construits avec beaucoup d’humanité. Le lecteur s’attache facilement à eux, tant leurs doutes, leurs espoirs et leurs fragilités semblent authentiques. Brice Homs sait décrire les petits instants du quotidien qui, mis bout à bout, prennent une valeur précieuse — « quelque chose comme de l’or » — et donnent au récit une vraie profondeur émotionnelle. Quelque chose comme de l’or est un roman porteur d’espoir, qui rappelle l’importance des liens humains et des moments partagés. C’est une œuvre délicate et sincère, particulièrement adaptée aux adolescents mais capable de toucher des lecteurs de tous âges par sa sensibilité et sa vérité.
Quelque chose comme de l’or Brice Homs. Calmann-Levy 428p. www.calman-levy.fr |
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Une jeune fille en quête de l’authentique liberté durable
Fleur de cire est une œuvre audacieuse et originale qui emmène le lecteur dans une dystopie riche et stimulante, où la liberté intérieure et collective se heurte à l’oppression d’un régime intégriste. L’auteur Éric Mathieu nous fait découvrir Marie Vermette dite Fleur de Cire dont l’évolution personnelle devient le cœur vibrant du récit. Elle s’échappe d’un milieu catholique intégriste (ça nous dit quelque chose de notre passé pas si lointain). Dès les premières pages, on est immergé dans une société rétrograde dirigée par une dictature religieuse où la résistance s’organise autour de personnages aux horizons divers — féministes, syndicalistes, queer — qui enrichissent la palette humaine et idéologique du récit. L’écriture d’Éric Mathieu est à la fois vivante et évocatrice, offrant une lecture fluide tout en abordant des thèmes profonds comme la libération sexuelle, la solidarité et le pouvoir de transformation personnelle. En particulier, l’intégration du don de médium de Fleur de Cire apporte une dimension presque mystique à l’intrigue, créant une fusion originale entre spiritualité, politique et quête d’identité. Fleur de cire Éric Mathieu. Tête première 243p. www.tetepremiere.com |
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Comment envisager l’apprentissage professionnel
La consultante Pascale Sauvé débarque avec Solide un ouvrage de référence destiné aux professionnels de la formation, gestionnaires, consultant RH et experts en apprentissage. Il s’inscrit dans une perspective opérationnelle : aider les organisations à concevoir des projets de formation stratégiques et innovants, capables d’optimiser le développement des compétences des employés. L’auteure est une spécialiste en solutions d’apprentissage et enseignante en analyse des besoins de formation à l’Université de Sherbrooke. Son expertise pratique alimente un contenu à la fois concret et systématique. Elle invite à repenser la formation non plus comme une dépense opérationnelle, mais comme un levier stratégique d’apprentissage et de performance. Le livre pose l’idée que la formation ne doit pas être un simple service administratif, mais bien un projet pensé stratégiquement, aligné sur les objectifs organisationnels, les besoins d’innovation et les enjeux humains. Cette vision rapproche la formation du développement organisationnel.
Solide Pascale Sauvé. Éditions Septembre 206p. www.septembre.com |
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Des leçons humanitaires à tirer sur ce qui se passe à Gaza
Cet essai Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça du journaliste Omar El Akkad tire son titre d’une phrase devenue célèbre après un tweet d’El Akkad au 25 octobre 2023, lors des premiers jours des bombardements massifs sur Gaza « Un jour, quand ce sera sans danger, … tout le monde aura toujours été contre ça » — dénonciation de l’hypocrisie et de la rétroactivité morale. El Akkad porte un regard critique sur le silence et la complicité occidentale face au massacre de Gaza, dénonçant les postures morales vides de sens et la facilité avec laquelle on se dégage de toute responsabilité jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Le livre met en avant ce que l’auteur appelle l’« oubli organisé » : une tendance à se souvenir seulement quand les conséquences ne risquent plus de gêner, ou après coup, ce qui dessèche la portée de l’indignation et de l’action politique. El Akkad ne se contente pas de critiquer : il cherche à comprendre comment la mémoire collective se forme dans des contextes de violence extrême, et comment la responsabilité de témoigner et d’agir est diluée par la passivité et l’indifférence. L’essai mélange des éléments autobiographiques et journalistiques (El Akkad a été journaliste, entre autres sur la « guerre contre le terrorisme » dans le monde arabe) avec des réflexions plus larges sur la morale, l’histoire et le langage politique.
Un jour, tout le monde aura toujours été comme ça Omar El Akkad. Mémoire d’encrier 183p. www.memoiredencrier.com |
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Entendez la sagesse de l’horticulteur
On devrait prendre davantage de temps à écouter ceux qui sont en contact constant avec la nature. C’est le cas de l’horticulteur Benoit Asselin qui nous arrive avec deux ouvrages Le jardinier de l’anecdote et L’éloquence des mots tus. Le premier se présente comme une collection de récits courts où Benoît Asselin mêle allégorie, parabole et réflexions ludiques autour de la nature et de notre rapport à elle. L’auteur, avec une prose riche et métaphorique, oppose la vitalité du jardin — symbole de vie et de croissance — à les forces économiques qui cherchent à la maîtriser ou à l’approprier. À travers des micro-récits parfois teintés de science et toujours empreints d’un regard poétique, il explore les luttes et beautés du monde naturel, invitant le lecteur à réfléchir sur sa place dans cet écosystème vivant.
Dans ce second bouquin, Asselin s’intéresse aux mots que l’on tait — ceux qui pèsent, créent tension ou cachent des vérités enfouies. L’auteur montre comment ces mots silencieux abritent des mystères, des charges émotionnelles et des pensées non exprimées qui influencent nos relations et nos décisions. À travers une prose réfléchie, il met en lumière la puissance du silence et la charge émotionnelle des mots non prononcés, invitant à une prise de conscience de ce que taisent nos discours pour maintenir ou rompre des équilibres personnels et sociaux. Deux titres qui pour tout dire, font du bien. Aux éditions de l’Apothéose. |
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Un plaidoyer humaniste
Cette mort qui n’était pas la leur de Marie-Célie Agnant est un récit bref mais d’une grande intensité, qui plonge le lecteur au cœur de la mémoire collective et des blessures laissées par l’histoire. L’autrice y évoque avec pudeur et profondeur le destin de personnages confrontés à une violence injuste, héritée d’un passé qui ne leur appartient pas directement mais dont ils portent encore les traces. Le titre lui-même annonce cette réflexion sur une mort imposée, étrangère, qui vient bouleverser des existences innocentes. L’écriture de Marie-Célie Agnant se distingue par sa sobriété et sa poésie. Chaque phrase est chargée d’émotion sans jamais tomber dans l’excès, ce qui rend le récit d’autant plus poignant. L’autrice accorde une place centrale à la mémoire, au silence et à la transmission, rappelant combien il est essentiel de raconter ces histoires pour que les souffrances ne soient ni oubliées ni niées. Le texte invite ainsi à une méditation sur la dignité humaine, la résilience et la nécessité de reconnaître les injustices du passé. Ce récit touche par sa dimension universelle : au-delà du contexte historique précis, il parle de toutes les victimes anonymes de la violence et de l’oppression. Court mais profondément marquant, Cette mort qui n’était pas la leur laisse une impression durable et confirme le talent de Marie-Célie Agnant pour aborder des thèmes graves avec délicatesse et force.
Cette mort qui n’était pas la leur Marie-Claude Agnant. Pleine lune 193p. www.pleinelune.qc.ca |
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C’était Rose-Anna, c’était Léo-Rhéal
Avec Tuxedo kid, mon amour le romancier David Ménard nous offre une lecture à la fois poétique et historique, en revisitant un fait divers tragique du Québec des années 1930–1950 sous un angle profondément humain et littéraire. Ce qui rend ce roman particulièrement marquant est sa narration singulière : au lieu de suivre le parcours classique d’un criminel ou d’un enquêteur, l’auteur donne la parole à Rose-Anna Asselin, la première épouse de Léo-Rhéal Bertrand — le fameux « Tuxedo Kid » — dont l’histoire a été effacée des récits. Rose-Anna, morte noyée dans une voiture submergée, raconte « la mort après la mort » en attendant celui qu’elle a aimé malgré tout. Cette perspective outre-tombe est à la fois troublante et belle : elle fait de ce livre un récit introspectif et fort, explorant l’amour, l’illusion, la mémoire et l’oubli. Cette approche littéraire met en lumière ce qu’on ne voit pas habituellement dans les récits criminels : le point de vue de la victime, ses blessures, ses rêves, et la façon dont son histoire a été marginalisée. David Ménard réussit un équilibre subtil entre la force d’un fait divers réel et la délicatesse d’une introspection poétique. Le style est à la fois lyrique, sensible et profond, sans jamais tomber dans la facilité. Le lecteur ressent la profondeur des émotions de Rose-Anna, son amour tragique et sa quête de sens, même après la mort.
Tuxedo kid, mon amour David Ménard. L’Interligne 140p. |
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Le futur de Gaza, lequel ?
Alors que Donald Trump dans ses lubies de fou régnant imagine la bande de Gaza comme un “ressort” de vacances pour riches, quel sera en réalité le destin de ce lieu, épicentre de toutes les tragédies ? Laetitia Bucaille se distingue avec son essai Gaza quel avenir ? par sa clarté d’analyse, sa rigueur intellectuelle et son engagement pour comprendre au-delà des émotions immédiates la complexité politique et humaine qui entoure le conflit de Gaza. L’ouvrage, ancré dans une perspective sociologique et géopolitique, ne se contente pas de décrire les violences ou de ressasser des positions figées : il explore les dynamiques profondes du conflit israélo-palestinien deux ans après les événements dramatiques du 7 octobre 2023, interrogent les scénarios possibles pour l’avenir de l’enclave gazaouie et questionne les choix politiques à l’échelle internationale. Ce qui frappe dans cet essai, c’est l’équilibre entre exigence analytique et humanité : Bucaille ne se limite pas à dénoncer ou à caricaturer les acteurs du conflit, mais développe une lecture structurée des forces en présence, qu’il s’agisse des stratégies d’État ou des aspirations des sociétés concernées.
Gaza, quel avenir ? Laetitia Bucaille. Stock 308. |
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Le karate kata dans toutes ses postures
La gestuelle du Karate Kata est si complexe qu’il faudrait être un surdoué pour se rappeler de toutes les postures. Pour nous aider, un guide Official Basic Karate Kata 27 Shotokan kata co-écrit par Henry et Thierry Plée avec la collaboration de Roland Habersetzer. Que des images. Qui valent ici mille mots pour reprendre le cliché bien connu. Ce guide se présente comme un aide mémoire visuel et pédagogique couvrant l’ensemble des 27 katas officiels du Shotokan (incluant les formes fondamentales et plus avancées) dans une forme compacte destinée à accompagner l’entraînement. L’ouvrage a été conçu pour répondre à un besoin pratique. L’ouvrage ne remplace pas l’enseignement d’un professeur qualifié, mais il est très utile comme outil de soutien complémentaire pour la pratique, les révisions avant un passage de grade, ou la mémorisation des enchaînements.
Official Basic Karate Kata 27 Shotokan Kata Henry et Thierry Plée, Roland Habersetzer. Éditions Budo 136p. |
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Une femme qui défie l’adversité
Le poids de Jeanne Pattou est un roman intense et profondément immersif qui ne laisse pas indifférent, surtout si vous aimez les portraits de femmes fortes, la protagoniste dans ces pages en étant toute une.. L’auteure signe ici une œuvre d’une grande force narrative où la survie et la résilience s’entrelacent de manière saisissante. Dès les premières pages, le lecteur est plongé au cœur d’un récit à la fois cru et poignant, mettant en scène une femme confrontée à des épreuves extrêmes qui défient l’imagination : face à une violence implacable et des adversités impitoyables, elle doit puiser dans ses ressources intérieures pour survivre.Ce roman se distingue par la puissance de son écriture : la plume de Jeanne Pattou est à la fois vive et sensible, capable de traduire les tourments intérieurs d’un personnage tout en maintenant un rythme soutenu et captivant. La narration dévoile un mélange subtil de courage et de vulnérabilité, offrant une profondeur psychologique émouvante qui retient l’attention jusqu’à la dernière ligne. Ce qui marque particulièrement dans Le Poids, c’est la manière dont l’auteure explore les zones d’ombre de l’âme humaine sans jamais tomber dans l’exploitation gratuite de la violence. Chaque scène, chaque émotion sert le développement du personnage et renforce l’empathie du lecteur. Le récit pose aussi des questions fortes sur la dignité humaine, la force de l’esprit face à l’adversité, et les limites de la résistance. Nous on a adoré.
Le poids Jeanne Pattou. Les 3 Colonnes 492p. www.lestroiscollonnes.com |
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Le halal qui dépasse le simple étiquetage
Comment l’islam radical s’empare du marché halal le sous-titre nous dit bien du contenu de l’essai Le djihad par le marché de Florence Bergeaud-Blackler. Elle nous propose une analyse rigoureuse, originale et stimulante d’un phénomène souvent réduit à des simplifications. Anthropologue reconnue, elle explore comment une norme religieuse — le halal — s’est transformée en un moteur économique global qui touche aujourd’hui non seulement l’alimentation, mais aussi les médicaments, les cosmétiques, la mode, les médias ou encore les technologies modernes.
Ce qui distingue cet essai est le sérieux intellectuel avec lequel l’autrice aborde un sujet complexe : loin de se contenter d’une critique idéologique ou d’une stigmatisation, elle croise les dimensions économique, religieuse et politique pour montrer que le marché halal n’est pas une simple niche commerciale, mais une co-construction entre logiques néolibérales et stratégies religieuses fondamentalistes. Cette lecture offre ainsi une compréhension plus profonde des interactions entre religion et économie dans nos sociétés mondiales. L’essayiste distingue clairement entre deux dimensions du halal — une logique marchande inclusive, qui voit dans le halal un simple label commercial, et une logique oummique, où le halal devient un instrument d’influence culturelle. Cette distinction permet au lecteur de dépasser les quiproquos habituels sur le sujet pour saisir les enjeux réels de son expansion. L’ouvrage se lit aussi comme une enquête érudite,
Le djihad par le marché Florence Bergeaud-Blackler. Odile Jacob 296p. www.odilejacob.fr |
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Il était une fois nos historiens du Québec
Dans cet ouvrage dense et savant Le Québec et ses historiens de 1840 à 1920 Serge Gagnon offre une analyse pionnière de l’historiographie au Québec, c’est-à-dire de la manière dont les Québécois ont pensé et écrit l’histoire depuis le milieu du XIXᵉ siècle jusqu’au début du XXᵉ siècle. Ce livre ne se limite pas à une simple chronologie d’historiens : il explore les liens complexes entre production historique, société et idéologies chez les intellectuels francophones de l’époque. L’auteur ne se contente pas de raconter qui a écrit quoi en histoire québécoise : il met en lumière la genèse de la pensée historique québécoise en tant que discipline intellectuelle. Ce qui était jadis un objet marginal lors de sa première parution en 1978 est aujourd’hui considéré comme indispensable pour comprendre comment le Québec s’est historiquement représenté lui-même. Le livre est solidement ancré dans une théorie de la connaissance historique, ce qui donne à sa réflexion une profondeur rarement atteinte dans les ouvrages d’histoire classique. Gagnon montre que les historiens ne sont pas de simples récits du passé, mais des acteurs imbriqués dans les courants intellectuels et sociaux de leur temps. Ce livre réédité, est plus qu’un manuel : c’est un classique reconnu de l’historiographie québécoise. Sa réédition récente souligne l’importance continuelle de cette œuvre pour les étudiants, chercheurs et lecteurs curieux de comprendre l’évolution des sciences historiques au Québec.
Le Québec et ses historiens de 1840 à 1920 Serge Gagnon. Les Presses de l’Université Laval 491p. www.pulaval.com |
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Une histoire de Far West épicée
L’homme aux mille peaux de Ronald Lavallée confirme l’auteur comme une voix singulière du roman noir contemporain québécois. Avec une écriture vivante et un sens aigu de l’ambiance, Lavallée plonge le lecteur dans un univers où les identités se superposent et où la quête de sens se mêle à celle de vérité. Lavallée tisse une intrigue dense, sans jamais perdre le lecteur dans les détails. Les personnages, complexes et nuancés, sont présentés avec une grande finesse psychologique, ce qui permet une immersion totale dans leurs luttes intérieures. Le titre lui-même, « L’homme aux mille peaux », évoque avec force cette idée d’êtres multiples et de vérités fragmentées. Chaque page est l’occasion d’explorer des facettes différentes de l’âme humaine : ses contradictions, ses masques et ses zones d’ombre. L’écriture de Lavallée est ici à la fois réfléchie et percutante ; elle porte l’intrigue tout en offrant des réflexions subtiles sur l’identité et la mémoire. Ce qui distingue ce roman, ce sont les descriptions comme celles d’un romancier du XIXème siècle, suffisamment évocatrices pour que le lecteur puisse sentir les paysages, entendre les silences, percevoir les tensions. Le rythme est maîtrisé : ni précipité, ni languissant, il sait alterner entre scènes intenses et moments d’intériorité, donnant ainsi au récit une profondeur singulière.
L’homme aux mille peaux Ronald Lavallée. Fides 317p. www.groupefides.com |
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Un roman historique dans une classe à part
Audrey Blake avec La fille du chirurgien nous propose un roman historique captivant et inspirant qui se lit avec passion du début à la fin. L’auteure explore avec sensibilité et profondeur la vie d’une femme déterminée à s’imposer dans un univers médical dominé par les hommes au XIXᵉ siècle à Bologne. Le récit met en scène une jeune femme qui, malgré les conventions sociales de son époque, poursuit son rêve de devenir chirurgienne. Elle fait preuve d’un courage remarquable face à un système qui la sous-estime et la marginalise simplement parce qu’elle est une femme. Son combat pour pratiquer la médecine, pour être reconnue et pour sauver des vies apporte au roman une dimension émouvante. L’écriture d’Audrey Blake, fluide et immersive, transporte le lecteur dans les salles d’hôpitaux du XIXᵉ siècle et restitue avec justesse l’atmosphère de l’époque. Les descriptions des progrès médicaux, comme les nouvelles techniques chirurgicales sur lesquelles Nora travaille avec sa collègue Magdalena, sont passionnantes sans être pesantes, car elles servent l’histoire et renforcent l’admiration pour ces pionnières oubliées.
La fille du chirurgien Audrey Blake. Les éditions JCL 423p. www.editionsjcl.com |
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L’essentiel à savoir sur les Inuit
Daniel Clément est Conservateur d’ethnologie au Musée canadien des civilisations. Il débarque avec un recueil riche et profondément immersif qui célèbre la tradition orale, la culture et la spiritualité du peuple inuit. Publié dans la collection « Tradition orale », cet ouvrage offre une plongée fascinante dans 74 récits qui explorent les origines des animaux, les astres, les croyances spirituelles et les histoires surnaturelles qui ont façonné la cosmogonie et la vie quotidienne des communautés inuit d’Arctique (plus particulièrement du Nunavik). L’un des points forts de ce livre est sa capacité à mettre en lumière l’unité culturelle et sociale des Inuit à travers leurs légendes, avec plusieurs versions d’un même mythe provenant de communautés voisines, ce qui montre combien ces traditions sont à la fois variées et reliées entre elles. La narration, fidèle à la tradition orale, respecte la voix des peuples autochtones, donnant aux histoires une vitalité et une immédiateté qui captivent le lecteur tout en l’éduquant sur un mode de vie ancestral encore vivant aujourd’hui. Ce qui rend ce recueil particulièrement précieux, c’est sa dimension anthropologique et humaine : au-delà des mythes, il révèle les relations des Inuit avec leur environnement — du kayak et du traîneau à chiens à la chasse au phoque ou à l’ours polaire — ainsi que leur compréhension du monde naturel et spirituel.
Les récits de notre terre Les Inuit. Daniel Clément. Les Presses de l’Université Laval 150p. www.pulaval.com |
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Pour saisir le drame de Gaza
Fady Joudah est médecin palestinien, poète et surtout témoin des atrocités qui se déroulent au sein du territoire de Gaza. Son recueil de poésie Ellipse (dont le titre n’apparaît qu’en arabe sur la couverture) est un ouvrage d’une grande force, né de l’urgence d’écrire face à des événements historiques bouleversants et marquants pour le peuple palestinien. Ce « récit » poétique — bien plus qu’un simple livre — se déploie comme une méditation profonde sur la vie, la perte, la résistance et l’humanité : à travers des images saisissantes, des fragments de vie et des instants de lumière au milieu de la douleur, Joudah donne à lire un monde à la fois fragile et inébranlable. Ce qui distingue ce livre, c’est la clarté rare de son écriture, qui parvient à exprimer l’indicible : le quotidien des gestes les plus simples — aimer, marcher, respirer — prend ici une dimension visionnaire, investie d’une charge émotionnelle intense et d’une profonde humanité. La langue se réinvente à la hauteur de ce qu’elle tente de dire, et chaque page devient un espace de présence, de mémoire et d’émotion.
La poésie de Joudah ne se contente pas de décrire : elle incite à ressentir, à comprendre et à partager. Par son style à la fois épuré et puissant, il parvient à faire vibrer le lecteur, à faire surgir une forme de beauté même dans des thèmes difficilement réductibles à des mots. Cette écriture d’urgence devient alors un acte de témoignage et de résistance littéraire, où chaque vers résonne comme un appel à l’empathie et à la réflexion.
Ellipse Fady Joudah. Mémoire d’encrier 118p. www.memoiredencrier.com |
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Une elfe et des démons
La couleur du feu de Alex Trahan est une aventure de fantasy captivante qui séduit dès ses premières pages par son univers riche et bien imaginé. L’auteur nous transporte dans un monde où magie et danger se côtoient sans cesse, un cadre qui ravira les amateurs d’histoires épiques et de quêtes initiatiques. Le protagoniste, William, est immédiatement attachant : à seize ans, il porte déjà le poids d’un entraînement rigoureux et d’une vie rythmée par la chasse aux monstres. Cette maturité précoce donne au récit une profondeur intéressante et promet un parcours de croissance particulièrement inspirant pour un lecteur adolescent (et adulte). Les personnages secondaires, comme Aki — le voleur charismatique — et Miho — l’elfe à l’histoire mystérieuse — ajoutent de la couleur et de la diversité à l’intrigue. Leurs interactions génèrent des moments à la fois touchants, intriguants et parfois drôles, renforçant l’attachement du lecteur à l’équipe qui se forme peu à peu. L’intrigue elle-même est rythmée par des rebondissements bien dosés : de l’attaque initiale à la découverte d’un pouvoir insoupçonné chez William, jusqu’à la fuite vers Balka — une académie de mages secrète — chaque étape alimente le suspense et l’envie de tourner les pages. Ce premier tome se distingue aussi par une écriture fluide et immersive. Nous avons pour notre part adoré.
La couleur du feu Les mages de Balka. Alex Trahan. Éditions 14 coll. 14-18 373p. www.editionsdavid.com |
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Un as de l’aviation célébré à Verdun
Dans l’arrondissement Verdun de Montréal, une rue Beurling perpétue le souvenir de ce brillant aviateur George Beurling aux exploits spectaculaires contre les forces allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Malta Spitfire qui raconte à la première personne ses hauts faits d’arme avec la collaboration de Leslie Roberts est une lecture marquante qui plonge le lecteur au cœur de l’un des récits les plus intenses de l’aviation de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui frappe d’emblée dans cette autobiographie, c’est l’authenticité du récit : on a véritablement l’impression d’être aux commandes d’un Spitfire, sentant l’adrénaline des ascensions rapides pour intercepter l’ennemi, puis l’effort et la tension de chaque combat aérien Le style, direct et sans fioritures, traduit non seulement la technique et la discipline exigées par la guerre, mais aussi l’intensité des émotions vécues par Beurling, ce qui rend l’ensemble passionnant même pour un lecteur peu familier de l’histoire aéronautique. Un des grands atouts du livre est la description vivante des missions : les procédures de combat, les mouvements dans le ciel méditerranéen, les réflexes nécessaires pour survivre à un affrontement aérien sont restitués avec une précision et une énergie qui captivent. Le fait que ce récit soit basé sur les souvenirs et la voix même d’un pilote renommé rend l’expérience encore plus immersive et personnelle
Malta Spitfire Mémoires d’un loup solitaire. George Beurling et Leslie Roberts. Éditions Blueman 236p. www.editionsblueman.com |
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On connaît surtout quelqu’un le surlendemain
Le personnage central, Barbara du roman Une rumeur dans le vent de Ilaria Gaspari jeune femme qui peine à finir sa thèse de philosophie et qui vit modestement, trouve dans son emploi auprès de la charismatique Marie-France une chance de stabilité et un nouvel horizon. Cette progression personnelle, de l’incertitude quotidienne à une position au cœur d’une communauté vibrante, offre au lecteur un parcours de formation humain et touchant, où se mêlent l’ambition, l’admiration et les doutes face aux relations sociales. Ce qui distingue réellement le roman, c’est la manière dont Gaspari transforme la rumeur en métaphore puissante de la réalité sociale, montrant comment une simple conversation qui s’élève à voix basse peut contaminer des esprits, ébranler des liens et renverser l’équilibre d’une vie ordinaire. L’auteure offre une réflexion fine sur le pouvoir du langage et des représentations collectives, tout en gardant une écriture fluide, précise, capable de passer de l’anecdote quotidienne aux considérations plus profondes sur la vérité et l’apparence. Le cadre de « Rome années 80 » ajoute une couleur particulière au récit : ce n’est pas seulement un décor, mais un espace social et culturel qui enrichit l’atmosphère du roman, où l’énergie du prêt-à-porter côtoie les tensions sociales naissantes. La boutique de Marie-France, animée, diversifiée et pleine de promesses, devient le lieu d’un drame latent, révélateur des peurs et des divisions propres à toute communauté humaine.
Une rumeur dans le vent Ilaria Gaspari. Le bruit du monde 360p. www.lebruitdumonde.com |
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Sur l’après explosion du port de Beyrouth
Hala Moughanie donne voix dans Les Bestioles à ce qui reste souvent inexprimé après une catastrophe : le tumulte intérieur d’un survivant, tiraillé entre douleur, souvenirs et colère. À travers un monologue vif et haletant, l’autrice pose un regard puissant sur l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020, non seulement comme événement historique, mais comme détonateur de toute une mémoire nationale et personnelle. Ce qui frappe d’emblée, c’est la langue — fragmentée, rythmée, parfois crue mais toujours profondément poétique — qui reflète à merveille l’état du narrateur et celui de la ville dévastée qu’il arpente. Ce style, loin d’être gratuit, plonge le lecteur au cœur d’une conscience en désarroi, offrant une expérience de lecture immersive et émotionnelle. Moughanie réussit un tour de force littéraire : transformer une tragédie collective en une prose vibrante qui interroge notre humanité. La narration mêle ironie, humour noir, souvenirs tendres et visions presque hallucinées — ces fameuses « bestioles » qui hantent le narrateur, métaphore des peurs réelles et intimes mais aussi des traumatismes qui restent après l’effondrement des certitudes. Ce roman, bien que court, ne se contente pas de raconter un événement : il le transmet, le fait ressentir. Il veut « être traversé » plutôt que lu, laissant résonner en vous une impression durable de beauté et de rupture.
Les Bestioles Hala Moughanie. Pleine lune 115p. www.pleinelune.qc.ca |
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Un cénacle d’anthropologues examine le fameux procès de Mazan
Gisèle Pélicot passera à l’Histoire criminelle française et voire mondiale pour avoir été une victime si singulière, livrée par son mari à des dizaines d’hommes qui se sont livré sur elle à des viols, alors que l’époux avait préalablement drogué sa conjointe. Mazan, Anthropologie d’un procès pour viols propose une plongée ethnographique inédite au cœur du procès des viols de Mazan (septembre-décembre 2024) — une affaire qui a fait résonner bien au-delà des murs du tribunal l’urgence de repenser les rapports de genre et la violence sexuelle dans notre société. Ce qui fait la force de cet ouvrage, c’est sa méthode : quatorze anthropologues, spécialistes en sciences sociales et études de genre, se sont installés à Avignon pour observer, interroger, écouter et restituer les voix croisées des protagonistes — de l’audience judiciaire jusqu’aux rues de Mazan. Cette démarche collective, immersive et rigoureuse donne au procès une épaisseur rare, loin des récits médiatiques simplifiés. Loin d’être un simple compte rendu factuel, le livre agit comme une analyse vivante des rapports de pouvoir, des modalités de prise de parole et des tensions sociales que révèle ce procès. En donnant la parole à des avocat·es, des journalistes, des membres de collectifs féministes, des étudiant·es ou des commerçant·es, l’ouvrage dresse un portrait pluriel et humain de ce moment judiciaire. Cette diversité de points de vue permet notamment de mettre en évidence la manière dont une affaire pénale peut devenir une question publique majeure, touchant aux normes sociales, à l’égalité des sexes et à la conscience collective — une dimension que seule une approche anthropologique pouvait vraiment faire émerger.
Mazan anthropologie d’un procès pour viols Collectif. Le bruit du monde 325p. |
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Taper sur le Québec
Comprendre le Québec bashing un ouvrage collectif sous la direction de François Charbonneau se révèle un essai à la fois clair, rigoureux et profondément engagé dans l’exploration d’un phénomène social trop souvent réduit à des clichés. Paru aux Presses de l’Université Laval, cet ouvrage s’impose rapidement comme une lecture indispensable pour quiconque souhaite dépasser les idées reçues et saisir avec nuance les dynamiques qui entourent les discours critiques envers le Québec. Ce qui distingue d’emblée l’essai, c’est la qualité de son cadre théorique, accessible sans être simpliste. Les auteurs réussissent l’exploit rare de mêler rigueur académique et ton pédagogique, ouvrant la porte à un public élargi — étudiants, citoyens curieux, acteurs culturels ou simplement lectrices et lecteurs en quête de compréhension sociétale. La démarche n’est jamais accusatoire : il ne s’agit pas de diaboliser les critiques, mais bien de les comprendre et de les situer dans des contextes historiques, culturels et politiques variés. L’un des points forts de l’ouvrage est sa capacité à déconstruire les tropismes médiatiques. Plutôt que de se contenter de dénoncer le « Québec bashing », les auteur·rice·s analysent avec finesse les enjeux identitaires, les tensions linguistiques et les jeux de pouvoir qui traversent les représentations sociales du Québec. Cette approche permet au lecteur de développer une vision plus nuancée, loin des polarisations faciles.
Comprendre le Québec bashing Collectif sous la supervision de François Charbonneau Presses de l’Université Laval 259p. www.pulaval.com |
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De l’hypocrisie collective sur le génocide de Gaza
Un essai puissant, incisif et profondément touchant, voilà ce qu’il faut dire de l’essai Un jour tout le monde aura été contre ça de Omar El Akkad, à la fois miroir et cri de notre époque. Omar El Akkad, romancier et journaliste reconnu, mobilise avec force son sens de l’observation, sa lucidité et son engagement moral pour offrir à ses lecteur·rice·s une réflexion nécessaire sur la responsabilité collective face aux tragédies contemporaines. Dès les premières pages, l’ouvrage impose un ton à la fois personnel et universel. Le point de départ — cette phrase devenue emblématique — agit comme une mise en accusation poétique et lucide de l’hypocrisie collective de l’Occident face aux violences qui secouent le monde, et en particulier face au massacre de Gaza. El Akkad ne se contente pas de dénoncer : il interroge nos postures morales, notre capacité à regarder et à nommer l’inacceptable et ce, avec une précision intellectuelle remarquable. Ce qui distingue cet essai, c’est sa capacité à allier rigueur journalistique et profondeur humaine. L’auteur mêle souvenir, reportage et analyse critique, en tirant parti de son parcours de journaliste aguerri. Le lecteur se trouve ainsi guidé dans une réflexion à la fois intime et collective, où s’entremêlent mémoire, responsabilité et quête de sens. Cette articulation entre le personnel et le politique confère au livre une force émotionnelle rare et une résonance qui dépasse les frontières géographiques et culturelles.
Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça Omar El Akkad. Mémoire d’encrier 183p. www.memoiredencrier.com |
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Le coin santé physique et psychique
Observez bien autour de vous, à l’ère numérique personne ne sourit. Personne ne fait plus de blagues comme autrefois. C’est l’agressivité et l’anxiété qui ont pris le relais. Allez vite lire Attitudes ludiques de Gábor Csepregi qui propose une réflexion fine, accessible et profondément stimulante sur la place du jeu dans l’expérience humaine. Loin de réduire le ludique à un simple divertissement, l’auteur en fait une véritable attitude face au monde, une manière d’habiter le réel avec souplesse, créativité et disponibilité. Le livre invite à reconsidérer le jeu comme une dimension fondamentale de l’existence, au croisement de la philosophie, de l’esthétique et de l’anthropologie. La grande force de l’essai tient à sa capacité de relier des références théoriques solides à des situations concrètes du quotidien, qu’il s’agisse de la création artistique, du sport, de l’éducation ou des relations interpersonnelles. Csepregi montre comment l’attitude ludique ouvre des espaces de liberté, favorise l’expérimentation et permet de résister aux rigidités sociales et aux logiques purement utilitaires. Le jeu devient alors un lieu d’invention de soi, mais aussi de rencontre avec l’autre. C’est aux Presses de l’Université Laval.
Il y a pléthore d’ouvrages en croissance personnelle qui vous promet le bonheur à la clé, mais plus souvent qu’autrement des désillusions. Dans L’envers du développement personnel, Yves-Alexandre Thalmann et Matyo proposent une lecture à la fois lucide, bienveillante et rafraîchissante de tout ce qui, dans la culture du développement personnel, est parfois présenté comme infaillible ou universel. Au lieu de rejeter en bloc ce mouvement, l’auteur invite le lecteur à prendre du recul, à questionner les promesses séduisantes qui entourent des notions telles que « devenir la meilleure version de soi-même », « écouter votre intuition » ou « vivre pleinement l’instant présent ».
L’un des grands atouts de cet ouvrage est sa clarté d’analyse : Thalmann décompose avec finesse une vingtaine de croyances répandues dans l’univers du self-help et montre comment certaines peuvent, paradoxalement, devenir des sources de pression ou de frustration lorsqu’elles sont appliquées sans sens critique. Plutôt que d’adopter un ton moralisateur, il invite à une réflexion nuancée, qui valorise l’esprit critique sans renier les bienfaits potentiels d’outils comme la connaissance de soi ou la créativité lorsqu’ils sont utilisés avec discernement. Aux éditions 41. |
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