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Du suicide d’un frère aimé
Merci d’être venus de Gabriel Morin
est une pièce autobiographique comédien, scénariste et dramaturge québécois, inspirée de son expérience personnelle. Le livre est la version publiée du monologue théâtral du même n om, déjà présenté sur scène et salué pour son authenticité et son humanité. Le texte se situe à mi-chemin entre théâtre, autofiction et réflexion intime, et vise à ouvrir un dialogue profond sur des sujets souvent tabous, notamment le suicide, le deuil, la culpabilité et la résilience. L’auteur raconte l’un des événements les plus marquants de sa vie : le suicide de son grand frère, survenu quand il était jeune. Sans explication, ce geste l’a laissé avec une douleur profonde, des questions sans réponse et un besoin de sens. Plus de quinze ans après le drame, il engage une conversation directe avec le lecteur (et le public), en dépliant son histoire personnelle pour mieux l’inscrire dans le phénomène plus large du suicide. La narration ne se contente pas d’exposer une expérience individuelle : elle explore les émotions universelles associées au deuil — colère, incompréhension, culpabilité, humour, poésie et quête de pardon. Et comment la parole libère de ce fardeau émotionnel.
Merci d’être venus Gabriel Morin. Atelier 10, 102p. www.atelier10.ca |
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De la sensualité même à travers le chaos
Roman contemporain ancré dans un Port-au-Prince en crise, Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps de Kettly Mars explore avec puissance le désir, la sensualité et la résilience humaine face à la violence sociale. L’œuvre s’attache à montrer comment des individus — surtout des femmes — vivent, aiment et luttent dans un contexte de chaos politique et de guerre urbain. Le roman suit une femme indépendante, galeriste, mère et amante, qui tente de tenir tête au tumulte de son pays et à ses propres désirs intimes, alors que Port-au-Prince est paralysé par des manifestations populaires, l’emprise des gangs et la violence. D’une écriture chargée de désir et de sensualité, le roman dit l’intimité des corps qui s’abandonnent à la jouissance, même dans un contexte politique et social oppressant. La narration explore aussi bien les tendresses que les tensions d’un amour intense au milieu de l’insécurité et de la peur.
Je ne te trouverai pas deux fois dans ce même corps Kettly Mars. Mémoire d’encrier 222p. www.memoiredencrier.com |
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Le coin de la poésie
Oyé! Oyé! amateurs de poésie. Voici deux petits trésors, tous deux aux éditions L’Interligne pour planer, pour qui veut s’évader de cette planète terre gangrenée. D’abord Les heures serpentines de Christine Leroy qui tisse une cartographie poétique de l’intime où s’entrelacent saisons, paysages et désirs humains. Dans une langue à la fois précise et farouche. Leroy explore la frontière ténue entre soi et le monde extérieur, invitant le lecteur à cheminer entre forêts intérieures, rives imaginaires et instants d’enracinement profond — qu’il soit au pied d’un arbre ou dans la chaleur d’une épaule. Ces poèmes, sensibles à la fois à la nature et à la condition humaine, offrent une poésie de présence et d’apaisement qui résonne comme une invitation à savourer l’essentiel dans le silence des éléments.
Ailleurs c’est Métastases d’Alexandre Yergeau lequel déploie une poésie de survie née des “petits et grands carnages du quotidien”. Après les ruines, il ne reste que « la simple existence nue » : un lieu où la parole peut enfin surgir et où les corps se délient. Autour des thèmes de l’oubli, de la parole et de la chair, ce recueil creuse les espaces vides et les silences pour faire émerger une poésie introspective, fragile et intense, qui interroge la manière de rester debout après les épreuves. Deux plaquettes riches de contenu.
Enfin, voici Au fil du temps de Charlotte Melançon aux éditions Pleine lune. Maison d’édition qui publie rarement de la poésie, d’où l’intérêt d’en traiter ici la sortie. On pourrait qualifier la démarche d’écologique, car l’auteure se préoccupe beaucoup des mouvements de la vie. Avec de belles fulgurances, dont en voici un extrait éclairant “ce qu’elle est pauvre cette terre: elle attend c’est vrai l’aumône de la neige”. D’autres belles pépites du genre vous attendent au détour de certaines strophes. |
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Le coin de la poésie (2)
Aux éditions des Herbes rouges voici l’entrée en poésie de Eftihia Mihelakis qui vit au Manitoba et qui débarque avec Oύτις / Nobody / Personne Le titre du livre, décliné en grec, anglais et français, reflète immédiatement le cœur du projet : la langue, l’identité et l’effacement dans un monde plurilingue. Le mot Oύτις signifie « personne » en grec ancien et renvoie à la ruse d’Ulysse qui, dans L’Odyssée d’Homère, se présente comme “personne” pour tromper le Cyclope. En le juxtaposant à Nobody et Personne, l’autrice explore ces notions de nom, de visibilité et d’identité. Le recueil interroge la façon dont nos noms et nos langues peuvent nous définir — ou nous effacer. En se revendiquant « personne », l’autrice affirme une forme de liberté poétique en dehors des catégories sociales ou culturelles qui nous assignent une place. Nous avons beaucoup aimé.
Et chez l’éditeur Poètes de brousse au tour de Jean-Paul Daoust de nous ensorceler avec Escalader la lumière. Le poète québécois incontournable, célèbre ici ses 80 ans et plus de 50 ans de publication littéraire. Le recueil paraît alors qu’il réfléchit au rôle de la poésie comme force vitale en des temps souvent marqués par le défi et le défaitisme, réaffirmant son engagement envers la beauté. L’expression même du titre est un verbe d’action : escalader la lumière. Cela suggère une démarche volontaire vers ce qui est lumineux, beau, généreux, par opposition à la morosité du monde contemporain. La poésie, chez Daoust, devient une manière de “faire acte d’espérance” plutôt que de se laisser gagner par le pessimisme ambiant. |
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Fin de la tétralogie des trente glorieuses de Pierre Lemaître
Avec Les Belles promesses le brillant Pierre Lemaître complète sa tétralogie des trente glorieuses version Paris avec la capital au coeur des années soixante-dix, alors que l’on est à construire le périphérique automobile qui ceinture la Ville Lumière. Lemaitre qui n’a jamais porté ici aussi bien son patronyme utilise un style à la fois simple et efficace, combinant réalisme social et émotion brute. Le récit est linéaire mais ponctué de moments introspectifs qui permettent de comprendre la psychologie des personnages. L’écriture est souvent sombre, mais elle est aussi empreinte d’une sensibilité qui rend le récit profondément humain. Le roman met en scène des personnages aux aspirations et aux blessures variées, tous confrontés à des promesses — souvent non tenues — qui rythment leur vie. Ces promesses peuvent être amoureuses, sociales ou personnelles, et elles révèlent la fragilité et la complexité des relations humaines. L’intrigue, empreinte de réalisme social et psychologique, montre comment les choix et les rencontres façonnent le destin des personnages. Pierre Lemaitre souligne la difficulté de concilier espoirs et réalités, et la nécessité de résilience face aux obstacles.
Les Belles promesses Pierre Lemaître. Calmann-Levy 496p. www.calmann-levy.fr |
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Tout sur le questionnement soulevé par l’intelligence artificielle
L’IA comme on la nomme a créé un clivage. Dans le camp gauche, ceux qui y voient un plus à mettre du côté du progrès, de l’autre dans le camp droit, qui sont partisans de l’alarmisme, désignant cette avancée comme une menace pour l’emploi. Il faut donc prendre de la distance et c’est ce que nous propose MM. Jérôme Lucereau et Nicolas Blanchon dans L’IA dans tous ses états. A l’incompréhension, les auteurs opposent la lucidité. Dans ces pages,on passe en revue les usages que l’on peut faire de cet outil numérique qui impressionne tout de même. Après lecture on est à même de formuler un jugement plus éclairé. A lire sans faute si on ne veut pas passer à côté de quelque chose qui est là pour demeurer. L’IA dans tous ses états Jérôme Lucereau et Nicolas Blanchon. Gereso éditeur 292p. |
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Le deuxième tome de l’histoire de Percé
Le deuxième tome de La fascinante histoire de Percéde Jean-Marie Fallu directeur du Musée de la Gaspésie avec la collaboration de Chantal Soucy s’intéresse surtout à la transformation de Percé en lieu touristique emblématique et source d’inspiration artistique. Après avoir étudié dans le premier tome l’économie traditionnelle fondée sur la pêche, l’auteur montre comment le paysage spectaculaire de la région devient progressivement un moteur culturel, touristique et identitaire. Fallu explique que la beauté exceptionnelle du site – notamment le célèbre rocher et les falaises du littoral – attire très tôt voyageurs, explorateurs et artistes. Ce paysage unique contribue à faire de Percé un lieu mythique du Québec, capable de susciter fascination et attachement chez les habitants comme chez les visiteurs. L’auteur insiste sur le rôle du paysage naturel dans la construction de l’image de Percé : un décor spectaculaire qui façonne l’identité du village et le place au centre de l’imaginaire collectif. Le livre décrit ensuite la transition de Percé vers une destination touristique importante. Au fil du temps, le village passe d’un tourisme d’élite – fréquenté par quelques voyageurs privilégiés – à un tourisme beaucoup plus populaire. La fascinante histoire de Percé Tome 2 L’irrésistible paysage. Jean-Marie Fallu avec la collaboration de Chantal Soucy. Éditions GID 412 www.leseditionsgid.com |
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Une affaire de l’histoire du crime au Québec la plus controversée
Le livre Wilbert Coffin : L’histoire qui ne veut pas mourirpropose une plongée fascinante dans l’une des affaires judiciaires les plus controversées de l’histoire du Québec : Wilbert Coffin et ce qu’on appelle souvent l’Affaire Coffin. Grâce à une recherche approfondie et à une narration captivante, l’auteur Sylvain Rivière réussit à faire revivre les événements qui ont marqué la Gaspésie dans les années 1950.
L’ouvrage retrace l’histoire depuis la disparition de trois chasseurs américains en 1953 jusqu’aux nombreuses controverses qui ont suivi le procès et l’exécution de Coffin. Le livre replace ces événements dans leur contexte historique, notamment dans une époque où la région était fréquentée par des chasseurs et pêcheurs étrangers et marquée par le climat politique du gouvernement de Maurice Duplessis.
L’un des grands points forts du livre est la richesse de sa documentation. Sylvain Rivière rassemble témoignages, photographies d’époque et pièces historiques qui permettent au lecteur de mieux comprendre les multiples rebondissements de cette affaire. Cette approche donne au récit une dimension à la fois historique et humaine, rendant l’histoire accessible et captivante.
L’auteur adopte également un style clair et vivant. Sa narration transforme un sujet complexe en un récit passionnant, tout en mettant en lumière les questions de justice, de vérité et de mémoire collective. Le lecteur est amené à réfléchir aux zones d’ombre du procès et à l’impact durable de cette affaire dans l’histoire du Québec.
En somme, Wilbert Coffin : L’histoire qui ne veut pas mourir est un ouvrage remarquable qui combine rigueur historique et qualité narrative. Il permet de mieux comprendre une affaire marquante tout en rendant hommage à la mémoire et à l’histoire de la Gaspésie. Ce livre constitue ainsi une lecture essentielle pour toute personne intéressée par l’histoire, la justice et les grandes énigmes du passé québécois. Wilbert Coffin l’histoire qui ne veut pas mourir Sylvain Rivière. Éditions GID 606p. www.leseditionsgid.com |
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Les belles de la rue Sherbrooke
Quand on se promène sur la rue Sherbrooke on se prend à contempler de beaux vestiges architecturaux de ce qu’était cette rue à sa glorieuse époque. Le livre Les incontournables demeures de la rue Sherbrooke à Montréal de Pierre de la Cathédrale constitue une contribution remarquable à la mise en valeur du patrimoine architectural montréalais. L’ouvrage invite le lecteur à redécouvrir l’histoire sociale et urbaine de la ville par le prisme de ses résidences bourgeoises. L’un des grands mérites du livre est de replacer les demeures dans leur contexte historique. Au début du XXᵉ siècle, la rue Sherbrooke était l’une des artères les plus prestigieuses de Montréal : l’élite anglophone y fit construire de somptueuses villas à l’ouest du boulevard Saint-Laurent, tandis que la bourgeoisie francophone occupait davantage les secteurs plus à l’est.
L’auteur retrace l’évolution de cette rue emblématique et montre comment les transformations urbaines ont entraîné la disparition de nombreuses maisons, tout en soulignant la valeur des quelque cinquante résidences encore préservées. L’ouvrage adopte la forme d’une véritable promenade, guidant le lecteur d’ouest en est le long de la rue Sherbrooke. Les bâtiments sont présentés non seulement par leur architecture et leurs concepteurs, mais aussi par les personnalités pour lesquelles ils ont été construits. Cette approche humanise l’histoire architecturale : les demeures deviennent des témoins d’un mode de vie et d’une société aujourd’hui révolus. Les incontournables demeures de la rue Sherbrooke à Montréal Pierre de la Cathédrale. Éditions GID 266p. www.leseditionsgid.com |
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Pour plus d’argent encore
Des guides sur l’art de fructifier son pactole, il en existe une pléthore sur le marché du livre. Cependant L’art de multiplier son argent de Nicolas Bérubé se distingue du reste. On connaît bien l’auteur, chroniqueur financier à La Presse. À travers 17 leçons, l’auteur vulgarise des concepts financiers parfois complexes et démontre que l’investissement peut être à la portée de tous, que l’on dispose de quelques centaines ou de plusieurs milliers de dollars à placer. L’une des grandes forces du livre est sa capacité de simplification. Bérubé adopte un style pédagogique et narratif qui rend la lecture agréable, tout en transmettant des principes essentiels de la gestion financière. Il explique notamment l’importance de la diversification des placements, une stratégie qui permet de réduire le risque sans diminuer les rendements attendus. L’ouvrage se distingue aussi par son approche réaliste et disciplinée de l’investissement. Plutôt que de promettre des gains rapides ou des stratégies complexes, l’auteur insiste sur des principes éprouvés : la patience, la constance et une bonne compréhension des marchés. Il rappelle que l’écart entre les rendements théoriques et les résultats réels des investisseurs provient souvent de décisions émotionnelles ou d’un manque de connaissances. Enfin, le livre se démarque par son accessibilité. L’art de multiplier son argent Nicolas Bérubé. Éditions La Presse 326p. www.editionslapresse.ca |
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Il était une fois la conquête des Amériques
Dans La convoitise des puissances : de l'Europe aux Amériques, l’historienne Nicole Dorion‑Poussart propose une exploration passionnante de l’expansion européenne et des rivalités entre les grandes puissances qui ont façonné l’histoire des Amériques. L’ouvrage s’intéresse particulièrement à la période allant de la fin du XVe siècle au XVIIIe siècle, lorsque plusieurs monarchies européennes se disputaient l’influence et les territoires du Nouveau Monde. L’une des grandes qualités du livre réside dans sa richesse historique et narrative. L’auteure décrit de manière vivante les ambitions politiques et économiques des puissances européennes, tout en expliquant comment ces rivalités ont mené à des événements majeurs, comme la lutte entre la France et l’Angleterre pour la domination en Amérique du Nord et la conquête de Québec.
Le livre se distingue également par sa dimension pédagogique. Dorion-Poussart réussit à rendre accessibles des enjeux historiques complexes en s’appuyant sur des exemples concrets et une narration fluide. Le lecteur comprend ainsi mieux comment les tensions coloniales ont évolué au fil du temps et comment elles ont contribué à des transformations majeures, comme l’émergence des Treize colonies et leur chemin vers l’indépendance.
Enfin, l’ouvrage se lit comme un véritable récit historique, mêlant analyse, événements marquants et réflexion sur l’évolution des puissances politiques. En retraçant la formation progressive des sociétés américaines et l’ascension de nouvelles puissances, l’auteure offre une perspective éclairante sur les origines du monde moderne. L’ouvrage constitue une lecture enrichissante pour toute personne intéressée par l’histoire des Amériques et les dynamiques de pouvoir entre les nations. Clair, documenté et captivant, il permet de mieux comprendre les origines historiques des rivalités et des transformations qui ont marqué le continent américain. La convoitise des puissances: de l’Europe aux Amériques Nicole Dorion-Poussart. Éditions GID 219p. www.leseditionsgid.com |
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Les riches heures de Saint-Jean-sur-Richelieu
Le livre Saint-Jean-sur-Richelieu : lieu riche de vie de Stéphane Kirouac constitue un magnifique hommage au patrimoine et à la mémoire collective de la région. Publié aux Éditions GID, cet ouvrage richement illustré s’inscrit dans la collection « 100 ans noir sur blanc », qui propose un voyage visuel dans l’histoire du Québec entre 1860 et 1960. L’auteur rassemble près de 200 photographies anciennes provenant d’archives et de collections privées, offrant au lecteur une immersion dans la vie quotidienne d’autrefois. Ces images témoignent de l’évolution sociale, urbaine et humaine de Saint-Jean-sur-Richelieu et des localités voisines comme Saint-Luc, Iberville, Saint-Athanase et L’Acadie. L’un des grands mérites du livre est la qualité de la contextualisation historique. Grâce à ses recherches approfondies, l’auteur accompagne chaque photographie d’explications claires et accessibles. Le lecteur découvre ainsi les transformations de la ville : ses rues animées, ses commerces, ses institutions et les moments marquants qui ont façonné l’identité de la région. L’ouvrage possède également une forte dimension émotionnelle. Pour plusieurs lecteurs, il ravive des souvenirs ou évoque la vie de leurs parents et grands-parents. Pour les plus jeunes, il constitue une occasion précieuse de comprendre le passé et de découvrir les racines de leur communauté.
Saint-Jean-sur-Richelieu lieu riche de vie Stéphane Kirouac. Éditions GID 207p. www.leseditionsgid.com |
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Les soubresauts romanesque avec l’envoûtante Liza
Le bouton est un roman de l’écrivaine ukrainienne Irène Rozdoboudko, une autrice importante de la littérature contemporaine ukrainienne. L’histoire mêle amour, destin et transformations sociales dans un contexte historique marqué par la transition entre l’époque soviétique et le monde moderne. Le roman commence lorsque Denys, jeune homme prometteur issu d’un milieu privilégié durant l’époque soviétique, rencontre Liza, une femme qui le fascine immédiatement. Il tombe profondément amoureux d’elle, mais cet amour n’est pas partagé. Blessé par ce rejet, Denys décide de s’engager dans l’armée et participe à la guerre en Afghanistan, espérant que les horreurs de la guerre lui feront oublier cette passion. Après vingt ans, Denys a survécu et est devenu un directeur publicitaire prospère. Pourtant, son passé n’est jamais vraiment effacé. Lorsque Liza réapparaît dans sa vie, les souvenirs et les émotions refont surface, bouleversant à nouveau son existence. Le roman montre comment un amour obsessionnel peut transformer une personne et influencer ses choix pendant toute une vie.
Le bouton Irène Rozdoboudko. Hashtag 244p. www.editionshashtag.com |
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C’est pas parce qu’on est russe que l’on veut la guerre
Publié en 2024, Ces Russes qui s’opposent à la guerre de Anya Stroganova est un ouvrage collectif qui rassemble quinze portraits de militants et de personnalités russes engagés contre la guerre menée par la Russie en Ukraine. Le livre donne la parole à ces opposants, souvent méconnus, qui refusent que cette guerre soit menée « en leur nom ». Les textes sont écrits par plusieurs auteurs (journalistes, chercheurs et militants) et montrent les formes diverses de la résistance à l’intérieur et à l’extérieur de la Russie. L’essai montre que l’opposition à la guerre existe bel et bien dans la société russe, même si elle est fortement réprimée. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, des milliers de personnes ont été arrêtées pour avoir manifesté ou critiqué l’armée russe. Le livre s’organise autour de quinze portraits individuels. Ces récits racontent le parcours de personnes engagées dans différents types d’actions. Ces témoignages montrent les risques très importants que prennent ces opposants : arrestations, prison, exil forcé ou harcèlement par le pouvoir.
Ces russes qui s’opposent à la guerre Anya Stroganova. Les Petits matins 142p. www.lespetitsmatins.fr |
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Ce qu’est un écrivain dans tous ses aspects
Dans On ne dira jamais assez de bien des mauvais romans, François Gravel propose un récit original qui prend la forme d’un dialogue entre l’auteur et son alter ego. À travers cette conversation intérieure, il revisite sa carrière d’écrivain et réfléchit avec humour et lucidité au métier d’écrire. Le point de départ du livre repose sur l’idée bien amenée de « l’esprit de l’escalier » ce moment où l’on trouve la bonne réponse trop tard après une conversation. L’auteur imagine alors reprendre certaines entrevues et discussions passées pour répondre autrement et approfondir sa réflexion sur la littérature et sur lui-même. Le narrateur, qui ressemble beaucoup à l’auteur lui-même, engage une discussion avec une sorte de double critique et ironique. Ensemble, ils explorent plusieurs aspects de sa vie et de son parcours Le livre montre surtout les doutes, les frustrations et les remises en question qui accompagnent l’écriture.
On ne dira jamais assez de bien des mauvais romans François Gravel. Druide 159p. www.editionsdruide.com |
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Nous avons eu une impératrice en exil à Québec
Dans son ouvrage consacré à Zita de Bourbon‑Parme, dernière impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, l’historien Jacques Martineau propose une étude originale et bien documentée d’un épisode peu connu de l’histoire québécoise : l’exil de la famille impériale à Québec pendant la Seconde Guerre mondiale.
L’ouvrage met en lumière la période durant laquelle l’ancienne souveraine, veuve de Charles Ier d’Autriche, s’installe au Québec avec ses enfants pour fuir l’Europe bouleversée par le conflit. Après avoir quitté l’Europe et séjourné aux États-Unis, elle choisit Québec notamment pour permettre à ses enfants de poursuivre leur éducation en français et dans un environnement catholique favorable.
L’une des grandes qualités du livre réside dans la richesse de sa documentation. Martineau s’appuie non seulement sur des sources historiques traditionnelles, mais aussi sur un grand nombre d’articles de journaux et d’échos mondains de l’époque. Ces documents permettent de reconstituer la vie quotidienne de l’impératrice et de sa famille, qui habitaient notamment la Villa Saint-Joseph à Sillery, et de montrer comment leur présence suscita la curiosité et l’intérêt des habitants de la ville.
L’auteur réussit également à dresser un portrait humain et nuancé de Zita. Loin de l’image distante d’une souveraine, elle apparaît comme une mère attentive et une femme profondément religieuse vivant dans une relative simplicité malgré son passé impérial. Les témoignages de contemporains montrent une femme discrète, souvent vêtue simplement et menant une vie presque ordinaire dans la capitale québécoise.
L’impératrice Zita d’Autriche en exil à Québec Jacques Martineau
éditions GID 170p. www.leseditionsgid.com |
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Comment attirer l’attention d’un médias sur soi
Visible : apprivoiser les médias en tant que petite entreprise propose un guide clair et accessible pour les entrepreneurs qui souhaitent mieux comprendre le fonctionnement des médias et développer leur visibilité. Dans cet ouvrage, Kim Auclair et Marie-Ève Martel mettent à profit leur expérience en communication et en journalisme afin d’aider les travailleurs autonomes et les petites entreprises à tirer parti des relations de presse. L’un des principaux atouts du livre est son approche pratique. Les auteures expliquent de manière simple comment attirer l’attention des médias, même sans formation en relations publiques ou sans budget pour engager une firme spécialisée. Elles montrent notamment comment construire un message pertinent, profiter de l’actualité pour faire connaître son entreprise et se préparer efficacement à une entrevue avec un journal. L’expertise complémentaire des deux auteures enrichit l’ouvrage. L’expérience de journaliste de Marie-Ève Martel permet d’expliquer comment les médias sélectionnent leurs sujets, tandis que le parcours en communication et en entrepreneuriat de Kim Auclair apporte un point de vue pratique sur la manière de se démarquer dans l’espace médiatique.
Visible apprivoiser les médias en tant que petite entreprise. Kim Auclair et Marie-Ève Martel. Éditions Septembre 182p. |
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Un meurtre qui se complique plus qu’il ne faut
Lise Bergeron plonge le lecteur dans une intrigue captivante qui mêle habilement suspense, drame humain et atmosphère historique. L’histoire se déroule en 1912, dans le village de Saint-Raymond, où Samuel est accusé d’avoir tué un chasseur issu d’une famille influente. Incapable de prouver son innocence et trahi par le seul témoin du drame, il s’évade, déclenchant une traque qui tiendra tout le village en haleine.
L’autrice réussit à créer une tension constante grâce à une intrigue bien construite et riche en rebondissements. Au fil des pages, l’enquête menée par le policier Justin Leclerc révèle peu à peu les secrets enfouis derrière ce crime mystérieux, tandis que les émotions et les dilemmes des personnages prennent toute leur place dans le récit.
L’un des grands atouts du roman réside dans la profondeur de ses personnages. Angéla, mère déchirée prête à tout pour sauver son fils, et Justin Leclerc, enquêteur hanté par son passé, apportent une dimension humaine et touchante à l’histoire. La présence de Marie-Denise, figure lumineuse et bienveillante, apporte quant à elle une note d’espoir dans une intrigue marquée par les secrets et les mensonges.
Lise Bergeron démontre également un talent certain pour recréer l’atmosphère d’une petite communauté québécoise du début du XXᵉ siècle. Les paysages, les relations entre les habitants et les tensions sociales contribuent à donner au récit un réalisme et une immersion remarquables.
Dans la brume du matin est un roman prenant, qui combine habilement enquête, drame familial et fresque historique. Grâce à une écriture fluide et des personnages attachants, Lise Bergeron offre une lecture à la fois émouvante et palpitante, qui saura séduire les amateurs de romans historiques et de suspense.
Dans la brume du matin Lise Bergeron. Les éditions JCL 343p. www.editionsjcl.com |
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Des traces militaires dans la Belle Province
Deux auteurs, Jean-François Caron et Pierre Lahoud, ce dernier si honoré par notre gouvernement provincial, proposent une exploration fascinante d’un aspect souvent méconnu de l’histoire du Québec : son patrimoine militaire. À travers cet essai richement documenté, les auteurs mettent en lumière les lieux, les bâtiments et les traces matérielles laissées par l’activité militaire sur le territoire québécois.
Patrimoine militaire au Québec se distingue par la rigueur de sa recherche et par la clarté de son approche. Historien spécialisé dans l’histoire de la ville de Québec et ancien collaborateur de Parcs Canada, Jean-François Caron apporte une solide expertise historique, tandis que Pierre Lahoud, reconnu pour son travail de mise en valeur du patrimoine québécois, contribue à enrichir l’ouvrage par sa vision globale du paysage et de l’architecture.
L’essai réussit à rendre accessible un sujet parfois complexe en présentant de manière vivante les fortifications, les sites stratégiques et les infrastructures militaires qui ont marqué différentes périodes de l’histoire du Québec. Les auteurs montrent comment ces lieux témoignent des rivalités impériales, de la défense du territoire et de l’évolution des stratégies militaires au fil des siècles.
Patrimoine militaire au Québec Jean-François Caron et Pierre Lahoud. Éditions GID 200p. www.leseditionsgid.com |
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Autour de crânes d’animaux cloués à des arbres….Brrrr!!!
Kathy Reichs notre célèbre anthropologiste mi-montréalaise, signe un nouveau thriller captivant qui confirme son talent unique pour mêler science médico-légale et suspense haletant. Dans cette nouvelle enquête, Trophées de chair l’anthropologue judiciaire Temperance Brennan est appelée à élucider une série de crimes étranges qui commencent par la découverte de crânes d’animaux décorés dans les bois. Très vite, l’affaire prend une tournure plus sombre lorsque les meurtres se multiplient et qu’un cadavre humain est exposé selon un rituel macabre.
Ce roman se distingue par une intrigue dense et progressive qui maintient le lecteur dans une tension constante. Kathy Reichs maîtrise parfaitement l’art du suspense : chaque indice mène à de nouvelles hypothèses, et les suspects se multiplient, rendant l’enquête aussi complexe que fascinante. L’autrice parvient à créer une atmosphère inquiétante tout en conservant un rythme narratif soutenu.
Le personnage de Temperance Brennan, toujours aussi brillant et déterminé, apporte une dimension humaine et scientifique à l’histoire. Son expertise en anthropologie judiciaire enrichit l’intrigue et donne au récit une crédibilité remarquable. Cette combinaison de rigueur scientifique et de tension dramatique constitue l’une des grandes forces de l’œuvre.
Trophées de chair séduira les amateurs de romans policiers et de thrillers psychologiques. L’écriture fluide de Kathy Reichs, associée à une intrigue sombre et originale, offre une lecture immersive et palpitante. Ce nouveau titre s’inscrit parfaitement dans la célèbre série consacrée à Temperance Brennan et confirme la place de l’autrice parmi les grandes figures du polar contemporain.
Trophées de chair Kathy Reichs. Robert Laffont Québec 321p. |
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Véritablement protégée par un bracelet électronique ?
Identifiée seulement par le prénom Sarah, question de la protéger, livre dans Avant lui, j’étais libre un récit personnel et émouvant qui explore les mécanismes de l’emprise amoureuse et la perte progressive de liberté dans une relation toxique. À travers une écriture intime et sincère, l’autrice raconte comment une relation qui semblait au départ passionnée et prometteuse s’est peu à peu transformée en source de contrôle, de peur et d’isolement.
Le récit suit le cheminement de la narratrice : d’abord séduite et profondément attachée à son partenaire, elle se rend progressivement compte que sa liberté et son identité s’effacent au fil du temps. L’histoire met en lumière les signes parfois subtils de la manipulation et de la domination psychologique, tout en décrivant les émotions contradictoires vécues par la personne qui en est victime.
Ce livre se distingue par la franchise du témoignage et par la réflexion qu’il propose sur les relations amoureuses et la reconstruction de soi. L’autrice ne se contente pas de raconter son expérience : elle invite aussi les lecteurs à réfléchir aux notions d’autonomie, de respect et de dignité dans les relations humaines. Songez que la victime n’est protégée de son agresseur qui porte un bracelet électronique, mais de façon temporaire….
Avant lui, j’étais libre Sarah. Les éditions La Presse 161p. www.editionslapresse.ca |
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Le développement durable d’accord, mais faire quoi ?
L’essai Développement durable : enjeux et trajectoires constitue une introduction claire, rigoureuse et stimulante aux enjeux contemporains du développement durable. Dans cet ouvrage, François Anctil et Liliana Diaz avec la collaboration de Claudia Laviolette proposent une synthèse accessible des principaux défis environnementaux, économiques et sociaux auxquels nos sociétés sont confrontées aujourd’hui. L’auteur cherche avant tout à répondre à une question fondamentale : quelles connaissances sont nécessaires pour participer de manière éclairée aux débats et aux actions liés à la transition vers un développement plus durable. L’un des principaux mérites du livre réside dans sa capacité de vulgarisation scientifique. Sans simplifier excessivement les enjeux, Anctil explique avec pédagogie des notions complexes telles que les limites planétaires, les changements climatiques ou encore les interactions entre croissance économique et protection de l’environnement. Cette approche permet au lecteur de mieux comprendre la complexité du système socio-écologique et l’interdépendance entre les activités humaines et les équilibres naturels. L’ouvrage se distingue également par son approche interdisciplinaire. Le développement durable y est présenté comme un projet collectif qui mobilise à la fois les sciences naturelles, l’économie, la politique et l’éthique. L’auteur insiste sur la nécessité de concilier plusieurs objectifs : préserver les ressources naturelles, réduire les inégalités et assurer un bien-être durable pour les générations futures. Cette perspective globale reflète bien l’esprit même du développement durable, qui cherche à équilibrer les dimensions environnementales, sociales et économiques.
Développement durable enjeux et trajectoires de François Anctil et Liliana Diaz avec la collaboration de Claudia Laviolette. 3ème édition. PUL 212p. www.pulaval.com |
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La sélection haut de gamme de femmes selon Laure Adler
Laure Adler rend hommage à huit femmes qui ont marqué l’histoire par leur courage, leur intelligence et leur engagement. À travers des portraits vivants et accessibles, l’autrice retrace les parcours de personnalités remarquables comme Gisèle Halimi, Simone Veil, Hannah Arendt, Marguerite Duras, Toni Morrison, Françoise Dolto, Simone Weil et Mahsa Jina Amini. Chacune de ces femmes a contribué, à sa manière, à faire évoluer la société et à ouvrir de nouveaux horizons pour les générations suivantes. L’un des grands atouts du livre Femmes d’exception est la manière dont Laure Adler raconte ces vies avec passion et admiration. Elle ne se contente pas de présenter des faits historiques : elle montre aussi les combats, les doutes et la détermination de ces femmes face aux injustices et aux obstacles. Cette approche rend la lecture à la fois émouvante et inspirante. L’ouvrage met également en valeur l’idée de sororité et de transmission. Les portraits rappellent que les luttes pour la liberté, l’égalité et la justice se construisent collectivement et que les actions de ces femmes continuent d’influencer notre vision du monde aujourd’hui.
Femmes d’exception Laure Adler. France Inter/Grasset 221p. www.grasset.fr |
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La vie militaire au-delà de l’aventure et du dépaysement
Une vie militaire est un récit vivant et profondément humain qui retrace le parcours d’un soldat canadien-français à travers les défis, les combats et les transformations intérieures qu’entraîne l’engagement militaire au XXIᵉ siècle. Éric Plante nous plonge sans détours dans la réalité d’une vie façonnée par l’armée : de l’idéal de jeunesse au cœur des théâtres d’opérations modernes, notamment en Afghanistan et en Ukraine, en passant par les moments de doute, les blessures physiques et psychologiques et les remises en question profondes. L’un des aspects les plus forts du livre est la dimension introspective du récit : l’auteur ne se contente pas de décrire des faits ou des lieux, il explore aussi ses propres illusions, ses peurs et sa manière de grandir face à des expériences souvent extrêmes. Cette approche rend le récit à la fois authentique et bouleversant, car elle met en lumière l’humain derrière l’uniforme. La plume d’Éric Plante est à la fois précise et sensible. Elle sait rendre justice à la complexité de l’engagement militaire, en montrant que la vie dans l’armée n’est ni seulement héroïque ni seulement traumatique, mais une combinaison de défis, de fraternité, de sacrifices et de réflexions profondes.
Une vie militaire Éric Plante 187p. Presses de l’Université Laval |
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Quatre-vingt-cinq ans journaliste au Droit
C’est un phénomène ce Fulgence Charpentier qui a été le plus longtemps sur la fiche de paie du quotidien Le Droit d’Ottawa. La biographie Fulgence Charpentier (1897-2001) : La mémoire du XXe siècle coécrite par François-Xavier Simard et Denyse Garneau constitue un ouvrage remarquable qui redonne toute sa place à une figure marquante du journalisme canadien-français. Grâce à une recherche approfondie et à une narration vivante, les auteurs retracent la trajectoire exceptionnelle de Fulgence Charpentier, journaliste, diplomate et témoin privilégié de plus de sept décennies d’histoire politique et culturelle. Le livre impressionne d’abord par son ampleur et la richesse de sa documentation. Sur près de mille pages, les auteurs reconstituent avec précision la vie d’un homme qui a traversé presque tout le XXᵉ siècle et qui a occupé de multiples fonctions : correspondant parlementaire, haut fonctionnaire, diplomate et chroniqueur. Cette fresque biographique dépasse largement le simple portrait individuel pour devenir une véritable plongée dans l’évolution du Canada francophone et de ses institutions. Un autre mérite de cette biographie réside dans la dimension humaine qu’elle confère à son sujet. Les auteurs décrivent un homme animé par un profond humanisme, attaché aux valeurs d’ouverture, de tolérance et de liberté. À travers anecdotes, témoignages et analyses, ils font apparaître une personnalité à la fois curieuse, engagée et profondément attachée au service public.
Fulgence Charpentier (1897-2001) La mémoire du XXème siècle. François-Xavier Simard et Denyse Garneau. Éditions Duo 964p. www.editionsduo.ca |
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Faire un scénario oui, mais en dégager de la profondeur
Il existe sur le marché plusieurs guides sur la manière de concevoir un scénario en suivant des plans de matchs définis. Producteur de films d’animation Pierre Greco partage ses connaissances à ce propos mais en se faisant insistant sur la “nourriture” à donner aux personnages. L’essai Fabriquer des mythes : une introduction à l’art du scénario et du storytellingest une contribution éclairante et stimulante à la réflexion sur l’écriture scénaristique et la construction des récits. Publié par les Presses de l’Université Laval en 2026, cet ouvrage propose une exploration accessible mais rigoureuse des mécanismes narratifs qui permettent aux histoires de captiver durablement le public. Dès les premières pages, Greco met en évidence le rôle fondamental du scénariste dans la création d’univers fictionnels capables de susciter l’émotion. Selon lui, l’écriture narrative repose sur un ensemble d’outils — structure dramatique, construction des personnages, gestion du suspense et de la surprise — qui permettent de transformer une simple intrigue en récit marquant. L’auteur insiste également sur l’idée que le récit fonctionne souvent comme une forme de « fabrication » maîtrisée, un art consistant à donner l’illusion du vrai afin de toucher le spectateur.
Fabriquer des mythes Pierre Greco 300p. www.pulaval.com |
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Un ennemi intérieur troublant
Entre-deux est l’exact exemple donné par l’auteur de ce roman Étienne Beaudry-Soucy qui nous invite à faire connaissance avec Léonard, un garçon pour lequel l’étiquette de singulier est un euphémisme, puisque ce jeune, déjà rationnel en si bas âge, voire atteint de lucidité chronique, sera à la faveur d’un accident, habité désormais par deux entités. Dès les premières pages, l’auteur parvient à capter l’attention du lecteur grâce à une écriture fluide et évocatrice qui rend l’expérience de lecture immersive et émotive. L’un des points forts du roman réside dans la profondeur de ses personnages. Ceux-ci évoluent dans un espace symbolique « entre deux » états : entre le passé et l’avenir, entre l’enfance et l’âge adulte, ou encore entre certitude et doute. Cette exploration des moments charnières de l’existence permet au lecteur de s’identifier facilement aux questionnements des protagonistes. De plus, le roman aborde des thèmes universels tels que la quête de soi, les relations humaines et les choix qui façonnent une vie. Cette dimension universelle donne à l’histoire une portée plus large et invite le lecteur à réfléchir sur ses propres expériences et transitions. C’est du bonbon.
Entre-deux Étienne Beaudry-Soucy. Les éditions Sémaphore 135p. www.editionssemaphore.qc.ca |
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De l’importance de faire philosopher les enfants
Un jour, un de nos coéditeurs, n’en pouvait plus de voir un enseignant dans un parc à passer son temps à asséner des commandements aux petits sous sa garde. N’en pouvant plus, notre collègue, lui à partager la stupidité de son mode de communication, invitant le prof à plutôt faire philosopher les jeunes. Il fut terriblement insulté. Ce type qui en fera des cancres aurait plutôt intérêt à livre Une vie à enseigner la pensée de Matthew Lipman. Ce livre est une œuvre inspirante qui permet de mieux comprendre le parcours et la réflexion d’un philosophe engagé dans l’éducation. Dans cette autobiographie, l’auteur raconte les expériences, les rencontres et les idées qui ont façonné sa carrière et sa vision de l’enseignement.
L’un des aspects les plus intéressants du livre est la manière dont Lipman explique la naissance de son concept de philosophie pour enfants. Il montre que les élèves sont capables de réfléchir, de poser des questions et de développer un esprit critique lorsqu’on leur donne les bons outils. Cette idée rend l’ouvrage particulièrement stimulant pour les enseignants et les lecteurs intéressés par l’éducation.
Une vie à enseigner la pensée Matthew Lipman. PUL 171p. www.pulaval.com |
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Pitou va vous expliquer l’art visuel
Publié aux éditions Éditions Palette, L’Histoire de l’art en 21 chiens : Les portraits de Nia Gould propose une approche originale et ludique pour découvrir l’histoire de l’art. Cet album illustré invite le lecteur à parcourir plusieurs siècles de création artistique à travers un concept aussi simple qu’ingénieux : revisiter des portraits célèbres en remplaçant les personnages par… des chiens. L’ouvrage présente 21 chefs-d’œuvre du portrait, depuis les bustes de l’Égypte antique jusqu’aux œuvres pop des années 1960. Chaque tableau célèbre est réinterprété sous la forme d’un portrait canin plein d’humour, tout en conservant les éléments visuels essentiels de l’original. Cette démarche permet d’aborder les grandes œuvres de manière accessible, tout en suscitant la curiosité du lecteur. L’humour et la créativité de l’autrice rendent l’histoire de l’art plus accessible et moins intimidante, notamment pour les jeunes lecteurs. Mais le livre peut également séduire les adultes amateurs d’art grâce à ses clins d’œil culturels et à la finesse de ses références. Cette approche décalée transforme l’apprentissage en jeu et invite à redécouvrir des œuvres célèbres sous un angle inattendu.
L’histoire de l’art en 21 chiens les portraits de Nia Gould Éditions Palette. |
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Sur ces étranges mammifères
L’autrice et illustratrice Mélanie Watt propose un album jeunesse à la fois drôle, informatif et irrésistiblement charmant. Destiné aux jeunes lecteurs, 10 faits étonnants sur les capybaras ce livre illustré invite à découvrir l’un des animaux les plus attachants du règne animal : le capybara, le plus grand rongeur du monde. Le livre se présente comme une série de faits surprenants sur cet animal fascinant. Au fil des pages, les enfants apprennent différentes informations sur les capybaras : leurs habitudes, leur mode de vie et leurs particularités. L’originalité de l’album réside dans la manière dont ces informations sont racontées : avec beaucoup d’humour, de petites surprises et un ton malicieux qui maintient l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin. Les illustrations colorées et expressives sont un autre point fort de l’ouvrage. Le style graphique de Mélanie Watt, déjà apprécié dans plusieurs de ses albums jeunesse, donne vie au capybara avec beaucoup de personnalité. Les images accompagnent parfaitement les textes et contribuent à rendre la lecture dynamique et amusante.
10 faits étonnants sur les capybaras Mélanie Watt. Scholastic www.scholastic.ca |
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États du viol Publié pour la première fois en 2019, La fabrique du viol est un essai féministe dans lequel Suzanne Zaccour analyse les mécanismes sociaux, culturels et juridiques qui permettent aux violences sexuelles d’exister et de se perpétuer dans nos sociétés. L’autrice cherche à montrer que le viol n’est pas seulement le résultat d’actes individuels isolés, mais qu’il est produit par un ensemble de normes, de croyances et d’institutions. À travers cet ouvrage, Zaccour souhaite remettre en question certaines idées reçues sur les agressions sexuelles et encourager une réflexion collective afin de lutter plus efficacement contre ces violences. L’un des concepts centraux du livre est celui de culture du viol. L’autrice définit cette notion comme l’ensemble des pratiques, des mythes et des représentations qui banalisent ou minimisent les violences sexuelles dans la société. Cette culture se manifeste par plusieurs phénomènes : le blâme des victimes, par exemple lorsqu’on questionne leur comportement ou leur tenue, la banalisation des agressions sexuelles dans les médias ou la culture populaire, la méfiance envers la parole des victimes.
La fabrique du viol Suzanne Zaccour. Nomades 172p. |
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Ne pas se laisser faire quand on est Queers
Riposter à l’injure est un essai politique et social dans lequel Julien Marsay analyse la situation actuelle des personnes LGBTQIA+ et les menaces qui pèsent sur leurs droits. L’auteur observe qu’à l’échelle internationale, plusieurs pays connaissent un retour de discours et de politiques hostiles aux personnes queer, ce qui constitue un recul pour les droits et la sécurité de ces communautés. L’objectif du livre est de comprendre ce phénomène et d’encourager une réponse collective et politique face aux discriminations. Le contexte : un retour de l’hostilité envers les personnes queers. Marsay situe son analyse dans un contexte marqué par un « backlash » contre les droits LGBTQIA+, c’est-à-dire un mouvement de réaction conservatrice. Selon lui, plusieurs facteurs alimentent ce phénomène. Une idée centrale de l’essai est que la résistance actuelle doit s’appuyer sur la mémoire des luttes passées. Marsay rappelle les combats menés par les mouvements queer et LGBTQIA+ pour obtenir des droits et une reconnaissance sociale.
Queers riposter à l’injure Julien Marsay. Payot 142p. www.editions-payot.fr |
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Un regard sur un groupe rock phare de la scène helvète
L’ouvrage 50 nuances de BLB raconte l’histoire du groupe suisse BLB (Beau Lac de Bâle) et retrace près de cinquante ans de carrière musicale. Les auteurs André Klopmann et Nicolas Burgy mélangent récit historique, anecdotes et portraits pour montrer comment ce groupe est devenu une figure originale du paysage musical suisse. Le livre revient sur la naissance et l’évolution du groupe Beau Lac de Bâle, connu pour son style mêlant rock, humour et satire. Depuis la fin des années 1970, le groupe se distingue par des chansons décalées, des performances scéniques burlesques et des choristes extravagantes. Le livre montre comment BLB a réussi à créer un style unique appelé parfois « rock’n’drôle », combinant musique rock et humour satirique sur la société et les clichés. Le livre montre comment BLB a marqué la scène musicale suisse grâce à son mélange de rock, d’humour et de spectacle. A découvrir absolument et surtout à écouter ensuite.
50 nuances de BLB André Klopmann et Nicolas Burgy. Slatkine 166p. www.slatkine.com |
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Cette fois la branche paternelle de cette famille française
Philippe Manevy montréalais et ressortissant français, avait donné à voir de sa lignée maternelle dans “La colline qui travaille”. Il poursuit une exploration de son histoire familiale et de la mémoire rurale française, cette fois version paternelle dans La montagne ardente. L’intrigue se déroule principalement dans la région de la Haute-Loire, au pied du mont Lizieux, où la famille de l’auteur est installée depuis plusieurs générations. Le narrateur remonte le fil de son histoire familiale pour comprendre ses origines. À travers les récits transmis par la famille, les archives et les souvenirs, il reconstitue la vie de plusieurs générations de la famille Manevy. À travers leurs histoires, le roman raconte l’évolution du XXᵉ siècle, marqué par les guerres, les progrès techniques et les transformations. L’auteur cherche à comprendre son identité en retraçant la vie de ses ancêtres. Les générations se succèdent et montrent comment l’histoire personnelle rejoint la grande Histoire.
La montagne ardente Philippe Manevy. Leméac 289p. |
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Rencontre avec une grande poétesse chinoise du passé
La poétesse est un roman de l’écrivaine sino-canadienne Ying Chen. Le livre propose un dialogue imaginaire entre l’auteure contemporaine et une grande poétesse chinoise du passé, Li Qingzhao, figure historique de la dynastie Song. À travers cette rencontre littéraire séparée par près de mille ans, le roman explore la création artistique, l’amour, la mémoire et la fragilité du moi. Dans ce récit, Ying Chen entre en conversation avec la célèbre poétesse Li Qingzhao, qui a vécu entre le XIᵉ et le XIIᵉ siècle. Bien que séparées par des siècles et des contextes historiques très différents, les deux femmes partagent des préoccupations semblables. Le roman met en scène une sorte de dialogue entre leurs voix : elles réfléchissent à la vie, à l’amour, à la solitude et au sens de l’écriture. Les pensées de la poétesse ancienne répondent à celles de l’écrivaine moderne, ce qui crée un pont entre la Chine de la dynastie Song et le monde contemporain. Dire que c’est magnifique est un euphémisme. Nous on a adoré. La poétesse Ying Chen. Leméac 140p. |
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A la découverte de Roland Lepage
Mémoires inutiles : Entretiens avec Roland Lepage est un recueil d’entretiens réalisé par Jean‑Philippe Joubert, avec la collaboration de Catherine Mathis et Marie‑Hélène Lalande. Dans ce livre, le dramaturge et comédien québécois Roland Lepage raconte sa vie et son parcours dans le monde du théâtre. Dans ces conversations, Roland Lepage évoque les différentes étapes de sa vie. Il parle notamment de son enfance dans un milieu modeste du quartier Limoilou à Québec, de sa formation et de ses débuts comme comédien. Il raconte ensuite son évolution dans le milieu artistique : son travail au théâtre, ses collaborations, ses voyages et les expériences qui ont marqué sa carrière. Le livre permet aussi de découvrir les coulisses de la naissance et du développement du théâtre et de la télévision au Québec. Roland Lepage présente le théâtre comme un art essentiel et comme un véritable acte d’amour envers le public et les artistes. Le livre met en valeur l’importance de raconter son histoire et de transmettre son expérience aux générations futures. Les souvenirs de Lepage permettent de comprendre l’évolution du milieu théâtral et artistique au Québec. Un beau devoir de mémoire.
Mémoires inutiles Entretiens avec Roland Lepage avec Jean-Philippe Joubert, Catherine Mathis et Marie-Hélène Lalande. Dramaturges éditeurs 296p. www.dramaturges.com |
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Un enlèvement sujet d’un best-seller
Le Crime du paradis de Guillaume Musso est un thriller captivant qui plonge le lecteur dans une intrigue mystérieuse au cœur de la Côte d’Azur des années 1920. Dès les premières pages, l’auteur installe une atmosphère à la fois élégante et inquiétante dans la luxueuse villa Starlight, où un groupe d’invités privilégiés voit son séjour idyllique basculer après la disparition mystérieuse d’un enfant. L’un des grands points forts du roman est son intrigue particulièrement bien construite. Chaque personnage semble cacher des secrets et devient progressivement suspect, ce qui maintient le suspense tout au long du récit. Le lecteur est constamment amené à se poser des questions et à tenter de résoudre l’énigme aux côtés des enquêteurs. Le style d’écriture de Guillaume Musso est fluide et accessible, ce qui rend la lecture très agréable. L’auteur maîtrise parfaitement l’art du suspense et enchaîne les rebondissements avec efficacité. L’intrigue s’inspire des grands romans policiers classiques et rend notamment hommage à l’univers d’Agatha Christie, célèbre pour ses enquêtes pleines de mystère et de retournements de situation. Le décor joue également un rôle important dans le roman. La Côte d’Azur, avec son soleil et ses paysages paradisiaques, contraste fortement avec l’ombre du crime et les tensions entre les personnages. Ce contraste renforce l’atmosphère du récit et souligne l’idée que derrière les apparences luxueuses peuvent se cacher de nombreux secrets.
Le crime du paradis Guillaume Musso. Calmann Lévy 468p. www.calmann-levy.fr |
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Tensions à Val-Jalbert
Les tourbillons du destin de Michel Langlois est une œuvre historique captivante qui plonge le lecteur dans la vie des familles québécoises du début du XXᵉ siècle. L’histoire se déroule en 1901 dans la région de Chambord, où Thomas Fortin, jeune père de famille, doit faire face à une épreuve difficile lorsqu’il perd son emploi et doit trouver une solution pour assurer l’avenir des siens. Ce roman se distingue par la richesse de son contexte historique. À travers la construction d’une pulperie et la naissance de la ville industrielle de Val‑Jalbert, l’auteur décrit avec réalisme l’essor économique et les transformations sociales de l’époque. Le lecteur découvre comment de nombreuses familles ont été attirées par les promesses d’une vie meilleure, tout en affrontant les sacrifices et les défis liés au progrès. L’un des grands atouts du roman est la profondeur des personnages. Le style de Michel Langlois est fluide et agréable à lire. L’auteur parvient à mêler habilement la grande Histoire et les destinées individuelles, créant ainsi une fresque historique vivante et émouvante. Les descriptions du milieu de vie, du travail et de la solidarité entre les habitants donnent une impression réaliste et immersive. L’ouvrage en définitive met en valeur la force des liens familiaux et la persévérance face aux épreuves.
Les tourbillons du destin Michel Langlois. Les éditeurs réunis 398p. www.lesediteursreunis.com |
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Une infirmière qui a tout un squelette dans le placard
Dans le roman historique captivant Le secret d’une infirmière, Amanda Skenandore entraîne le lecteur dans le New York des années 1880, une époque marquée par les inégalités sociales et les débuts de la profession infirmière moderne. L’histoire suit Una Kelly, une jeune femme issue des quartiers pauvres qui, pour échapper à la justice après une accusation injuste, se réfugie dans une école d’infirmières de l’hôpital Bellevue. L’un des grands atouts du roman réside dans la richesse de son contexte historique. L’autrice décrit avec précision le fonctionnement des premières écoles d’infirmières, inspirées des principes de Florence Nightingale, tout en évoquant les conditions de vie difficiles dans les bas-fonds de la ville. Cette immersion rend le récit à la fois instructif et vivant. Le personnage d’Una est particulièrement réussi : complexe, courageuse et attachante, elle évolue au fil du récit. D’abord motivée par la survie et le mensonge, elle découvre peu à peu une véritable vocation pour les soins et développe un sens moral plus profond. Cette transformation donne au roman une dimension humaine et émouvante. Le style d’Amanda Skenandore est fluide et dynamique, ce qui rend la lecture très agréable. Les chapitres courts et les nombreux rebondissements maintiennent le suspense jusqu’à la dernière page, notamment grâce à l’enquête autour d’un mystérieux meurtrier.
Le secret de l’infirmière Amanda Skenandore. Les éditions JCL 393p. www.editionsjcl.com |
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Un trésor nazi…à Anticosti
L’intrigue de Notiskouan: Anticosti et le trésor nazi suit Stanley Ashini, un Innu originaire de Nutashkuan et ancien commando des forces spéciales canadiennes, qui tente de se reconstruire après la guerre sur sa propriété de l’île d’Anticosti. Mais son séjour paisible est bouleversé lorsqu’il se retrouve confronté à un groupe de conspirateurs allemands cherchant une cache nazie contenant de l’or et des armes destinés à soutenir un projet d’insurrection. L’un des grands atouts du roman est son intrigue riche en suspense. Dès les premières pages, l’auteur Gérald Garon installe une tension constante qui pousse le lecteur à vouloir connaître la suite. Les rebondissements sont nombreux et maintiennent un rythme dynamique tout au long du récit. Le personnage principal, Stanley Ashini, est particulièrement intéressant. Courageux, déterminé et profondément humain, il incarne un héros crédible et attachant. Sa détermination à protéger la démocratie et à déjouer le complot donne au roman une dimension à la fois aventureuse et engagée.
Notiskouan: Anticosti le trésor nazi Gérald Garon. Éditions du Tullinois 192p. www.editionsdutullinois.ca |
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Une charge ironique sur le monde de l’édition
Nue devant des fantômes : Lettres à mes amis éditeurs, propose un roman à la fois original et introspectif, qui plonge le lecteur dans l’intimité d’une écrivaine confrontée au refus et au doute. L’auteure Nathalie Fredette prend la forme de lettres adressées à des « éditeurs fantômes », dispositif littéraire ingénieux qui permet à la narratrice d’exprimer avec sincérité ses frustrations, ses espoirs et ses réflexions sur la création. Ce choix formel donne au texte une grande liberté : entre confession, critique du milieu littéraire et méditation sur l’acte d’écrire, le récit oscille constamment entre ironie et lucidité. Fredette dépeint avec finesse un univers éditorial parfois dominé par des considérations économiques ou politiques, tout en rappelant la fragilité et la nécessité de la littérature. La force du roman réside dans sa voix narrative. L’autrice adopte un ton à la fois mordant et sensible, qui rend la lecture vivante et souvent touchante. Derrière la satire du monde de l’édition se profile aussi une réflexion plus large sur la persévérance de l’artiste et la place de la création dans une société en transformation.
Nue devant des fantômes Lettres à mes amis éditeurs. Pleine lune 142 p. www.pleinelune.qc.ca |
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Comment Alexandre Dumas voyait la ville de Naples
Publié en 1843, Le Corricolo est un récit de voyage original dans lequel Alexandre Dumas raconte son séjour en Italie, notamment à Naples, qu’il visite en 1835 avec le peintre Louis Godefroy Jadin. À travers ce texte, l’écrivain mêle souvenirs personnels, anecdotes historiques et portraits vivants de la société napolitaine. L’un des grands atouts de l’ouvrage est la richesse de son regard sur Naples. Dumas ne se contente pas de décrire les paysages : il s’intéresse à la vie quotidienne, aux traditions, aux croyances et aux personnages typiques de la ville. Le livre devient ainsi une véritable immersion dans la culture napolitaine du XIXᵉ siècle, pleine de couleurs, de bruit et de vitalité. Le style de Dumas rend la lecture particulièrement agréable. Son écriture vive, pleine d’humour et d’énergie, transforme ce voyage en une aventure littéraire captivante. Les nombreuses anecdotes et histoires racontées par l’auteur donnent l’impression de parcourir la ville à ses côtés et de découvrir ses secrets au fil des pages.
Le Corricolo Impressions de voyages à Naples. Alexandre Dumas. Éditons Desjonquères 528p. |
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La fabuleuse histoire du thé, véritable monnaie d’échange
L’historien Paul Butel propose une exploration passionnante de l’une des boissons les plus consommées au monde. L’ouvrage retrace avec clarté et précision l’évolution du thé depuis ses origines en Chine jusqu’à sa diffusion à l’échelle mondiale. L’un des points forts du livre réside dans la richesse de ses informations historiques. Butel montre comment le thé est passé d’une plante utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise à une boisson essentielle dans de nombreuses cultures. Il met également en lumière les enjeux économiques, politiques et commerciaux liés au commerce du thé, notamment dans les relations entre l’Asie et l’Europe. Le style de l’auteur, tout en érudition, est accessible et agréable à lire, ce qui rend l’ouvrage intéressant aussi bien pour les amateurs d’histoire que pour les simples curieux. Les exemples concrets et les anecdotes permettent de mieux comprendre l’importance du thé dans l’histoire mondiale. Histoire du théest un livre instructif et captivant qui permet de découvrir l’influence culturelle, économique et sociale du thé à travers les siècles. Paul Butel réussit à transformer un sujet du quotidien en une véritable aventure historique.
Histoire du thé Paul Butel. Éditions Desjonquères 292p. |
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Surtout pour la beauté de la prose
Dans Souvenirs d’avant la naissance, Jean‑François Beauchemin propose une œuvre profondément poétique et introspective qui explore les thèmes de l’existence, de la mémoire et du sens de la vie. À travers une série de courts textes méditatifs, l’auteur invite le lecteur à ralentir et à contempler les petites révélations du quotidien. Le livre se distingue par la simplicité et la beauté de son écriture. Beauchemin adopte un ton calme et réfléchi qui donne l’impression d’une conversation intime avec le lecteur. Ses observations, souvent inspirées par la nature, les rencontres humaines ou les moments de solitude, révèlent une grande sensibilité et une profonde humanité. L’un des aspects les plus marquants de l’ouvrage est sa capacité à transformer des expériences ordinaires en réflexions universelles. Chaque fragment agit comme une petite fenêtre ouverte sur la condition humaine, incitant à la gratitude, à l’émerveillement et à la conscience du moment présent. Et le style, quel style, une classe de maître!
Souvenirs d’avant la naissance Jean-François Beauchemin. Mémoire d’encrier 198p. www.memoiredencrier.com |
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Dialogue entre une narratrice et Frida Kahlo
Quelqu’un a déjà proclamé “Objets inanimés avez vous donc une âme” ? Il semble que pour les toiles ça se pourrait puisque dans Aussi étrange que toi, Frida de Christine Gosselin se tisse un échange. À travers cette conversation symbolique, les deux femmes semblent se rejoindre malgré la distance du temps et de l’histoire. Le roman aborde plusieurs thèmes profonds, comme la non-maternité, la révolte, la fragilité du corps et la quête d’identité. La narratrice partage ses réflexions et ses blessures personnelles, tandis que la figure de Frida Kahlo devient une source d’inspiration et de compréhension. Peu à peu, différentes voix féminines se croisent dans le récit, créant une sorte de constellation d’expériences et d’émotions. À travers cette écriture sensible et introspective, l’autrice explore la manière dont les femmes peuvent se réinventer malgré les épreuves. Le livre met en lumière la résistance, la solidarité et la capacité de transformer la souffrance en force créatrice.
Aussi étrange que toi, Frida Christine Gosselin. Mémoire d’encrier 188p. www.memoiredencrier.com |
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Toute une histoire pour une affaire d’épitaphe tombale
Saluons les auteurs tel Ronald Marchand qui font démentir que tout aurait été dit en littérature. Dans l’épitaphe mystère l’histoire commence lorsqu’un événement étrange est lié à une épitaphe gravée sur une tombe. Cette inscription mystérieuse semble cacher un secret ancien. Le personnage principal se retrouve impliqué dans une enquête pour comprendre la signification de cette épitaphe. Au fil de l’histoire, il découvre des indices, des témoignages contradictoires et des secrets du passé qui compliquent la recherche de la vérité. En pleine quête de son épitaphe à choisir, il meurt et c’est sa femme qui prendra le relais pour honorer la mémoire de son défunt. Une histoire simplette certes mais drôlement bien ficelée. Puis comme l’ouvrage est parsemé de citations, le lecteur sort de l’ouvrage plus intelligent qu’il n’est entré.
L’épitaphe mystère Ronald Marchand. Essor livres éditeur 132p. www.essor-livresediteur.com |
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Un roman jeunesse basé sur un fait réel
L’histoire se déroule en novembre 1979, lorsqu’un train de marchandises déraille à Mississauga, provoquant une énorme explosion visible très loin à cause des wagons remplis de propane. C’est la trame de Le Kaiju de Mississauga de Michèle Laframboise. Victor Tremblay, un jeune garçon passionné par les monstres japonais, est réveillé par le tremblement de sa maison et le ciel devenu orangé. En s’approchant de la voie ferrée, il croit apercevoir un kaiju, un monstre géant de feu. Peu après, la ville doit être évacuée d’urgence. Victor, sa famille et ses amis Lucie et Henry doivent quitter leur maison et attendre de savoir quand ils pourront revenir. Durant cette évacuation exceptionnelle, les jeunes vivent des moments d’inquiétude, mais aussi de solidarité et d’amitié L’histoire montre aussi comment les gens peuvent rester unis et solidaires dans des moments de crise. Le Kaiju de Mississauga est un roman très agréable à lire. L’autrice réussit à transformer un événement historique impressionnant en une aventure captivante et émouvante.
Le Kaiju de Mississauga Michèle Laframboise. Éditions David coll. Pigeon voyageur 166p. |
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En marge d’évasions de prison
Un deux pour un. En effet, le roman L’équilibre de Cassie Bérard se distingue comme une œuvre originale et percutante, qui mêle habilement intrigue policière et réflexion sociale. Situé dans un futur proche, le récit imagine un système carcéral radicalement transformé, où les citoyens deviennent responsables de surveiller des prisonniers installés chez eux. Cette idée audacieuse sert de point de départ à une exploration fascinante de la justice, de la responsabilité individuelle et des dérives du pouvoir. L’un des grands points forts du roman réside dans son univers dystopique crédible et troublant. L’autrice construit progressivement un monde qui, bien que dérangeant, semble étonnamment plausible. Cette proximité avec notre réalité pousse le lecteur à s’interroger sur les limites de nos propres systèmes politiques et judiciaires, rendant la lecture à la fois captivante et profondément stimulante. L’intrigue, centrée sur une enquête autour d’évasions mystérieuses, maintient un suspense efficace du début à la fin. Le personnage d’Estelle, impliquée dans cette enquête tout en affrontant des difficultés personnelles, apporte une dimension humaine touchante au récit. Ce mélange entre tension dramatique et intimité émotionnelle enrichit considérablement l’histoire.
L’équilibre Cassie Bérard. BQ 232p. www.livres-bq-com |
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A partir d’une histoire vraie d’une vague de suicide
Voici avec Ostrog une œuvre marquante de la littérature contemporaine russe signée Sacha Filipenko, mêlant habilement intrigue sombre et réflexion profonde sur la société. À travers une enquête sur une série de suicides d’adolescents dans une ville reculée du nord de la Russie, Filipenko construit un récit à la fois captivant et dérangeant, inspiré d’une histoire réelle. Celle d’une vague de suicides dans ce bled d’Ostrog en Russie. L’un des grands atouts du livre réside dans son atmosphère singulière. L’auteur parvient à créer un univers à la fois oppressant et fascinant, où chaque personnage semble porter le poids d’un système défaillant. La ville d’Ostrog devient presque un personnage à part entière, reflet d’une société marquée par la corruption, le désespoir et l’isolement. Le protagoniste, le commissaire Alexandre Kozlov, apporte une dimension humaine particulièrement touchante au récit. Fragilisé par des épreuves personnelles, il mène son enquête avec une lucidité désabusée qui renforce la profondeur psychologique du roman. Cette dualité entre enquête policière et introspection donne au livre une richesse narrative remarquable.
Par ailleurs, la plume de Filipenko se distingue par son ironie mordante et son humour noir. Loin d’un simple polar, le roman se rapproche d’une véritable « farce philosophique » où le lecteur est amené à réfléchir sur des thèmes universels comme la vérité, la responsabilité et les dérives du pouvoir.
Ostrog Sacha Filipenko. Noir sur blanc 231p. www.leseditionsnoirsurblanc.fr |
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Le coin de la poésie
Aux éditions Pleine lune, un rare recueil de poésie avec du rentre dedans signé Nancy R. Lange et qui a pour titre Le manteau de Freya. Qui se distingue par une sensibilité rare et une profondeur émotionnelle qui captivent dès les premières pages. À travers une écriture à la fois délicate et évocatrice, l’autrice tisse un univers où se mêlent mythologie, intimité et quête identitaire. Les poèmes, souvent empreints d’images nordiques et symboliques, évoquent la figure de Freya comme un fil conducteur — à la fois déesse, archétype et miroir de l’âme humaine. Cette présence mythologique donne au recueil une dimension presque intemporelle, tout en restant profondément ancrée dans des émotions contemporaines : le désir, la perte, la transformation. Ce qui frappe particulièrement, c’est la musicalité du langage. Chaque vers semble choisi avec soin, créant un rythme fluide qui invite à la relecture. L’économie de mots n’enlève rien à la puissance des images — au contraire, elle les intensifie. Le lecteur est ainsi plongé dans une expérience sensorielle et introspective. |
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Le coin de la BD
Avec Astro Royale, Ken Wakui signe un retour énergique après le succès de Tokyo Revengers. Le manga propose un mélange particulièrement efficace entre univers de yakuzas et pouvoirs surnaturels, offrant un cocktail dynamique et accessible. L’histoire met en scène Hibaru Yotsurugi, plongé dans une lutte de succession familiale sur fond de guerre de clans, bouleversée par l’apparition de mystérieux pouvoirs appelés “Astro”. Le récit se distingue par son rythme soutenu et son sens du spectacle. Dès les premiers chapitres, le lecteur est happé par les tensions familiales, les rivalités entre frères et les affrontements spectaculaires. L’ajout d’un élément fantastique — une pluie de météorites conférant des pouvoirs — dynamise encore davantage l’intrigue et renouvelle les codes du manga de délinquants. C’est chez l’éditeur Glénat. |
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Il avait trouvé les mots pour rendre en mots le Vieux-Québec
L’écrivain Jacques Poulin (1937-2025) avait su trouver mieux que quiconque comment décrire ce que nous inspire le Vieux-Québec quand nous arpentons ses rues étroites. Dans Le Vieux-Québec est une histoire d’amour, Marie-Ève Sévigny nous partage un essai à la fois intime et réfléchi, qui célèbre la richesse culturelle et émotionnelle du Vieux-Québec. L’autrice transforme ce lieu emblématique en un véritable espace de mémoire et d’imaginaire, où passé et présent dialoguent harmonieusement. L’originalité de l’œuvre réside dans sa forme : un parcours à travers les rues du Vieux-Québec, structuré comme une série de promenades. Le lecteur est invité à suivre l’autrice dans ses déambulations, découvrant au fil des pages une ville vivante, inspirante et profondément humaine. Cette approche rend la lecture fluide et immersive, presque contemplative. Le style de Marie-Ève Sévigny est l’un des grands points forts de l’essai. Son écriture, à la fois douce et imagée, capte avec finesse l’atmosphère du lieu. Elle parvient à créer une ambiance presque onirique, où chaque rue, chaque bâtiment semble chargé d’histoires et d’émotions.
Le Vieux Québec est une histoire d’amour Marie-Ève Sévigny. Leméac 149p. |
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Un hommage en bande dessinée à Jehane Benoit
C’est sans doute l’auteure québécoise a avoir vendu le plus de livres chez nous. Et ce n’est pas d’une oeuvre littéraire dont il est question, mais de la célèbre Encyclopédie de la cuisine de Jehane Benoit (1904-1987) qui s’est écoulé à deux millions d’exemplaires, sans compter son autre livre de recettes conçu celui-là pour le four micro-onde en tant que pionnière de cette cuisson et ambassadrice de la barque Panasonic. Nous pouvons maintenant suivre ce que fut sa vie merveilleuse grâce à Megan Dunford et de l’illustrateur de génie Stéphane Lemardelé qui ont opté pour le genre de la bande dessinée. Excellente manière d’être grand public et aussi comme devoir de mémoire. Cette femme exceptionnelle, l’équivalente chez nous d’une Julia Child aux États-Unis, a été une vulgarisatrice du bien manger. Dans son domaine c’était une savante. A découvrir pour ceux qui n’avait jamais entendu parler d’elle. Un excellent rattrapage à faire.
Jehane Benoit Megan Dunford et Stéphane Lemardelé. Les éditions La Presse 151p. www.editionslapresse.ca |
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Au temps où les inégalités sociales sont poussées à l’extrême
Ce titre Heureux comme jamais de Guillaume Chamanadjian s’impose comme une œuvre de science-fiction à la fois captivante et profondément humaine. À travers une intrigue située à bord du Space Dragon — un vaisseau où seuls les ultrariches ont fui une Terre mourante — l’auteur propose un récit riche en tensions politiques et en émotions. L’un des grands atouts du roman réside dans son univers : un huis clos spatial original, où les inégalités sociales sont poussées à l’extrême. Cette idée forte donne lieu à une réflexion pertinente sur notre monde contemporain, notamment sur les dérives du pouvoir et les privilèges des élites. Le lecteur est rapidement immergé dans cet environnement oppressant, rendu crédible par une écriture précise et immersive. Le personnage de Noah, jeune ingénieure en devenir, apporte une dimension particulièrement touchante au récit. Son évolution, entre héritage familial et quête de vérité, crée une véritable identification. La relation qu’elle entretient avec l’intelligence artificielle BINS-42 ajoute aussi une note sensible et moderne, mêlant technologie et émotion. L’intrigue se distingue par son efficacité : la découverte d’un message venant de la Terre relance complètement les enjeux et déclenche une lutte de pouvoir intense au sein du vaisseau. Du bonbon dans son genre.
Heureux comme jamais Guillaume Chamanadjian. Les éditions Aux forges de Vulcain 189p. www.auxforgesdevulcain.fr |
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Hommage à la ville de Lyon
La fresque historique La colline qui travaille de Philippe Manevy s’impose comme une œuvre profondément émouvante et lumineuse, à mi-chemin entre chronique familiale et fresque sociale. À travers l’histoire de ses grands-parents à Lyon et de leurs descendants, l’auteur retrace plus d’un siècle de vie ouvrière, offrant un hommage vibrant à des existences modestes mais riches de sens. L’un des grands points forts du roman réside dans son ancrage historique et social. En suivant plusieurs générations, le lecteur traverse les grands bouleversements du XXe siècle — guerres, crises économiques, mutations sociales — à travers le regard de personnages ordinaires. Cette approche donne au récit une portée universelle : il montre avec finesse comment les destins individuels s’inscrivent dans une histoire collective plus vaste. On observera la tendresse du regard porté sur les personnages, en particulier les figures familiales comme les grands-parents. Loin de toute idéalisation excessive, Philippe Manevy parvient à rendre ces vies simples profondément touchantes, en capturant leurs espoirs, leurs luttes et leurs attachements avec une grande délicatesse. Cette humanité sincère crée une forte émotion chez le lecteur. Le style de l’auteur contribue largement à la réussite du roman. Son écriture, à la fois sobre et évocatrice, tisse les époques et les souvenirs comme une étoffe cohérente, donnant au récit une grande fluidité. Cette maîtrise stylistique permet d’aborder des thèmes complexes — la mémoire, la filiation, l’identité — tout en restant accessible et captivant.
La colline qui travaille Philippe Manevy. Nomades 325p. |
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Trouble autour d’une disparition
Dès les premières pages de Mes yeux vus la romancière Kiev Renaud installe une atmosphère de mystère et de tension psychologique autour de Sarah-Lou, une jeune femme dont la vie bascule après un événement violent et inexplicable. Le flou qui entoure la disparition d’Alice n’est pas seulement narratif : il devient le cœur même du roman, invitant le lecteur à douter, à interpréter, et à s’impliquer activement dans le récit. Cette ambiguïté — entre culpabilité, innocence et perception altérée — est particulièrement réussie et maintient un suspense constant. Un des grands points forts du livre réside dans sa finesse psychologique. Kiev Renaud explore avec justesse les thèmes de la fusion amicale, de l’identité et des limites entre soi et l’autre. La question sous-jacente — jusqu’où peut aller une relation fusionnelle ? — donne au roman une portée universelle et contemporaine. Le style est également à souligner : à la fois sobre et incisif, il épouse parfaitement l’état mental de la narratrice. Cette écriture immersive crée une proximité presque dérangeante avec les pensées de Sarah-Lou, renforçant l’intensité émotionnelle du récit.
Mes yeux vus Kiev Renaud. Leméac 141p. |
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L’univers singulier du traducteur
Un jour, un proche de la rédaction passa commande à une francophone parfaitement bilingue, de traduire son communiqué en anglais. La destinataire de la communication vit tout de suite que le texte avait été rédigé par une francophone, car disait-elle, jamais un anglophone n’aurait utilisé pareille expression dans certains passages. La traduction c’est tout un art et suivez Alberto Manguel qui nous en fait découvrir les tenants et aboutissants dans ce petit livre riche d’enseignement sur ce monde L’envers de la tapisserie. Qui vous fera prendre en grand respect le traducteur d’un ouvrage. Car c’est aussi une mission d’être fidèle au texte original. Et pas évident comme vous le verrez.
L’envers de la tapisserie Alberto Manguel Actes Sud/Leméac 120p. www.actes-sud.fr |
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Une pièce de théâtre sur fond de préoccupation écologique
Fondre d’Emmanuelle Jimenez offre une œuvre à la fois poignante et profondément actuelle. Inspirée par la crise environnementale de Rouyn-Noranda et la controverse entourant la fonderie Horne, la pièce transpose cette réalité dans une fiction sensible et nuancée, où se mêlent intimement drame familial et réflexion écologique. Le texte témoigne d’une écriture maîtrisée et vibrante, oscillant entre lucidité politique et poésie dramatique. Jimenez parvient à humaniser des enjeux complexes — la contamination, la responsabilité collective, le déni — à travers des personnages ancrés, porteurs d’amour, de contradictions et de mémoire. Le personnage de Fernand, vieil homme attaché à sa maison promise à la destruction, incarne avec force la tension entre appartenance et survie, entre fidélité et lucidité. La structure du récit, portée par un ton à la fois onirique et concret, permet au texte de dépasser le simple discours militant pour atteindre une dimension symbolique universelle : celle de notre rapport au monde qui nous nourrit tout en nous détruisant. Les dialogues sonnent juste, la langue est imagée sans être artificielle, et chaque scène semble vibrer au rythme d’un territoire blessé mais vivant.
Fondre Emmanuelle Jimenez. Atelier 10 123p. www.atelier10.ca
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Cours 101 sur l’Égypte ancienne
L’Égypte ancienne continue toujours de fasciner. Et on l’a vu récemment avec l’ouverture au Caire du grand Musée sur cette époque qui a connu un succès instantané. Et qui donne le goût d’en savoir davantage. Voici un livre tout à fait approprié pour en connaître encore plus. Il s’agit de 10 choses que vous aimeriez savoir sur l’Égypte ancienne de Campbell Price. Qui a le mérite de vulgariser les grands traits de civilisation de ces empires qui ont franchi des milliers d’années. Tout ce que vous avez voulu savoir sur le quotidien des égyptiens, les dieux, le pouvoir des pharaons, etc s’y trouve. Qui donne après lecture d’aller fouiller ailleurs au besoin. Mais vous avez là une sacrée initiation.
10 choses que vous aimeriez savoir sur l’Égypte ancienne Campbell Price. Quanto |
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Comprendre les conflits contemporains
L’essai La formule de la paix : démocratie, prospérité et sécuritéde Dominic Rohner se distingue comme une contribution particulièrement stimulante et ambitieuse à la compréhension des conflits contemporains. En s’attaquant à une question aussi vaste que celle des causes de la guerre et des conditions d’une paix durable, l’auteur parvient à proposer une synthèse remarquable, à la fois rigoureuse sur le plan scientifique et accessible dans sa forme. L’une des grandes réussites de l’ouvrage tient à sa capacité à articuler des domaines souvent cloisonnés. En mobilisant les outils de l’économie, mais aussi des sciences politiques et de l’histoire, Dominic Rohner met en lumière les logiques profondes qui sous-tendent les conflits. Il montre de manière convaincante que la guerre n’est ni une fatalité ni le produit du hasard, mais qu’elle répond à des mécanismes identifiables, sur lesquels il est possible d’agir . Cette approche analytique confère à l’essai une portée intellectuelle solide, tout en ouvrant des perspectives concrètes.
La formule de la paix Dominic Rohner. Quanto 316p. www.editionsquanto.com |
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Un portrait de l’icône du showbizz québécois, Pierre Lalonde
Les biographies, mémoires etc de nos artistes se font rares. Et pourtant notre devise provinciale est pourtant “Je me souviens”. C’est pourquoi nous tenions à souligner la parution de ce portrait de l’animateur culte de Télé-Métropole, l’ancêtre du réseau TVA, Pierre Lalonde, qui fut à la barre de l’émission de référence “Jeunesse d’aujourd’hui”. L’auteur Luc Bertrand précise deux choses d’entrée de jeu, c’est un portrait et non une biographie standard, et que c’est un ouvrage autorités, donc avec le regard de la veuve de l’artiste qui signe une préface. L’occasion de revivre ce qu’il a été dans le paysage artistique et médiatique de la Belle Province. Où ses 45 tours apprend-on se vendait mieux que ceux d’Elvis Presley, tout de même. Fait étonnant, il fut viré de Télé-Métropole pour avoir critiqué un produit d’une reine locale des cosmétiques, qui se trouvait être une intime d’un puissant de la direction de la station de télévision. On devine facilement de qui il s’agit. C’est un beau devoir de mémoire qui est tout au mérite de l’éditeur. Les jeunes lecteurs sauront quel place Lalonde a tenu au petit écran et comment il a influencé le star système québécois.
Pierre Lalonde Une vie extraordinaire. Luc Bertrand. Éditions Sylvain Harvey 333p. |
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Un reflet dans l’eau troublant
On ne dit pas assez comment nous sommes redevables aux auteurs qui écrivent pour la jeunesse à l’ère 2.0 et qui se donnent pour mission de développe l’imagination des jeunes têtes. Un bel exemple est Le mystère du lac aux Castors, écrit par Kilou Feltin qui est une aventure captivante qui mêle habilement fantastique, amitié et suspense. Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une intrigue intrigante : lors d’une sortie au lac, trois jeunes amis découvrent un phénomène étrange lié à un reflet mystérieux et à une présence venue d’un autre temps. Cette situation originale accroche immédiatement l’attention et installe une atmosphère à la fois mystérieuse et palpitante. L’un des grands points forts du livre réside dans ses personnages. Florence, Nathan et Maïka sont attachants et crédibles, ce qui permet aux jeunes lecteurs de facilement s’identifier à eux. Leur amitié est mise à l’épreuve face à des événements surnaturels, notamment lorsque Florence semble possédée par une entité ancienne, ce qui ajoute une tension dramatique efficace.
Le mystère du lac aux Castors Kilou Feltin. Hugo jeunesse 144p. |
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Une ode à la solidarité et la persévérance
Le roman Le pain de la discorde, tome 2 : Des idées de grandeur, de Claude Coulombe est une fresque historique captivante qui mêle avec finesse drame familial, ambition et résilience. L’intrigue se déroule dans le Québec de 1939, en pleine période de bouleversements liée à la guerre. On y suit Adeline, une héroïne profondément touchante, confrontée à la disparition de son mari resté en France et à l’effondrement de ses espoirs. Peu à peu, elle se reconstruit grâce à l’amour de sa famille et trouve un nouveau sens à sa vie en relançant une boulangerie familiale florissante. L’un des grands atouts du roman réside dans la richesse de ses personnages. Adeline incarne la force et la détermination, tandis que les membres de la famille Valcourt apportent chacun leur lot de tensions, de jalousies et d’ambitions. Les rivalités, notamment avec son frère Thomas, donnent une profondeur psychologique au récit et maintiennent un suspense constant autour de l’équilibre familial. Le style de l’auteur est fluide et immersif, rendant la lecture agréable et accessible. Le rythme est bien maîtrisé, alternant entre moments d’émotion, de tension et de réussite, notamment à travers l’ascension de la boulangerie familiale, symbole d’espoir et de persévérance.
Le pain de la discorde Tome 2 “Des idées de grandeur” Claude Coulombe. Éditions JCL 378p. www.editionsjcl.com |
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Le coin santé physique et psychique (1)
On dit que l’Histoire se répète. Pas vrai. Ne serait-ce que par la nouveauté que représente l’éclosion sociale que représente l’émergence des revendications que représente la communauté LGBT. Et pour en prendre la mesure, il faut lire cette petit plaquette éclairante aux éditions Payot Queers avec pour sous-titre “Riposter à l’injure” de Julien Marsay. A la lecture on comprendra que depuis l’émeute de Stonewall par des drag-queens, il s’en est passé depuis et pas pour le mieux à l’ère Trump qui a décrété qu’il n’y a désormais que deux genres aux USA, la femme et l’homme.
Vous ne le saviez peut-être pas, surtout les hommes et un peu beaucoup les femmes, que ces dernières au cours des trois premiers mois de la grossesse, vivent un enfer psychologique et physique. Du moins c’est à hauteur de 82% de celles interrogées et qui en sont passé par là. A la rédaction on ignorait cette problématique très bien expliquée par Judith Aquien féministe et humaniste dans son ouvrage Trois mois sous silence aux éditions Payot. Cette lecture est primordiale pour les femmes qui souhaitent avoir des enfants et qui ont besoin de toutes les connaissances voulues liées à la procréation.
Toujours chez l’éditeur Payot, au tour de Emma Étienne de nous éclairer sur une troublante actualité celle des enfants victimes directes ou collatérales au sein du milieu familial. Les faits quotidiens semblent nous montrer une hausse de ce type de violence. Elle nous montre dans Enfants sous silence tout ce que ces derniers peuvent endurer à la maison, milieu qui devrait être tout, sauf un lieu d’insécurité. Et l’auteure va jusqu’à parler de tabou à ce sujet, car c’est rare que l’on va se vanter que ça brasse chez soi. Beaucoup se sentiront interpelés à l’énoncé de faits criants et inadmissibles.
Le pouvoir, certains en rêve, mais avec les titres viennent les responsabilités. Et sommes nous armés pour vivre le pouvoir ? L’essai Pouvoir(s) : privilèges, pièges et dérives de Florence Turpault-Desroches aux éditions Château d’encre, s’impose comme une réflexion particulièrement éclairante sur les dynamiques du pouvoir dans les organisations contemporaines. L’autrice y propose une analyse fine et nuancée, qui parvient à conjuguer rigueur intellectuelle et accessibilité. En mobilisant des apports issus de la psychologie sociale, des neurosciences et du management, elle construit un propos solidement étayé, tout en le rendant compréhensible pour un large public. Ce qui fait la force de cet ouvrage, c’est d’abord sa capacité à dépasser les idées reçues. Plutôt que de réduire le pouvoir à une simple question d’autorité ou de hiérarchie, Florence Turpault-Desroches en révèle toute la complexité, en montrant comment il agit en profondeur sur les comportements, les perceptions et les relations. Elle met en lumière des mécanismes souvent invisibles, comme l’isolement progressif des dirigeants ou la transformation du rapport à la décision, offrant ainsi au lecteur des clés de compréhension particulièrement pertinentes. L’essai se distingue également par la clarté de son écriture. Le style est fluide, précis et pédagogique, ce qui permet de rendre accessibles des notions parfois complexes sans jamais les simplifier à l’excès. Les exemples et les situations évoquées contribuent à ancrer la réflexion dans le réel, renforçant l’impact du propos et facilitant l’identification du lecteur. |
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Le coin santé physique et psychique (2)
A l’ère numérique on constate que la séduction est réduite à une peau de chagrin. Dans ces conditions comment va se vivre l’attraction et l’amour ? Le philosophe Martin Desrosiers jette un regard sur l’état du sentiment humain dans cette période 2.0 où les gens sont scotchés à leur Iphone sans même regarder celui qui passe près de soi. Et cers fameuses applications de rencontre, parlons-en. Tout ou presque est cité dans L’art d’aimer un avatar pour prendre conscience de notre sacré déficit d’altérité. Aux éditions Leméac.
Qu’est-ce que la morphologie de l’homo sapiens a évolué au fil de ses premiers pas sur terre. Toute une épopée que raconte avec brio et érudition Juan Luis Arsuaga dans Notre corps. Ce professeur de l’Université de Madrid et paléontologue, a rudement bien potassé son sujet, qui va analyser jusqu’au moindre repli de notre anatomie. C’est un livre à la lecture exigeante au vu du nombre de renseignements qu’il met de l’avant. En fin de lecture, on ne peut qu’admirer les prouesses de la nature et de l’évolution qui se poursuit en bien ou en mal, au vu du choc de l’ère numérique qui hélas, annonce peut-être la réduction de l’intelligence…Brrr! C’est aux éditions Alisio.
Comment ne pas faire de la viande un ennemi ? C’est la proposition que nous fait la nutritionniste Stéphanie Côté dans son adresse aux parents aux éditions La Presse portant le titre Je ne veux plus manger de viande où d’entrée de jeu, elle donne comme cas d’espèce un jeune enfant qui arrive à table décrétant qu’il est désormais végétarien et qu’il honnit son statut de carnivore. Comment doit-être la réaction parentale devant une telle offensive anti-carnée ? A lire pour se simplifier la vie.
Nous sommes entré dans une autre civilisation 2.0 et pas la meilleure. L’essai Ce qu'on trouve dans la cendre du journaliste Nicolas Langelier propose une réflexion à la fois intime et lucide sur ce qui subsiste après les pertes, qu’elles soient personnelles ou collectives. À travers une écriture sensible et nuancée, l’auteur parvient à transformer la destruction en matière de pensée, révélant dans les « cendres » des traces de mémoire, de résilience et même d’espoir. Le texte se distingue par sa profondeur philosophique accessible et sa capacité à toucher le lecteur, en offrant une méditation apaisante sur la reconstruction et le sens. C’est chez l’éditeur Atelier 10. |
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