- LIVRES juin 2019 -
 
 




 


Au Jardin des livres on détricote les sombres coulisses de la finance

Mine de rien, la maison d’édition du Jardin des livres est entrain de se constituer un catalogue intéressant touchant au monde de la finance, des titres qui plaident en faveur des gagnes-petits qui se font avaler tout rond par les prédateurs que sont les banques et autres institutions financières. Deux opus viennent enrichir le rayonnage de leur collection. Il y a le journaliste Pierre Jovanovic qui annonce ses couleurs en quatrième de couverture de Le scandale De Litra où il écrit, ce qui glace le sang « Chaque français travaille désormais pour deux employeurs en même temps : le premier chez qui il se rend cinq jours par semaine et le second, sa banque qui lui interdit de retirer tout son argent que le premier lui verse ». Et plus haut il rappelle à quel poit une banque fait des histoires, et c’est la même chose au Québec et sans doute ailleurs dans le monde, quand un client veut retirer une grosse somme d’argent sinon la totalité de ce qu’il possède dans son compte. L’auteur revient sur un épisode sombre, la faillite de la banque De Litra qui brassait notamment de grosses affaires sous l’occupation allemande et qui ruina des centaines de petits épargnants. Qui veut nous dire à sa façon que quiconque ignore l’Histoire est condamné à la revivre.

Le deuxième ouvrage est de même tonalité sur le rapt cette fois par l’État de la conversion des billets de banque en or selon que l’on s’est trouvé avant la Première guerre mondiale et à son issue. Les Prs. Achille Mestre et Émile James racontent toute cette sordide saga de spoliation qui s’intègre au dossier du Pr. Olivier Pichon. C’est une véritable épopée devant les tribunaux qui s’est éternisée et où les floués demandaient simplement justice. De l’or à la monnaie papier le changement d’Ère 1914-1939 illustre que l’argent est véritablement sale dans les mains de ceux qui l’opèrent.

 

 






 


Trois titres incontournables aux Escales

La maison d’édition Les Escales va combler d’aise tous ceux qui aiment les histoires rondement menés. Eh bien on est servi à commencer par Une famille comme il faut de Rosa Ventrella. Si vous pensez que dans les années quatre vingt l’Italie a abandonné ses stéréotypes familiaux, attendez un peu. Car dans le Sud de la botte italienne, les mœurs sont farouchement ancrées. Comme l’illustre très bien Rosa Ventrella  dans Une famille comme il faut, qui native de Bari a choisi de camper le décor de son livre dans sa ville natale, alors que l’on voit une jeune fille qui a hérité du surnom de mauvaise chair à cause de la pigmentation de son épiderme plus mate que les autres. On sait que tout est prétexte pour discriminer ses semblables. Son père est du genre mâle alpha et la mère tapie dans l’ombre de son mari dominant. C’est dans ce contexte familial verrouillé que Maria la protagoniste veut s’affranchir. Heureusement qu’il y a son ami Michelle qui apporte une bourrée d’air frais dans ce contexte étouffant. Bien que l’histoire soit classique, la manière que l’écrivaine rend l’ambiance est formidable.

La fille au sourire de perles est écrit à quatre mains par Clemantine Wamariya et Elizabeth Weil. C’est le témoignage de Clemantine qui est une rescapée du massacre du Rwanda de 1994. Comme tout conflit guerrier, c’est l’occasion de voir à la fois le pire comme le meilleur du genre humain. La jeune fille va donc échapper à la mort et ce sera un long périple comme réfugiée. Elle se retrouvera au final à Chicago. Mais comment peut-elle continuer à vivre le plus sereinement possible quand on a connu l’enfer ? Puis il y a le regard des autres avec lequel il faut composer. A lire pour pouvoir se dire, plus jamais!

Sans compter la neige de Brice Homs est l’histoire d’un homme au passé obscur qui va quitter en quatrième vitesse à l’annonce de l’accouchement de sa femme. Et durant ce trajet qui dure quand même un bon moment va défiler dans sa tête toutes sortes de petits films de sa vie, dont ses origines avec un père cajun. Et puis la route ne se fera pas sans peine. Il y aura même un moment et on ne vous dit pas pourquoi où il va volontairement dévier de son chemin. L’auteur consacré des chapitres au territoire cajun saluant même dans ses remerciements notre Zachary Richard qu’il tient en haute estime. C’est un road trip à sa façon. Qui nous fait se souvenir que sur la route on se fait souvent son cinéma.

 


 


Un grand amour du XXème siècle

Le politologue Olivier Duhamel a pour ses parents un respect immense, car son père Jacques et sa mère deux pointures. Le premier orphelin de père, n’a que 17 ans quand il rejoindre la Résistance. Par après il aura une très longue carrière à titre de conseiller politique dans le cabinet d’Edgar Faure, ce grand ministre sous le règne du général De Gaulle. Sa mère Colette dirigera les éditions de la Table ronde puis secondera l’éditeur Claude Gallimard. Colette et Jacques est un tribut à ses illustres géniteurs. Le reproche qui a été fait à l’auteur, péché véniel, est d’avoir classé son bouquin comme un roman, alors que c’est foncièrement biographique du moins pour le récit de l’aventure commune de son père et de sa mère. Habituellement, lui l’essayiste, ne va pas colleter au genre du roman. Mais c’est une peccadille en regard de son grand talent d’écriture où il trouve le ton approprié pour décrire cette grande romance qui a survécu à l’épreuve du temps.

 


 


Le livre qui n’aurait jamais dû s’écrire

Jean Labbé professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université Laval a produit le livre qui n’aurait jamais dû s’écrire, tant il jette en pleine figure la facette monstrueuse de notre « humanité ». On connaît l’adage bien connu que l’homme est un loup pour l’homme. Mais que cette prédation se dirige vers ses propres enfants est une honte. Cet auteur se devait de raconter cette face peu honorable, d’autant qu’il a tout au long de sa vie professionnelle fait figure de protecteur de l’enfance. L’historien nous présente donc La maltraitance des enfants en Occident. La reproduction d’une toile en couverture où l’on voit un petit bonhomme s’épongeant les yeux de tristesse, nous arrache déjà le cœur. Attendez de lire ces pages qui font la démonstration que l’homme est trop souvent aveuglé par des désirs non contrôlés ou une violence innée qui échappe à la rationalité. Le travail est enrichi d’une solide bibliographie pour ceux qui voudraient pousser plus à fond leur curiosité à ce sujet.

La maltraitance des enfants en Occident. Une histoire d’hier à aujourd’hui. Jean Labbé. Presses de l’Université Laval 521p.      www.pulaval.com

 


 


Huis clos après la découverte d’une tache de sperme

Un roman peut démarrer à partir d’un fait des plus banals. Comme le montre habilement Philippe Limon dans Scène de la vie conjugale. Précision, le livre n’a aucun lien direct avec le film célébrissime de Bergman (on remarquera qu’il n’y a pas ici de pluriel au mot scène) si ce n’est que le protagoniste qui planche sur un essai consacré à Scènes de la vie conjugale, arrive chez lui pour découvrir avec stupéfaction une petite culotte de sa tendre moitié maculée de la liqueur séminale d’un autre mâle que lui. Trop offerte  sa vue pour qu’il n’ignore pas que cela envoie peut-être un message confessant une liaison adultère. Bref, s’engagera un face à face à huis clos. Une superbe lecture qui nous fait penser que l’homme et la femme sont véritablement deux planètes que tout oppose et à se demander pourquoi il y a encore de l’attirance. Ça dépasse l’imagination humaine. L’écrivain décrypte bien cette relation conjugale qui prend l’eau. Décidément le célibat à meilleur goût.

Scène de la vie conjugale. Philippe Limon. Gallimard 154p.  

 


 


Une sorte de conte sensuel chargé de poésie

Le décor est planté. Nous sommes au XIXème siècle nouveau. Un peintre parisien en quête d’exotisme se retrouve dans les Balkans de ce qui était encore les restes de l’empire ottoman. Le hasard de ses tribulations va le conduire dans un domaine situé dans les montagnes. Y règne une intendante au caractère bien trempé mais d’une grande courtoisie. Elle sera en quelque sorte son cicérone du monde oriental. Il y a beaucoup de sous-thèmes exploités dans ces pages comme l’esthétique et la situation des femmes là bas. Si vous êtes en mal d’exotisme vous apprécierez cet autre monde qui fascine toujours, chargé de mystères dont le héros en élucide quelques uns.

Après Constantinople. Sophie van der Linden. Gallimard 147p.

 


 


Sans abeilles on est dans le pétrin

Pour Sven Niel il ne manquait qu’un changement de lettre en début de son patronyme pour que Niel devienne Miel. Mais bon, très d’observation pour ce qui concerne cet auteur qui consacre un opuscule à la sauvegarde des abeilles, ces insectes bûcheurs, rouage fondamental de notre chaîne alimentaire. Beaucoup de reportages nous ont prévenus, sans elles, l’humanité sera dans un sérieux pétrin, menaçant même sa survie. Alors que faire pour les faire échapper à un destin funeste ? Sauvons les abeilles1 est un ensemble de dix actions concrètes pour éviter le pire et assurer la perpétuation de l’espèce. C’est toute une action bio qui est proposé avec des conseils judicieux comme entre autres de fleurir nos jardins. Notons au passage que le livre est préfacé par Yann Arthus-Bertrand.

Sauvons les abeilles! Sven Niel. Rustica 63p. Rustica.fr.

 


 


Tout sur l’orchidée et même plus

L’orchidée est une plante qui émerveille par sa beauté. Au Japon elle fait quasi l’objet d’un culte. Rosenn Le Page les connaît intimement comme si c’était des membres de sa famille. Famille qui en passant est fort nombreuse avec toutes ses variations aux noms étranges comme la zygopetalum, la paphiopedilum, la vanda etc. En 250 dessins elle nous dit tout ce qu’il faut faire pour assurer leur pousse. Le Petit ABC Rustica des orchidées est un livre de référence que les talentueux du pouce vert auront à cœur de conserver dans leur bibliothèque de botanique.

Petit ABC Rustica des orchidées. Rosenn Le Page. Rustica éditions 159p.   www.rustica.fr

 


 


Le Liban gustatif en quatre ingrédients

Il y a longtemps que la collection « en 4 ingrédients » chez l’éditeur Mango ne nous avait pas comblés par un autre titre. Eh bien voici le tout dernier Le Liban. Si vous ne connaissez pas le principe de la série, c’est tout simple, des livres de recettes à vocation économique puisque chacune d’entre elles ne requiert que quatre ingrédients comme l’indique le titre de la collection. Donc c’est parfait pour les personnes qui ne disposent pas d’un gros budget au poste nourriture et qui désirent manger sainement. On trouve de tout, des beignets à la viande, le poulet au four sauce tahiné, des aubergines aux tomates et aux pois chiches. La grande particularité de cette cuisine c’est qu’elle a été végétarienne bien avant l’heure. C’est signé Nadia Paprikas.

Le Liban en 4 ingrédients.C’est signé Nadia Paprikas. Mango 94p.  www.mangoeditions.com

 




 


Ils ne sont pas si bêtes!

C’est une collection qui nous fait pénétrer dans le monde des mœurs animalières, particulièrement celles des animaux de compagnie. En général. Ses tomes sont produits par des vétérinaires. Ainsi le docteur Laetitia Barlerin lève le voile sur nos matous dans 100 idées fausses sur votre chat. Car plus qu’un autre, ce félin nous apparaît comme mystérieux et après quoi il a donné lieu à des réputations tenaces à son sujet, comme le fait qu’il n’aime pas l’eau, que s’il vit constamment en appartement il perd son instinct de chasseur et quoi encore. Vous ne serez pas au bout de vos surprises. La doc déboulonne bien des faussetés qui perdurent.

Le chien partage avec l’humain ce fait, que toute la personnalité de l’un et de l’autre se joue dans les premières années de l’existence. Si l’éducation est ratée à la base, bonjour les dégâts et la remise en ordre plus laborieuse. Le chiot a besoin de discipline dès qu’il se tient debout sur ses quatre pattes. Le docteur Colette Arpaillange nous livre tous les secrets du bon dressage dans L’éducation positive du chiot. Un peu comme sa collègue du précédent tome, elle balaie du revers de la main les mythes que l’on entretien. Une bonne éducation vous assurera le meilleur des compagnons. Les deux livres sont aux éditions Rustica.

 


 


Un livre captivant car absolument inclassable

Ce pourrait être un recueil de nouvelles en raison de la diversité des personnages en cause. C’est qualifié de roman mais pourtant ça ne suit pas la structure linéaire du genre. De quoi parle-t-on ? De Gaucher.ère contrarié.e de V. S. Goela. D’abord il y a une première énigme. A-t-on affaire un écrivain ou une écrivaine. Dans ses remerciements au Conseil des arts de l’Ontario pour la subvention accordée, le (la) signataire écrit « je suis très reconnaissant.e ». Cette personne va-t-elle devenir en termes de genre un mystère équivalent à notre Réjean Ducharme ? Bref, on est dérouté et on voit bien qu’on assiste à la construction d’une non identité, chose rare en littérature. Pour ce qui est du contenu c’est tout aussi déroutant avec juste nommer un personnage, un sommelier qui repousse l’alcool. Vous voyez que c’est tout un programme. Sur un autre plan, c’est à lire en raison de la lucidité qui explose à chaque paragraphe. V.S. Goela semble avoir une fine connaissance de l’homo sapiens. Un régal pour l’amateur des lettres.

Gaucher.ère contrarié.e. V.S. Goela. L’Interligne 155p.   www.interligne.ca

 


 


Esquisses d’une femme digne

Chez Lévesque éditeur, il y a une collection « Carnets d’écrivains »  qui mine de rien gagne des galons par la qualité des récits des auteurs qui y participent. Au passage c’est Robert Lalonde qui en assure la direction. Et son flair ne le trompe pas pour désigner ceux et celles qui auront droit de figurer. Cette fois c’est Charlotte Gingras connu pour ses livres destins aux adolescents qui débarque avec Brèches. Elle jette dans le désordre des souvenirs qui lui reviennent en mémoire. Comme lorsque enfant, un vicelard tente d’assouvir ses bas en instincts en tentant de glisser sa main sous sa culotte. Ou encore quand elle compare son chariot d’épicerie à une marchette et qui se voit assise au milieu de nulle part avec un sac de chips. La vie quoi, la sienne qu’elle décrit avec les mots justes. Nous somme honorés madame de nous faire partager vos confidences. Et avec quelle maestria.

Brèches. Charlotte Gingras. Lévesque éditeur 132p.    www.levesqueediteur.com

 




 


Comment faire soi-même savons et bougies

Dans la catégorie livres pratiques et dans l’optique de réduire sa facture d’achats, deux titres nouveaux dans la collection .Recettes à faire soi-même. Chez l’éditeur Rustica. Il y a Bougies par Justine Roty qui va se gagner d’office un large lectorat, car beaucoup de gens se sont pris de plaisir à créer leurs propres bougies maisons en y ajoutant des huiles essentielles plaisantes qui diffusent de quoi flatter les naseaux des résidents. Elle a choisi des mois assignés à tel ou tel type de créations. Par ailleurs Amélie Boué consacre son guide sur les Savons. A voir les illustrations on croirait voir un livre de recettes avec des ingrédients tels l’amande, l’olive, la menthe. C’est la diversification poussé dans ses derniers retranchements. Que de savons possibles à fabriquer. C’est renversant. Avec de bons ingrédients qui vont agir positivement sur la santé de l’épiderme.

 


 


Une psychologue décrypte une relation conjugale toxique

L’amour rend aveugle. Un bien triste adage. Puisque lorsque la cécité laisse place à la vue retrouvée, oh! là, là! Sabrina Philippe qui est psychologue à la ville avait réussi en 2017 un score enviable de cinq mille copies vendues au Québec de « Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part. »  Fort de ce succès, elle revient avec Et que nos âmes reviennent…Il était une fois un avocat charmeur au possible qui rencontre une psychologue, bien jolie qui succombe aux atours du premier. Comme ça se passe maintenant, ils vont très vite emménager ensemble. Et voilà que le Roméo va se métamorphoser en être agressif, voire violent. Vous ne connaissez pas cet autre adage plus récent qui dit qu’on ne connaît vraiment quelqu’un que le lendemain, encore plus le surlendemain. Une fois revenue de son désenchantement, la psychologue qui à son corps défendant est devenue la cordonnière mal chaussée (qui devrait pourtant en connaître un rayon sur la nature humaine)  va stopper cette relation toxique au possible dans un acte libératoire. C’est un roman mais qui a quasi valeur de documentaire, tant il illustre les dissensions de notre époque dans la vie de couple où ceux-ci se défont aussi vite qu’ils se sont créés.

Et que nos âmes reviennent. Sabrina Philippe. Édito 269p.   www.editionsedito.com

 


 


L’écrivaine la plus en correspondance avec son temps

Claudine Potvin vu ses thèmes antérieurs, est devenue par la force des choses l’écrivaine du corps. Et en cela elle est on ne peut plus dans l’air du temps, à une époque où on n’a jamais été autant superficiel, avec d’énormes contradictions sociales, à gauche des dénonciations des metoo et à droite des bimbo dénudés comme à la Kim Kardashian avec pour elle seule 120 millions de followers sur son site personnel. Qui influence des tas de jeunes adolescentes qui réclament du sein et de la fesse. Allez comprendre quelque chose. C’est tout ce mal être face au corps que l’écrivaine rend si admirablement dans ce dernier roman Body Scan. Des jamais satisfaites de leur anatomie et qui infligent à leurs corps honnis bien des souffrances physiques et morales, ne serait-ce que l’anorexie. A lire comme pour une radiographie de notre ère du mal être.

Body Scan. Claudine Potvin. Lévesque éditeur 123p.    www.levesqueediteur.com

 


 


La sublimation végétale des japonais

Nous connaissions déjà les arbres nains japonais, un art porté à un haut degré de raffinement. Un autre art frère nippon est le kokedama. Qui est une façon de sublimer artistiquement les plantes. Les bases sont faites de mousse, sur lesquelles on superpose la plante à qui on donnera une forme. Aved des résultats très diversifiés, qui agrémenteront le décor d’une pièce et qui ne nécessitent aucun entretien. Laissez-vous guider par Adrien Bénard et Marie-Pierre Baudoin dans Mon atelier kokedama. Vous avez de nombreuses illustrations pour chaque étape d’élaboration. Vingt-cinq réalisations sont proposées dans ces pages.

Mon atelier kokedama. Adrien Bénard et Marie-Pierre Baudoin. Rustica 94p.
 


 


Pourquoi il est Xavier Dolan

Il emballe ou il irrite. Il ne laisse personne indifférent. Si aux États-Unis on émet des réserves quand à crier au génie, en Europe, surtout en France il est accueilli comme une icône people. En tout cas, son image de surdoué du septième art va être renforcé par la sortie de Xavier Dolan l’indomptable de Laurent Beurdeley. La couverture est magnifique avec une moitié du visage du cinéaste, l’air pénétrant. L’essayiste est maître de conférences à l’Université de Reims. L’homme ne fait pas mystère de son admiration pour Dolan. Son parti pris est assumé. Ce qui intéressera le cinéphile c’est qu’il a analysé profondément la production du réalisateur et acteur. Il permettra à ceux qui ne sont pas familiers avec ses films, d’en saisir des aspects. Ou pour ceux qui seraient des inconditionnels, d’autres arguments pour l’aimer davantage. C’est un ouvrage d’une grande rigueur. Ce qui ressort de l’ensemble c’est la méticulosité maniaque du cinéaste dans la préparation de ses films et sa présence sur le plateau. Et on voit que l’auteur a potassé son Dolan de A à Z. Ce n’est pas une biographie, précisons-le, mais une critique cinématographique.

Xavier l’indomptable. Laurent Beurdeley. Éditions du Cram 446p.    www.editionscram.com

 


 


Désir de misanthropie

Il était une dans un petit village du Golfe du Saint-Laurent fois un veuf Robinson LeBreton qui stigmatisé par la mort de sa femme a décidé du jour au lendemain de s’enfermer dans son monde. Et pour voir accéder à son rêve de vivre dans un bled fantôme, il va tenter d’apeurer la population en leur annonçant l’imminence d’un tsunami. Ce qui aux yeux des lucides ne feraient normalement pas de sens puisque ce phénomène climatique ne se produit pas dans cette région. Mais bon, beaucoup croiront cette sornette, laissant le village fantomatique. D’autres parmi les gens restants contesteront cette hypothèse. Pendant ce temps, notre homme se repliera dans sa demeure en relisant des ouvrages se rapportant à la sagesse antique ou des ouvrages d’Histoire. Mais comme l’homme n’est pas par définition une île, sa réclusion durera un certain temps avec la relation qu’il nouera avec son voisin Jean-Paul. Voilà en gros la toile de fond de ce roman Déments à cheval d’Émilie Andrewes aux accents surréalistes. Une belle réflexion aussi sur les relations humaines avec ce qu’elles peuvent avoir de bénéfiques tout autant que toxiques.

Déments à cheval. Émilie Andrewes. Druide 152p.     www.editionsdruide.com

 


 


Il était une fois un homme heureux

A la rédaction nous avons un penchant favorable pour Robert Maltais. D’une part parce que nous connaissons son dévouement pour la cause des artistes démunis, mais aussi sa production littéraire toujours inventive. L’ombre de son mentor Normand de Bellefeuille, une pointure des lettres chez nous, y est pour quelque chose.  Maltais nous arrive avec une vie, celle d’un natif de Saint-Gédéon au Lac-Saint-Jean, village où pour la petite histoire Louis Hémon écrivit sa Maria Chapdelaine. Son héros a pour nom Joseph Bouchard. Avocat d’affaires a Chicoutimi, il incarne la réussite selon les standards de la vie en Amérique. Mais un vide intérieur l’habite. Il cherche sa voie. C’est à la toute fin du roman L’air du lac qu’il va se réaliser dans l’aide aux autres. C’est une apologie de l’altérité. Il prendra un vif plaisir à venir en aide. Vous dire que c’est bien écrit est un euphémisme, il tutoie l’excellence.

L’air du lac. Robert Maltais. Druide 218p.    www.editionsdruide.com

 




 


Un virtuose de la nouvelle, deux fois plutôt qu’une chez Druide

En revoyant le recueil de dix-neuf nouvelles de Jean-Paul Beaumier « Et si on avait un autre chien ? » aux éditions Druide on a en mémoire la célèbre question « Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es ». Car le thème qui parcourt tous ces chapitres, c’est le rapport aux autres. Comment nous nous positionnons face à nos semblables ? Beaumier qui est au zénith de son talent de créateur de nouvelles s’en donne à cœur joie. Et pour briller dans le genre il vous être atteint de lucidité chronique. Il l’est pour notre plus grand bonheur. Nous avons particulièrement la nouvelle intitulée « Séduisez-moi ». Lisez et vous comprendrez pourquoi. Et si vous avez trouvé que les pages défilaient trop vite, le revoici avec sa toute dernière ponte toujours chez l’éditeur Druide Que fais-tu là ? Il y a un changement de couleur dans ces nouvelles qui reflète peut-être plus la détresse du monde. La démarche est ici intéressante et c’était sans doute un heureux défi de coller des impressions sur des photos. En effet, chaque nouvelle est précédée de vingt-six photographies d’Anne-Marie Guérineau. On pourra comparer nos propres impressions de ces clichés par rapport aux siennes. Mais encore une fois, le nouvelliste n’a pas du avoir le drame de la page blanche avec des illustrations si inspirantes. Comme on vient de le dire, c’est la fragilité humaine qui domine ici. Des nouvelles qui interpelleront énormément de lecteur

 


 

1910 pour une ado c’est le cloître ou la prison

Claire Bergeron est à la ville une infirmière de formation. Elle a été témoin de l’époque où des religieuses assuraient encore le service aux malades. Elle en a connu qui en raison d’une vocation forcée ont été soulagées de retourner à la vie laïque. Et c’est ce qui l’a inspiré pour son roman Le crime de sœur Marie-Hosanna. Qui nous ramène au début du siècle dernier. Exactement en 1910.  Ophélie fille de juge à quinze ans. La famille vit à Westmount et le père est plus que soucieux de respectabilité. Or sa fille va commettre à ses yeux la faute de trop. On e vous en dira pas davantage pour ne pas bouder votre plaisir. Pour le paternel et son milieu bourgeois il faut réduire au silence cette adolescente qui risque de ruiner la réputation de la famille. On décide donc de la conduire au monastère des Augustines à Québec. Des années après, la sœur Marie-Hosanna qu’elle est devenue, épouse désormais de Jésus, va éprouver un vif désir de liberté. Elle quittera la communauté.  A cette époque les supérieurs de communauté mettaient en garde contre le monde réel et ses périls. Effectivement que ce changement de vie ne se fera pas sans peine. L’auteure avec ce huitième roman nous fait revivre une période noire du Québec où on cadenassait toute velléité de liberté. Et que cette dernière avait forcément un prix.

Le crime de sœur Marie-Hosanna. Claire Bergeron. Druide 459p.   www.editionsdruide.com

 


 


Un roman sur les aidants naturels

De mémoire à la salle de rédaction on ne se souvient pas que le thème de la vie d’un aidant naturel ait été exploité. Et c’est pourtant un sujet dans l’air du temps qui est même récurrent dans l’actualité au Québec. Si vous ne connaissez pas la charge que cela représente, allez lire le récit de Maryse Rouy qui en compagnie de sa sœur ont été aidantes naturelles pour leur mère atteinte de la maladie de Lou Gehrig. Une maladie dégénérative comme on sait qui ne trouve son issue que dans la mort. L’auteure va entreprendre un voyage en cargo sur l’Atlantique. Vous avez à la fois des impressions de voyage en même temps que des allers-retours sur la maladie de la maman. Beaucoup de québécois sont dans cette situation dans la Belle Province et rien qu’avec ces gens, l’écrivaine est assurée d’un large lectorat. Elle nous aide à prendre la mesure de tout ce que ça engage de sacrifices quand il nous arrive une telle situation implication quelqu’un de la famille.

Être du monde. Maryse Rouy. Druide 189p.   www.editionsdruide.com

 






 


Le coin santé physique et psychique (1)

La mère occupe un rôle d’avant-plan dans la structure sociétale. On ne peut pas passer à côté d’une mère. Et chacun d’entre nous avons eu un rapport diversifié marqué par l’amour inconditionnel et hélas son contraire, une haine terrible. Parfois avec des nuances de gris au centre. Ginette Bureau arrive avec Guérir la mère chez Fides. Cette universitaire aime raconter des histoires et la sienne, son rapport à sa propre mère comme dans ces pages, valent le détour. Blocages et peurs hypothèquent tellement une existence. Ce livre est à cheval entre l’essai et le récit. Et pour preuve de sa versatilité en écriture, elle a été capable de céder aux sirènes du formatage universitaire pour accoucher d’un récit captivant de bout en bout.

Aux éditions Le jardin des Livres dans la collection « intemporel » paraît deux titres du Dr. Michael Newton le maître de la régression psychique par l’hypnose. Le premier Mémoires de l’au-delà qui s’attache à ce qui se passe entre deux réincarnations avec notamment des cas vécus. Rappelons qu’il a passé quarante ans à s’intéresser aux vies antérieures. Il aura même réussi au cours d’une séance d’hypnose, à son grand étonnement d’ailleurs, à faire revenir dans le passé une patiente, non seulement au moment de son état fœtal mais avant même sa naissance. La science est tellement plus solide que les sornettes de l’Église. Rappelons que l’Église catholique qui durant des siècles prévenait que tout bébé qui mourait sans avoir été baptisé se retrouvait illico dans les limbes sans jamais avoir accès au paradis, eh bien en 2007 comme ça sur un claquement de doigt, Benoît XVI supprima les dites limbes au motif que cela limitait la portée du Salut! Qu’est-ce que le Dr. Newton doit rire. Qui nous présente aussi ce second livre La vie entre les vies où il élabore les techniques qu’il emploie pour la régression dans les vies passées. Ce médecin apaisera sans doute bien des lecteurs aux prises avec des questions existentielles touchant à la vie après la vie.  

Chez Belfond c’est un compatriote canadien Norman Doidge à la fois psychiatre et psychanalyste qui enseigne à l’Université de Toronto et à celle de Columbia à New York. Comme si ce n’était pas assez il signe des éditoriaux pour le National Post. En dépit d’horaires sans doute démentiels il lance Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau. Ça tombe à point nommé où ce qui fait tendance maintenant c’est de s’en remettre à l’intelligence artificielle avant même d’avoir fait le tour du plus grand ordinateur existant qui ne sera jamais égalé, nous avons nommé le cerveau. Qui a des pouvoirs de guérison insoupçonnés grâce à ce qu’on appelle la « neuroplasticité ».  Décidément le cerveau est l’organe le plus fascinant de notre anatomie. L’ouvrage est complété par un appareil critique fort documenté. Et préfacé par le médecin star des médias en France, le Dr. Michel Cymes.

 






 


Le coin santé physique et psychique (2)

En raison du fait économique qui oblige les mamans à devoir se mettre sur le marché du travail si elle veut apporter sa contribution aux dépenses domestiques, elle se voit contrainte de se séparer plus souvent qu’è son corps défendant de son poupon, qu’elle conduira, au centre de la petite enfance, à la maternelle puis à l’école élémentaire. Pour l’enfant, la séparation d’avec sa maman peut-être bouleversant. C’est pourquoi le docteur Françoise Ceccato a senti la nécessité de traiter de la chose dans Questions réponses autour de l’angoisse de la séparation. Tout le dossier de la sécurité émotionnelle est abordé sous tous ses aspects. C’est publié chez l’éditeur Mango.

Et chez le même éditeur Mango cette fois dans la collection « Le petit abécédaire » deux nouvelles sorties Antifatigue de Nathalie Pierrée et Réflexologie de Carla Gaspar. La collection porte bien son titre. Les ouvrages se présentent comme un mini dictionnaire de A à Z. Dans le livre Antifatigue l’auteure fait le tour de tous les moyens que l’on peut mettre en œuvre pour trouver une revitalisation de tous les instants. Ça va de l’alimentation à la méditation rapide. Pleins de petits trucs pas trop contraignants pour être en forme du lever du corps au coucher. Même chose pour la réflexologie que l’on connaît. Dans ce cas elle fait un tour d’horizon des différentes pathologies et comment la réflexologie peut agir au plan curatif.

Chez le Dauphin Blanc, une invitation exotique à faire connaissance avec l’enseignement d’un descendant d’une ancienne civilisation, les Laïkas. Il se nomme Don Manuel. Et grâce à Alberto Villoldo formé en psychologie et anthropologie médicale nous pouvons bénéficier de cette transmission. Le titre d’abord Le cœur du chamane et en sous-titres Histoires et pratiques du Guerrier Lumineux.

Enfin aux Presses de l’Université Laval un essai très d’actualité Changements climatiques et santé, prévenir, soigner et s’adapter écrits par Diane Bélanger, Pierre Gosselin, Ray Bustinza et Céline Campagna. N’en déplaise au président Trump pour qui le changement climatique est de peu d’importance, il devrait se faire lire un résumé de cette recherche fondatrice où on apprend entre autres qu’au Ghana, de fortes pluies ont été la cause de l’explosion du choléra dans le pays. Et même il serait intéressant si on veut vraiment enfin faire de l’éducation dans les écoles d’extraire les conclusions majeures de ce livre pour le mettre à la portée des jeunes et les sensibiliser par le fait même.

 


 


Bohème et débauche dans le Kenya des années folles

Amateur de dépaysement vous allez être bien servi avec La vallée des garçonnes de Kat Gordon qui situe son roman au Kenya en 1925. Au départ c’est un père de famille qui est muté là bas à la direction des chemins de fer. Leurs deux enfants Théo et Marie c’est tout un dépaysement. Ils vont donc grandir dans ce décor rude et impressionnant à la fois. Le garçon devenu jeune homme va faire la rencontre d’un couple, Freddie et Sylvie qui vit totalement en marge des conventions. Disons-le sans ambages, ils mènent une vie de débauche à l’époque du protestantisme puritain. Cet univers fascine Théo qui se laisse entraîner. Quand survient le second conflit mondial c’est fini la fête et les parents jugent bon que Théo quitte le pays. A la fin du conflit c’est le retour, mais tout a changé dans ce qu’on nomme la vallée heureuse, à commencer par sa propre famille. C »est l’exotisme qui enchante à chaque page et qui nous fait connaître ce coin d’Afrique au temps des années folles et on apprend de surcroît qu’il y avait là bas une jet-set locale.

La vallée des garçonnes. Kat Gordon. Fleuve 446p.    www.fleuve-editions.fr

 


 


Le legs inattendu d’une grand-maman

Alicia, de son prénom et vivant à Madrid, apprendra avec douleur le décès de sa grand-mère Pauline Hoffman. Un deuil à quoi en plus s’ajoute un héritage inattendu, un appartement que possédait son aïeule à Berlin. Et pourquoi un logement si loin d’Espagne ? C’est que l’aïeule avait vécu là bas, souffrant coup sur coup les affres du nazisme et le joug soviétique. Elle alla trouver refuge en Espagne sous Franco. Pour l’héritière c’est toute une interrogation identitaire qui débute, espagnole ou allemande ? Qui l’emporte des deux cultures ? Le dernier cadeau de Paulina Hoffmann de Carmen Romero Dorr exploite le thème de l’exil, qui concerne un tas de gens au fort potentiel de lecteurs concernés.

Le dernier cadeau de Paulina Hoffmann. Carmen Romero Dorr. Les Escales 362p.    www.lesescales.fr

 


 


Un roman néerlandais désopilant

On connaît l’humour juif, celui des anglais, celui paillard des français, mais qu’en est-il de l’humour néerlandais ? Pour en avoir un aperçu, nous recommandons fortement Le fossé d’Herman Koch. C’est le maire d’Amsterdam qui a une épouse tout ce qu’il y a de plus « normale ». Quand tout à coup, lors d’une mondanité, voilà que cette dernière se met à prendre un sacré bon temps avec son adjoint. Ça titille passablement monsieur le maire chez qui on voit poindre un soupçon de jalousie. Et comme le dicton le veut bien, un malheur ne vient jamais seul, ce sont ses parents…nonagénaires qui font part de leur suicide à venir, eux pourtant pleins de vie. Vous voyez le genre. C’est absolument déjanté et ce pourrait faire un très bon film transposé au grand écran.

Le fossé. Herman Koch. Belfond 302p.      www.belfond.fr

 


 


Mais qui est au juste cette enfant noyée et ressuscitée ?

Diane Setterfield cette écrivaine francophile a atteint la notoriété avec son roman « Le treizième conte ». Et avec ce troisième qui paraît Il était un fleuve sa cote n’est pas près de décroître au vu de cette histoire saisissante qui a pour cadre l’Angleterre du XIXème siècle. Il était une fois, au cours d’une nuit, un homme blessé sérieusement qui pénètre dans une auberge, tenant dans ses bras, le corps d’une fillette noyée. Et qui, miraculeusement reviendra à la vie. Formidable, mais ce retour au monde des vivants s’accompagne d’une grande interrogation. Qui est-elle ? Toutes les hypothèses sont possibles, dont trois qui retiennent l’attention. Durant l’année qui suivra Henry épaulé par l’infirmière Rita Sunday va tenter d’élucider ce mystère. Ce dernier mot est à retenir car il qualifie bien l’aura qui entoure ces chapitres. On a tous hâte de savoir d’où vient cette petite.

Il était un fleuve. Diane Setterfield. Plon 476p.   www.plon.fr

 


 


Une liste de triste sires

Sous la direction de Bruno Fuligni on a demandé à un aréopage d’historiens ou amateurs de l’Histoire de composé chacun un portrait, une monographie en sorte d’un être qui sera demeuré pour la postérité comme un être infâme. Ça donne Les affreux de l’Histoire. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette galerie de monstres, c’est qu’on ne retrouve pas des noms de ceux que l’on vit généralement figurer dans ce genre de palmarès. Vous découvrirez ce qu’on fait de pire un Ptolémée VIII Évergète, Thomas Thitlewood, Jacques Belhomme, le maréchal de Saint-Arnaud, Georges-Anquetil, Pierre Bonny que pour nommer que ceux-là. Disons qu’il aurait mieux fallu qu’ils ne naissent jamais ces salopards qui ont marqué leur passage terrestre de la plus ignoble des façons.

Les affreux de l’Histoire. Collectif. First 294p.     www.editionsfirst.fr

 


 


Une psychanalyse de BB

Michel Goujon  s’était toujours demandé comment se fait-il qu’un personnage aussi mythique que Brigitte Bardot se soit détourné du monde demeurant terré à la Madrague sa résidence tropézienne. Et il s’est dit que dans une forme de psychanalyse il y aurait peut-être des éléments de compréhension dans sa vie. Il s’est donc attelé à une biographie. Oui mais vous nous objecterez qu’il y en a déjà tellement de publiées sur la star, qu’ajoute la sienne. C’est qu’il la travaille sous un angle comme dit précédemment psychanalytique en établissant des amalgames entre son passé et sa vie présente. C’est très bien documenté et aussi avec l’éclairage que fournit de plus récents faits. Parvient-il à percer le mystère ? En tout cas il offre des pistes intéressantes. Que la vedette soit devenue une vielle dame acariâtre, n’enlève en rien le niveau d’intérêt, loin de là.

La recluse. Le mystère Brigitte Bardot. Michel Goujon. Plon 430p.     www.plon.fr

 


 


Une fiction sur les activistes en France

La littérature est le reflet de chaque époque. La saga des gilets jaunes a donné déjà des fruits. Comme avec de roman social de Michel Hutt qui a pour titre Bonnets jaunes et gilets rouges. D’abord un mot sur cet élu local en Alsace. Pour être en accord avec sa vision d’une vie axée sur la simplicité volontaire, il a renoncé à son boulot sécuritaire de fonctionnaire, pour vivre désormais au plus près de ses besoins limites. Il a donc imaginé ce roman qui met en opposition un groupuscule de gens animés par le retour d’une véritable démocratie et des forces financières dominantes qui ont mis à plat l’économie pour l’assujettir à leurs plus sombres diktats néolibéraux. Nous sommes là en pleine politique fiction. C’est bien ficelé L’exercice vaut la peine car le message c’est qu’il faut être toujours vigilants face à ce que peuvent tramer ceux qui ne sont animés que par leu seul appât du gain en même temps qu’une célébration de la solidarité citoyenne. Les premiers mots de la Marseillaise ne sont-ils pas « allons enfant de la patrie » ? Les voici à l’œuvre.

Bonnet jaunes et gilets rouges. Michel Hutt. Éditions Yves Michel 312p.    www.yvesmichel.org

 


 


Dans les coulisses de la présidence Trump

Le journaliste new-yorkais Michael Wolff a un sujet en or et inépuisable, le président Donald Trump. Le premier ouvrage qu’il lui a consacré « Le Feu et la Fureur » s’est écoulé tenez-vous bien, à cinq millions d’exemplaires. De quoi provoquer le tournis de bien des écrivains. C’est qu’il aurait pu écrire n’importe quoi, mais ce vaste lectorat s’explique aussi par le fait que le gars s’est très bien documenté au préalable. Sur sa lancée il persiste et signe avec État de siège. Le premier livre touchait aux premiers mois de la présidence, celui-ci nous montre la gestion actuelle du locataire de la Maison-Blanche, chaotique au possible mais il faut l’avouer fascinante à la fois. Le titre présent fait référence au fait que Trump navigue seul entouré d’ennemis qui veulent sa peau à tout prix caressant la mise en marche du processus d’impeachment pour le destituer. Mais le président est coriace. Le sous-titre dit bien le climat qui prévaut à Washington « Trump seul contre tous ». On appréciera au passage les pages consacrées au rapport que Trump entretient avec les femmes.

État de siège. Michael Wolff. Robert Laffont 394p.    www.laffont.ca

 


 


Deux titres d’initiation chez Broquet, la pêche et les arbres fruitiers

Deux titres qui tombent bien avec la belle saison. Ceux qui aiment les histoires de pêche seront comblés avec Jasmin Perreault qui pratique sa passion depuis trente ans et qui nous livre ses trucs de pro dans La pêche au Québec, guide d’initiation. Dans ces chapitres il s’attache à six poissons qu’on a bien envie de prendre à notre hameçon. Juste à lire ce qu’il faut d’équipement pour attraper un maskinongé pouvant aller jusqu’à 50 pouces de long, un véritable monstre de nos eaux. Ça fourmille de bons conseils et vous évite ainsi bien des faux pas de débutant. Et toujours chez l’éditeur Broquet, ils sont deux Marianne Baril et Nicolas Auger à nous parler des Arbres et arbustes fruitiers pour le Québec. Ces deux horticulteurs poussent leur professionnalisme au point de vivre sur une montagne des Appalaches, nichée à plus de 1500 pieds, et de semer des cultivars d’à peu près tout ce qui peut pousser dans la Belle Province en termes de fruits. Et c’est toute leur expertise qu’ils partagent généreusement avec les lecteurs. On apprend que pour réussir une récolte de bleuets, il est impératif que la plantation soit faite sur une terre très exposée à l’ensoleillement sinon c’est fatal côté résultat. Chaque plantation est détaillée a les conseils judicieux appropriés. De quoi nous donner le goût du pouce vert.

 




 


Le coin de la BD

Quand on pense que Mallarmé en son temps disait que la chair est triste et qu’il avait lu tous les livres. Dommage qu’il soit mort un siècle et un peu plus trop tôt car s’il avait eu entre les mains Ember la chaleur du Phoenix de Christian Zanier il aurait nettement changé d’avis. Car l’illustrateur de talent aurait revigoré le poète avec son héroïne hyper sexy qui a survécu à un accident aérien et qui tel un Pheonix renaît de ses cendres. Ce qu’il y a de beau dans le dessin de Zanier c’est qu’il reproduit parfaitement l’intimité de la femme avec tant d’amour. Mieux encore, en fin d’ouvrage vous avez 48 versions sculpturales de la femme. Aux éditions Tabou et pas ailleurs.

Les trois ouvrages qui suivent sont aux éditions Graph Zeppelin. D’abord Miss Fury fugue en si mineur sur un scénario pas piqué des vers de Corinna Bechko et des illustrations de Jonathan Lau petit génie en son genre. Ils redonnent vie à cette femme forte du monde du « comics » américain. En effet, Miss Fury a vu le jour de 1941 à 1952 grâce au talent de Tarpe Mills. La Fury est citée pour l’Histoire comme le premier « comics » au féminin. Dans cette histoire, nous sommes dans la Grosse Pomme en 1942 alors que les USA sont en guerre et beaucoup de ceux qui pourraient assure l’ordre sont sur les champs de bataille ou en voie d’être. Miss Fury assurera la sécurité de la métropole américaine. Et ce ne sont pas les adversaires qui manquent dont une organisation d’espionnage industriel. De l’action à chaque page!

Si vous ne voulez pas laisser votre esprit en repos, tant vous aimez que ça bouge, alors n’hésitez pas à vous procurer Back is Black avec Andy Hartnell comme scénariste et Nick Bradshaw au dessin. Vous allez faire connaissance avec les Danger Girls, en l’occurrence Abbey Chase et Sydney Savage qui sont capables de chevaucher de puissantes cylindrées comme on peut les apercevoir sur la couverture. Et sexy en prime, ce qui ne nuit pas. Elles font enquête pour retracer un précieux artefact amérindien. Et pour cela elles vont infiltrer un puissant gang de motards. Elles n’ont pas froid aux yeux les petites quand elles ont une idée en tête. C’est un road circuit à deux roues palpitant.

Et en conclusion un classique le Tarzan de Russ Manning dont le volume II paraît en librairie. Pour la petite histoire, il faut savoir que Manning a reçu l’aval de la Société Edgar Rice Burroughs afin qu’il puisse traduire en BD les romans d’aventures de l’homme singe, créature du célèbre écrivain britannique. Nous sommes en 1967. Et durant les onze années qui suivirent, les « strips » qui en totaliseront 650 seront publiées soient au quotidien soit le dimanche dans des journaux. Graph Zeppelin a réparti cette production exhaustive en quatre volumes. Celui qui sort présentement couvre de mai 1969 à juillet 1971. C’est une édition de grand soin de type « collector » qui ravira les inconditionnels de Tarzan.

 


 


Deux sœurs, les liens du sang

Quelqu’un a déjà proclamé, quand j’entends le mot famille je sors mon revolver. C’est vrai que contrairement à une idée répandue, ce n’est pas parce qu’on vient des mêmes géniteurs que c’est l’assurance d’un fratrie liée à jamais. Claire Messud dans Avant le bouleversement du monde nous offre à la fois une histoire, belle histoire d’ailleurs et une réflexion. Ce sont deux sœurs anglaises, l’une Emmy qui ira vivre en Australie avec sa famille et Virginia très prêt des Saintes Écritures qui vit à Londres très près de sa mère. La première connaître l’échec de son mariage et ira s’exiler à Bali tandis que la seconde en compagnie de maman ira vivre dans l’île de Skye. On se retrouve avec deux insulaires qui, si la vie les a éloignées, vont se retrouver dans la cinquantaine. Comme quoi il ne faut jamais désespérer. C’est un hymne à la famille dans le bon sens du mot, dégagé contingences sociales. Chacune des sœurs dans leur vérité, tiennent désormais à ce rapprochement.

Avant le bouleversement du monde. Claire Messud. Gallimard 369p.  

 


 


Par le roman de comprendre le nazisme

Le grand journaliste et écrivain Franz-Oliver Giesbert a une passion pour l’Histoire, tout particulièrement pour tout ce qui touche au Troisième Reich. Il semble même incollable à ce chapitre. C’est l’impression en tout cas qu’il nous a offerte lors de son passage sur le plateau d’On n’est pas couché animé par Laurent Ruquier alors qu’il venait présenter sa dernière ponte Le schmock. Comme il l’a racont. Depuis des lustres il est taraudé par un questionnement, comment un pays aussi « civilisé » que l’Allemagne a-t-il permis une telle hargne contre sa communauté juive pourtant minoritaire dans le pays. Pour décrypter un tel comportement, Giesbert s’est fait à la fois romancier et historien, donnant naissance à des personnages à travers lesquels il nous est permis de comprendre la montée du nazisme. Et à quel niveau le peuple a été complice. Une manière dynamique de faire vivre l’Histoire. Merveilleux professeur Giesbert. C’est de tels profs que le système scolaire a besoin.

Le schmock. Franz-Olivier Giesbert. Gallimard 400p.   

 


 


Miraculée d’un attentat, oui et non
L’actualité nous assène si quotidiennement ces reportages sur des actes de violence ou attentats que cela a généré une sorte de banalisation dans le public. Sans compter les jeux vidéo si chargés eux-mêmes de violence. Et on ne sera pas étonné que Dans la Toile de Vincent Hauuy est le fruit d’un concepteur de jeux vidéo. Il était à même de traduire en mots cette violence, mais surtout de rappeler quelle engendre des séquelles chez ceux qui sont les victimes. Comme Isabel Gros la figure protagoniste de son roman qui a été rescapée d’une fusillade. Son système nerveux atteint, elle décide de déménager ses pénates de Paris vers son chalet des Vosges. Et croit que l’art visuel sera sa rédemption. Hélas non, les conséquences de ce qu’elle a vécu viennent encore la hanter. C’est un livre puissant et qui est en même temps d’un thème très de notre temps.

Dans la Toile. Vincent Hauuy. Hugo thriller 396p.     www.hugoetcie.fr

 


 


La marijuana ce business à l’heure de la légalisation

A l’heure où bien des pays s’interrogent si on doit ou non légaliser la marijuana, et où le Canada a damé le pion à tout le monde en accordant le feu vert à sa légalisation, il y a une réflexion à faire. Elle est faite par deux journalistes Xavier Deleu et Stéphanie Loridon qui signent un ouvrage documentaire Big marijuana quand le deal devient légal. Une grande enquête qui les a menées au Canada bien entendu. Mais pourquoi cet empressement à légaliser, quelles sont les conséquences ? Le crime organisé demeure t’il les bras croisés devant cette compétition ? On a tout lieu à penser en tout cas que de l’argent provenant de fonds obscurs en provenance de paradis fiscaux ont été injectés dans des entreprises légales de commercialisation. Cet ouvrage permet de se forger une meilleure opinion. Chose avérée, là où on a légalisé, la consommation de cannabis n’a pas plus augmenté. Pour preuve qu’on n’a pas attendu l’État pour en fumer du bon.

Big marijuana, quand le deal devient légal. Xavier Deleu et Stéphanie Loridon. Hugo doc 261p.     www.hugoetcie.fr

 


 


Quand Irène Némirovski se défoulait sur sa mère

Quelquefois des non-dits doivent s’exprimer et on n’a pas toujours le courage d’affronter frontalement l’objet de son ressentiment. C’était le cas de l’écrivaine d’origine russe Irène Némirovsky morte en déportation qui écrivit L’ennemie sous le pseudonyme de Pierre Nerey. A travers Gabri qui est Irène par procuration, elle livre une charge contre la mère de la première qui est aussi une autre procuration, la sienne propre. Qu’on décrit comme une coquette sur le déclin. L’histoire se déroule au cours des Année folles. C’est d’une violence morale comme on en trouve dans la Vipère au poing d’Hervé Bazin. Beaucoup d’enfants qui ont eu une relation conflictuelle avec leur mère, et ils sont nombreux, assureront d’avance un vaste lectorat à eux seuls. La préface d’Olivier Philipponnat vaut le détour car il livre les clefs de compréhension des intentions de l’écrivaine.

L’ennemie. Irène Némirovsky. Denoël 159p.     www.denoel.fr

 


 


Des visions épileptiques à caractère génétique et ancestrales

Très rare que l’on cite in texto une quatrième de couverture, mais on ne peut s’empêcher de rapporter la définition que l’on donne de L’œuf de l’écrivain danois Morten Ramsland « L’œuf est un roman où le mythe alterne avec le racontar où les grandes peurs populaires médiévales se mêlent au conte et à la truculence rabelaisienne, le tout baignant dans cette ambiance et cette écriture relevant du réalisme magique ». Tout un programme en effet qui pourrait faire le bonheur d’un cinéaste dit d’auteur avec cette histoire d’un jeune garçon aux prises avec des visions épileptiques où apparaissent des personnages peu rassurants qui entretiennent chez lui une peur. Sa mère va l’emmener chez son grand-père fantasque qui va le mettre dans la confidence de certains secrets de famille. C’est là qu’il fait intervenir des personnages mythiques. C’est un roman d’atmosphère surtout qui n’a d’autre prétention que de permettre au lecteur de s’évader du monde qui les entoure.

L’œuf. Morten Ramsland. Gallimard 250p.  

 


 


 Les vampires existent, même le pire

Que le personnage du vampire fasse partie d’une mythologie culturelle, il a ses adeptes qui ne ratent pour aucune raison ses manifestations. Ceux-là seront ravis d’apprendre que le sergent Roméo Dubuc, le limier fétiche de Claude Forand est confronté à une histoire mettant en scène le monde du vampirisme. Dans Le pire vampire tout débute par la découverte du corps d’une adolescente, Stéphanie Nadeau-Labadie. Outre sa robe virginale, elle arbore au cou une morsure. A partir de ces indices l’enquêteur va démarrer sa recherche. Et il ne sera pas au bout de ses surprises. C’est tout un monde obscur qui l’attend. Dans cet épisode, le sergent en aura gros sur les bras. Et les sceptiques quand aux vampires seront confondus, foi de l’auteur. En tout cas il nous fait passer de bons moments.

Le pire vampire. Claude Forand. Éditions David 210p.   www.inspecteurdubuc.com

 


 


Un bila sur la vague de gauche en Amérique latine

C’est au début de ce siècle que nous avons pu voir se répandre un courant gauchiste à travers l’Amérique latine. Pour le professeur Julian Durzo Hermann qui enseigne à l’Université du Québec à Montréal la politique comparée et qui est également président de l’Association canadienne d’études latino-américaines et des Caraïbes, l’heure est au bilan, à savoir qu’est-ce que cette vague a apporté en mieux ou de manière négative. Et il se sert pour cela des exemples où la gauche a conquis le pouvoir telle l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur et dans des pays où elle s’est trouvée du côté de l’opposition, c’est le cas au Mexique et au Pérou. En tout, une conclusion émerge, la montée de la droite. Et c’est justement pour expliquer ce populisme qu’il faut revenir en arrière. Et son approche des phénomènes est multidisciplinaire avec le concours d’une équipe de chercheurs supervisée par les soins du professeur Herrmann.

Les espaces publics, la démocratie et les gauches en Amérique latine. Collectif sous la direction de Julian Durzo Herrmann. Presses de l’Université Laval 253p.    www.pulaval.com

 


 


L’identité plurielle portugaise à Montréal

Pour un linguiste comme le professeur Fabio Scetti la ville de Montréal est un terrain excitant et fertile pour quiconque s’intéresse à la question identitaire. L’homme est docteur en sciences du langage de l’Université Paris-Descartes et chercheur associé à l’Université Sorbonne-Nouvelle. Il a choisi de s’intéresser au sort de la langue portugaise dans la métropole, dans le contexte où l’environnement est constitué des deux langues officielles. Dans un commerce par exemple on vous accueillera dans une ou l’autre de ces langues. Dans ce contexte comment les ressortissants portugais et leurs descendants peuvent ils pouvoir affirmer leur culture langagière. Il constate même une hybridation du portugais local qui l’emprunte tantôt à l’anglais ou au français.

La communauté portugaise de Montréal. Langue et identité. Fabio Scetti. Presses de l’Université Laval 296p.     www.pulaval.com

 


 


 L’influence du business dans l’économie

L’autre jour sur un plateau de télévision on interviewait l’ancien premier ministre du Québec et on lui posa la question du réel pouvoir d’un premier ministre et si ce n’est pas plutôt la haute finance qui manipule derrière. Il eut un petit moment d’interrogation et il apporta tout de même une réponse nuancée, admettant du même coup que la finance de Wall Street tient un rôle. Il en va de même des grandes entreprises où les dirigeants doivent satisfaire les actionnaires. Dans sa préface au livre Financiarisation et élite économique au Québec d’Audrey Laurin-Lamothe qui sort en librairie, Alain Deneault du Collège international de philosophie de Paris, écrit ceci « Ce travail nous amène à considérer combien nous souffrons de ne pas nettement comprendre qui détient le pouvoir de délibérer sur les contraintes publiques qui s’imposent à nous. Qui mène ? Qui décide ? » Ajoutant que les pouvoirs politiques se neutralisent en raison d’accords de libre-échange. Voilà le sujet de cette docteure en sociologie et professeure adjointe au Département de science sociale de l’Université York à Toronto. Qui tire les ficelles ? Voilà la question à laquelle elle tente de répondre.

Financiarisation et élite économique au Québec. Audrey Laurin-Lamothe. Presses de l’Université Laval 256p.   www.pulaval.com

 


 


Portrait d’un de nos plus valeureux militaire

Au sein des Forces armées canadiennes le Général Jacques Dextraze est une figure iconique. Songez que celui que l’on surnomma Jadex a été commandant des Fusiliers Mont-Royal à l’âge aussi jeune que 25 ans. Mort d’un cancer à 72 ans il a terminé sa carrière militaire avec le titre de général et fut chef de l’état-major à Ottawa sous Pierre Elliott-Trudeau. En fin de vie il fut président conseil d’administration du Canadien National. Durant ses fonctions au sein de la Défense il a toujours eu à cœur de rendre nos forces armées bilingues et que les québécois aient autant accès aux promotions de prestige. En cela il était nationaliste à sa façon. C’est l’historien militaire Jean-Pierre Gagnon qui brosse le portrait de ce militaire d’exception, hautement estimé par ses hommes et qui le leur rendait bien. D’ailleurs en fin d’ouvrage on retrouvera le credo du général concernant la conduite des affaires militaires. Des préceptes qui peuvent tout aussi bien s’appliquer à la vie civile professionnelle.

Une vie de soldat le général Jacques Dextraze. Jean-Pierre Gagnon. Presses de l’Université Laval 188p.     www.pulaval.com

 


 


Le coin santé physique et psychique

C’est un livre qui va certainement envenimer le débat entre les tenants de ceux qui estiment qu’on humanise trop les animaux de compagnie et qui portent historiquement le blâme sur Walt Disney qui a donné des personnalités aux animaux les faisant ressembler à nos comportements d’homo sapiens et ceux par contre qui considèrent que comme créations de la nature, les animaux sont dotés d’une âme avec des propriétés de guérison pour les humains. C’est la thèse avancée par Jenny Smedley dans Les chiens et les chats ont aussi une âme aux éditions du Dauphin Blanc. Et pour appuyer son propos elle fait intervenir des cas vécus.

 


 


L’épreuve de nous-mêmes

C’est ainsi que quelqu’un a défini assez sommairement L’étranger parmi les vifs de Pascal Bacqué tome 2 de La Guerre de la terre et des hommes. Ça démarre sur une invitation au Train Bleu le bar de la gare de Lyon. Un étrange personnage va convoquer un écrivain répondant au nom de Pascal B. (est-ce l’auteur ?). De là des envolées métaphysiques car comme il est mentionné en fin du communiqué de presse accompagnant la sortie de l’ouvrage « Enfin il y a la terre, et la terre s’apprête à se réveiller. Tout est suspendu. Encore un pas, et nous sommes perdus ou sauvés. »  Intriguant n’est-ce pas ? L’écrivain n’est pas banal, lui qui vient de la poésie, a étudié le Talmud et a engendré huit enfants! On annonce et ce n’est pas faux, le début d’une nouvelle littérature. Serions-nous devant un nouveau pape des lettres ? Ensuite, félicitations à la maison d’édition Massot qui a pris un soin particulier à la présentation graphique de ce roman très singulier va sans dire. Cet ouvrage par sa densité, on ne se contentera pas de le lire, comme l’actrice Charlotte Rampling qui a adoré, mais de le relire.

Étranger parmi les vifs. Tome 2 de La Guerre de la terre et des hommes. Pascal Bacqué. Massot 425p.    

 


 


Une pensée critique sur l’argent

L’actualité nous faisait savoir cette semaine que Facebook s’apprête à lancer sa propre monnaie mondiale. De nouvelles espèces seront donc en circulation dans un avenir rapproché. L’argent exerce donc encore énormément d’attrait. On lui doit le meilleur mais surtout le pire. Nino Fournier diplômé de philosophie de l’université de Lausanne s’est penché avec attention sur notre rapport à l’argent, un peu comme un entomologiste étudie les fourmis. Dans  l’introduction de son essai L’ordre et l’argent il donne le la en commençant par décliner une vérité, tous, de façon avouable ou non, aimerions être riches. A partir de ce postulat il développe une critique de l’économie sur un mode de vulgarisation à la portée de tous. Et tout bon philosophe qu’il est, il ne peut écarter cette science humaine de son choix thématique. Il y a en effet de quoi philosopher sur les valeurs qui se rattachent au bien matériel. Bref, un éclairage très intéressant sur la place de la monnaie dans nos existences. Une bibliographie exhaustive permettra au lecteur qui voudra approfondir la chose, d’aller encore plus loin.

L’ordre et l’argent. Nino Fournier. Liber 212p.      

 


 


La culture russe, un terrible patrimoine

La culture russe est marquée par deux choses, sa corrélation avec la politique existante au cours de son histoire. Un comte de l’aristocratie par exemple se demandait si Pouchkine faisait œuvre utile en écrivant de la poésie. Et aussi par la recherche d’une identité. Pour qui veut approfondir la connaissance de ce riche patrimoine slave il n’y a pas meilleur professeur que le pope Alexandre Schemann (1921-1983) qui s’exila aux États-Unis pour devenir doyen du séminaire orthodoxe de Saint-Vladimir. Mais sa contribution pérenne demeure ses chroniques radiophoniques sur Radio Liberté qui se sont échelonnées durant trente ans. On a retrouvé providentiellement, venant de deux sources, les transcriptions de celles consacrées aux Fondements de la culture russe que nous avons maintenant la chance d’avoir entre les mains. Qui ont été diffusées sur deux ans en 170 et 1971. Nous sommes en face d’un érudit qui fait démarrer cette grande fresque allant de Pouchkine à Soljenitsyne. C’est le genre d’enseignant que l’on voudrait avoir dans le système scolaire, passionné comme tout. Heureusement que son cours a été préservé pour notre plus grand bonheur.

Les fondements de la culture russe. Alexandre Schemann traduction Michel Sollogoub. Éditions des Syrtes 226p.      www.editions-syrtes.com

 


 


Charles Manson à la première personne

Cette année 2019 est aussi celle d’une triste commémoration, celle du 50ème anniversaire des meurtres commandés à ses disciples par Charles Manson dont parmi les victimes Sharon Tate alors l’épouse de Roman Polanski. Un demi siècle a passé donc, mais ces crimes macabres continuent de fasciner et d’inspirer le monde des arts. A preuve ce dernier film de Quentin Tarantino « Once upon a time in Hollywood » avec en vedettes Leonardo Di Caprio et Brad Pitt avec en toile de fond le voisinage de la famille Manson. Puis « The haunting of Sharon Tate » avec dans le rôle de la défunte actrice Hilary Duff. Et ça continue. Jusqu’à présent le livre Helter Skelter du procureur Vincent Bugliosi était demeuré le véhicule de l’image d’un Manson diabolique aux yeux de feu, tel qu’on a pu le voir dans les actualités filmés, et franchement peu rassurant en effet. Mais si on veut être d’une rare objectivité, quelle vision a de lui-même le principal concerné ? Nous avons un témoignage choc Charles Manson par lui-même basé sur des entretiens s’échelonnant sur six ans et des centaines d’heures d’échanges et réalisé par un ancien pote de tôle Nuel Emmons. Ils se sont connu bien avant à la fin des années cinquante pour de menus larcins. Quand ce dernier a appris que Manson a été commanditaire de ces actes odieux, il n’en est pas revenu. Il a donc pris sur lui l’initiative d’aller le rencontrer. Dans la préface de l’ouvrage où il laisse parler son sujet à la première personne, il faut lire le contexte qui a présidé à cette série de rencontres. En conclusion de ce livre terrifiant mais si réaliste, Manson donne le clé de son comportement qui revient à dire que lorsqu’on est né tout croche et sans amour, on cours à la dérive et on s’accroche à n’importe quoi. Et c’est ce qui explique les tonnes de correspondance qu’il a reçu en prison de gens admiratifs!

Charles Manson par lui-même. Propos recueillis par Nuel Emmons. Séguier 380p.      www.editions-seguier.fr

 


 


Une rocambolesque équipée de boat people estoniens

C’est la beauté des rééditions de raviver des œuvres qui étaient passé un peu aux oubliettes comme ce Cap sur la liberté de MM. Voldemar Veedam et Carl B. Wall qui fut publié dans les années cinquante avec un succès, traduit dans vingt-cinq pays. L’histoire vraie de réfugiés estoniens qui avaient trouvé asile en Suède durant la Seconde guerre mondiale et qui craignaient la mainmise de la Russie sur leur pays et qui ne voulaient plus y retourner. Deux hommes, Harry Paalberg et Voldemar Veedam vont rafistoler un petit navire de type « sloop ». Avec seize personnes à son bord ils vont, le 10 août 1945, appareillés en direction des États-Unis, plus exactement à Norfolk en Virginie. C’est toute l’épopée à bord de l’Erma qui est rapportée dans ces pages. Songez que pour la seule mer du Nord, il y avait de redoutables champs de mines posés par la marine allemande pour anéantir les convois alliés et qui firent de grands dégâts. Et ce n’était pas le moindre danger parmi d’autres. Cette histoire comme nulle autre fit la joie en son temps des lecteurs du Reader’s Digest au moment de sa publication en 1947 sous la plume de M. Wall.

Cap sur la liberté. Voldemar Veedam et Carl B. Wall. La Table Ronde 332p.   www.editionslatableronde.fr

 


 


Comment naît la vocation en art visuel

Tout artiste inévitablement se fait poser la question un jour où l’autre « Comment vous est venu votre vocation artistique ? ». Est-ce pour cesser d’y répondre que le peintre et sculpteur Richard Texier a devancé tout le monde en répondant en long et en large de la genèse de son esprit créatif. Cela donne L’hypothèse du ver luisant. Comme toute fondation humaine trouve sa source dans l’enfance, lui de raconter la sienne. Et longuement il rend hommage à son oncle Henri à qui il consacre de belles pages. C’est ce parent qui machinalement lançant une petite pierre plate, éblouit le jeune Richard par tant d’adresse. Ça générera la carrière qui fut la sienne. On est loin ici d’une autobiographie artistique. Au mieux, il saisit des instants marquants de sa vie professionnelle. Mais le lecteur saura par contre comment réfléchit un créateur de sa trempe. Cette lecture nous donne inévitablement le goût de partir à la découverte de ses œuvres.

L’hypothèse du ver luisant. Richard Texier. Gallimard 176p.  

 


 


Sur le roman d’aventures dans le Québec du XIXème siècle

Jadis quand on prenait de rares minutes en classe pour nous parler des débuts de la littérature québécoise, on disait alors canadienne-française, on nous rabâchait plus souvent qu’autrement des poètes qui exaltaient à travers des vers de mirliton un nationalisme qui sentait bon la fleur de lys, quand ce n’était pas d’autres versifications ayant pour sujet la nature. Bref d’un ennui extrême. S’ils s’en serait donné la peine ces « éducateurs » auraient pu au moins nous faire découvrir des gens de lettres qui s’étaient faits une niche dans le roman d’aventures. C’est ce que fait Nathalie Ducharme spécialiste du domaine qui nous arrive avec Le roman d’aventures au Québec 1837-1900. Elle aborde les influences qui nous caractérisent, soient qu’elles proviennent de France ou bien des États-Unis. Et on apprendra que lorsque ces écrits dénonçaient des vices, c’était hypocritement le prétexte pour les évoquer et soulever l’ire du clergé, si chatouilleux pour ce qui concernait la morale. Cet essai a le grand mérite de nous apprendre un pan de notre littérature hélas passé sous silence.

Le roman d’aventures au Québec 1837-1900. Nathalie Ducharme. Presses de l’Université Laval 260p.      www.pulaval.fr

 


 


L’auteur du Silence des agneaux revient en force

Thomas Harris s’est taillé une place enviable avec son roman Le silence des agneaux qui trouvera l’adaptation à succès au grand écran. Il s’était laissé désirer un peu, puisque depuis plus de dix ans, c’était silence radio. Il n’a pas chômé pour autant puisqu’il réapparait en lion avec Cari Mora et ça va frapper fort, jugez vous-même. L’écrivain a imaginé que se terre une fortune considérable sous la villa qu’occupait le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar à Miami. En fait des lingots d’or. De quoi susciter les plus folles envies. Mais il y a un hic, un véritable cerbère en jupon garde le fort et c’est Cari Mora. Dire d’elle que c’est une femme forte de l’Évangile est en deca de la vérité. Elle a revisité le mot violence à sa manière. Mais malgré les avertissements, un sombre personnage va vouloir s’emparer de ce butin. Vous voulez de l’action ? C’est un buffet qui vous attend. L’absence d’Harris lui a été réellement profitable.

Cari Mora. Thomas Harris. Calmann Lévy 295p.    www.calmann-levy-noir.fr

 


 


Robert Galbraith alias J.K. Rowling

Saviez-vous que non contente d’être devenue plus riche que la reine d’Angleterre, J.K. Rowling qui ne peut vivre sans un crayon ou un clavier sous la main, mène une double vie en ayant créé l’écrivain Robert Galbraith. Et c’est à travers lui qu’elle s’est forgée une place en parallèle à Harry Potter, avec la création d’un duo d’enquêteur, d’abord Cormoran Strike, son limier fétiche et son assistante Robin Eliacott. Sa dernière ponte ou enquête est Blanc mortel un pavé de près de sept cent pages qui risque de vous octroyer une tendinite si vous le tenez à bout de bras. C’est l’histoire d’un garçon qui vient dévoiler au commissaire avoir été témoin de premier plan du meurtre d’un enfant. Mais à peine s’est-il avancé sur cette divulgation qu’il s’est éclipsé sans crier gare. Il n’en faut pas plus au tandem justicier de tenter de faire la lumière. Nous sommes dans le Londres cockney où il ne fait pas bon de s’aventurer avec pour seul éclairage la lueur des réverbères. Vous a-t-on dit que la dame sait écrire ? c’est un euphémisme, elle sait aussi structurer une histoire enlevante comme celle-ci. Si vous plongez avec ravissement et trouvez que c’est trop court, sachez que Dame Rowling a déjà consacré d’autres romans par le passé avec le personnage de Cormoran Strike.

Blanc mortel. Robert Galbraith. Grasset 698p.   

 


 


Une histoire intellectuelle de l’éducation au Québec

Parce que les ouvrages sur la pensée éducative au Québec sont trop peu, ce vide est maintenant comblé grâce à cet essai en collectif La pensée éducative et les intellectuels au Québec sous la direction de Denis Simard, Jean-François Cardin et Olivier Lemieux. Ce tome couvre la période allant de 1915 à 1930. Ce qu’on y lit est la résultante d’un symposium qui s’est tenu à Montréal il y a deux ans les 17 et 18 mai à l’occasion du 4ème Colloque international du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante et consacré justement à la pensée éducative au Québec. L’ouvrage qui en résulte a été dédié au regretté Paul Gérin-Lajoie le premier titulaire du Ministère de l’éducation au Québec. Dans ces chapitres on analyse la pensée de douze figures intellectuelles marquantes, dont parmi celles-ci, Guy Rocher, Fernand Dumont et Jacques Grand’Maison.   Un chapitre intéressant est celui consacré à la journaliste Judith Jasmin dont on apprendra que longtemps formée à l’école laïque, elle éprouvera une détestation profonde des éducatrices religieuses qu’elle trouvait à la fois arrogantes et ignorantes.

La pensée éducative et les intellectuels québécois. La génération 1915 -1930. Collectif. Presses de l’Université Laval 232p.     www.pulaval.com

 


 


Le blues de l’East Village par Chantal Thomas

Chantal Thomas s’est ramené à New York pour revoir l’East Village qu’elle avait connu à l’ère Andy Warhol, elle la petite française qui bredouillait son peu d’anglais. Elle a voulu voir s’il y avait encore de cette poésie d’antan. Que des bribes et encore. Sur des photos d’Allen S. Weiss elle revisite ces lieux qui l’avaient tant enchanté. Elle ne se limite pas qu’à l’East Village, elle nous amène pour une remontée dans le temps ailleurs dans la Grosse Pomme, entre autres au Bonnie and Clyde’s le bar lesbien branchée où elle pouvait satisfaire à son désir des femmes. Nostalgie quand tu nous tiens. Elle raconte bien l’effervescence qui était celle de ce monde disparu. East Village Blues ravira ceux qui ont un amour pour la métropole américaine.

East Village Blues. Chantal Thomas. Photos Allen S. Weiss. Seuil 192p. www.seuil.com

 


 


Un illustre inconnu du Dauphiné à connaître

Personne ne connaît aujourd’hui Sébastien Falquet de Planta (1770-1839) militaire et châtelain à Fontaine non loin de Grenoble. Cette figure du Dauphiné est la parfaite définition de ce qu’est un illustre inconnu. C’est grâce à Yves Jocteur Montrozier ancien conservateur en chef des bibliothèques de France que nous devons d’apprendre ce que fut cet homme d’une curiosité digne d’un homme de la Renaissance et qu’il nous est permis de connaître grâce à la volumineuse correspondance consultée par le biographe. Plus d’un millier de lettres. C’était un compulsif de l’écriture et paradoxal. On se serait attendu que ce démiurge de la plume s’intéressât à être publié. Aucunement. Épistolier c’est d’abord pour se constituer et maintenir un réseau. Ensuite il livre ses états d’âme. Car le personnage public, notamment en politique, était la contradiction même. A la fin de sa vie il y aura un tournant religieux, plutôt mystique expliqué par un fait tragique, la mort accidentelle de sa fille aînée âgée de seulement six ans. Qui déclencha chez lui un flot d’interrogations existentielles. A travers ce portrait, l’auteur souscrit à ce qu’on appelle la micro histoire, la petite histoire qui fait la grande. Il y a le sujet en lui-même et toute l’époque qu’il rend bien dans ses écrits.

Les deux visages de Sébastien Falquet de Planta. Yves Jocteur Montrosier. Presses Universitaires de Grenoble 382p.    www.pug.fr

 


 


Ascension et chute de la métallurgie en Savoie et Dauphiné

Le mémoire que nous avons entre les mains La nébuleuse métallurgique alpine (Savoie-Dauphiné fin XVIIIème fin 19ème siècle) de Pierre Judet,   est une version réduite de sa thèse d’habilitation à diriger des recherches. Reconnue haut la main par ses pairs. Et en effet, loin d’être hermétique, c’est tout un pan d’une sidérurgie régionale qui se déroule sous nos yeux et s’échelonnant sur un siècle. Le développement des transports, des techniques métallurgiques importées d’Angleterre et des idées libérales en matière économique provoqueront le déclin de cette industrie locale. Et justement au sujet de la vision locale, l’essayiste se fait fort de rappeler que des thèmes ici présentés ont des portées universelles. Bien qu’il fasse ressurgir ce qui coïncide avec l’âge d’or de la révolution industrielle, tout n’est pas totalement anéanti. On voit poindre des ateliers qui aujourd’hui se sont donné des objectifs pointus et qui connaissent une grande notoriété.

La nébuleuse métallurgique alpine (Savoie-Dauphiné fin XVIIIèm fin XIXème siècle). Pierre Judet. Presses Universitaires de Grenoble 368p.    www.pug.fr

 


 


Histoire de jouet en effet en mode 3D

Saviez-vous que depuis 1995 la saga Histoire de jouets a permis à Disney Pixar d’engranger deux milliards de dollars! Et ça n’est pas près de se terminer avec la sortie en salle de cinéma du volet 4. En attendant, voici que l’éditeur Broquet a saisi la balle au bond et devançant le grand écran, nous offre les aventures des personnages avec en tête le sympathique Woody et de surcroît en réalité augmentée. En effet on télécharge une application gratuite sur IOS et Android. Ce qui permet de scanner les pages du livres et donner vie à des animations que vous pouvez diriger!.

Histoire de jouets. L’aventure de Woody en réalité augmentée. Broquet 30p.   www.broquet.qc.ca

 


 


Le coin de la BD

Si malgré toutes les campagnes contre le tabagisme, vous n’êtes pas encore convaincus des méfaits de la cigarette, il ne vous reste qu’une chose pour vous faire une idée négative et définitive c’est de parcourir Cigarettes le dossier sans filtre du scénariste Pierre Boisserie et de l’illustrateur Stéphane Brangier chez Dargaud. Attendez voir. On n’est pas dans la BD formatée de 48 pages. Ici c’est plus de 150 pages qui ont valeur de documentaire qui décortique tout sur l’industrie du tabac. Dans le communiqué de presse qui accompagne la sortie de l’album il est rapporté que chaque seconde dans le monde, les amateurs de volutes de fumée laisse choir sur le sol 136 mille mégots qui prennent dix ans chacun à se dégrader. A lire sans réserve.

Maintenant comme on le voit, la BD fait œuvre utile en se tournant vers la forme documentaire. Une plateforme fantastique pour répandre la connaissance et de façon ludique. Un autre exemple nous est donné aux éditions de la Gouttière cette fois avec Sortir de terre. Du tandem Xavier Bétaucourt et de Jean-Luc Loyer on raconte l’implantation d’une « succursale » du Musée du Louvre, appelée maintenant le Louvre-Lens. Pour vous situer, cette antenne du Grand Louvre a été implanté à Lens, une municipalité de la sous-préfecture du Pas-de-Calais et de la région Hauts-de-France. Qui est exactement à 27 kilomètres au Sud-Ouest de Lille. Le musée a été érigé à l’emplacement où se trouvait la fosse 9 des mines de Lens. Quelle reconversion qui est maintenant un succès culturel. On vous dit tout sur la genèse de projet et des étapes de son implantation.

Cette année de 2019 marque la commémoration du 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci. Une pléthore d’ouvrages sont paru pour célébrer la mort de ce visionnaire. Mais si on veut tout connaître du quotidien du maître, laissons les comparses Burk et Zidrou nous en donner un aperçu un peu loufoque. On voit la relation de De Vinci avec son disciple. On rit énormément ce qui est déjà pas si mal. Pour la vérité historique on repassera car on elle subit ici bien des entorses. A la fin, un tout petit peu de sérieux en rappelant les inventions de cet homme qui incarna réellement ce qu’on homme un esprit de la Renaissance qui symbolise la curiosité poussée à sa limite. C’est aux éditions le Lombard sous le titre Léonard génie, vidi vinci!

Chez Dupuis, on a la manifestation concrète que les réseaux sociaux peuvent avoir du bon. Comme cette fois où la scénariste Carbone, pseudo de Bénédicte Carboneill a contacté l’illustratrice Cunha de son prénom Justine pour qu’elles puissent bosser ensemble. Ça donne cette fois Dans les yeux de Lya. Au départ l’adolescent, Lya, perd l’usage de ses jambes lors d’un accident de voiture tandis que le chauffard s’est enfui en toute lâcheté. Par après il y aura, à travers un cabinet d’avocat, une négociation qui aura pour résultat de laissé l’ignoble chauffard en toute tranquillité. Si lui est tranquille, pas sa victime, qui quatre années plus tard se fait embaucher par le fameux cabinet d’avocats. Connaissez-vous le dicton « la vengeance est un plat qui se mange froid ? »  Sauf que la fille ne l’aura pas facile. Un beau thriller.

Du côté de Dargaud le retour attendu de Boule & Bill qui fêtent leurs 60 ans! Rien de moins. Jean Roba l’auteur qui est décédé en 2006 a depuis longtemps passé le flambeau. Jean Bastide reprend le dessin avec la collaboration au scénario de Christophe Cazenove. Qui, ce dernier n’avait pas à se triturer les méninges côté inspiration. Fallait simplement montrer comment notre sympathique duo du gamin et de son canidé allait célébrer ce Bon anniversaire qui donne son titre à l’album. 

 


 


Pour percer le mystère Le Clézio

Si vous regardez à tous les âges des photos de Jean-Marie Gustave Le Cléziot on ne peut pas manquer par la beauté insolente de ce grand écrivain, de surcroît prix Nobel de littérature. Maintenant pour ce qui est de sa personnalité on demeure toujours sur sa faim car l’homme est peu loquace à moins qu’il ne défende une cause qui lui est cher, souvent de nature environnementale. Alors pour percer Le Clézio voici un portrait que lui consacre Aliette Armel qui fut pendant trois décennies de la rédaction du Magazine Littéraire et qui s’intéresse à l’intimité des auteurs car elle est aussi l’animatrice à France culture de l’émission « La compagnie des auteurs ».  Elle s’attache donc dans Le Clézio, l’homme du secret à nous livrer des pistes de compréhension de cet homme discret. Elle a eu l’occasion à de nombreuses reprises de pouvoir échanger avec lui et a eu le privilège d’assister à Stockholm à sa remise du prestigieux Nobel de littérature. C’est un portrait sous l’angle de son œuvre, les thèmes qu’il chérit. Ça permet de le découvrir un peu plus de l’intérieur. En tout cas, l’essayiste a réussi une chose, nous donner le goût de nous précipiter sur un de ses livres.

Le Clézio, l’homme du secret. Aliette Armel. Le passeur 154p.  
www.lepasseur-editeur.com

 


 


Attachant Alfréd

Son prénom on aura remarqué, n’est pas Alfred mais Alfréd avec un accent aigu sur la lettre e. Il n’y a pas que ça qui distingue le petit bonhomme si sympathique. C’est qu’il adore le savoir et rien n’est plus beau pour lui que de se plonger dans un livre. Imaginez quand sa maman toujours un peu bourré, s’est saignée pour lui acheter une encyclopédie en vingt-quatre tomes. Il est si attachant que celle qui l’a mis au monde l’écrivaine bretonne Maude Mihami lui consacre un deuxième tome après elui des « Dix vœux d’Alfréd », Les amours d’Alfréd. C’est que Cupidon lui a décoché une flèche. Et qui est l’objet de tous ses amours…la nouvelle institutrice, Mademoiselle Annie! Et il n’est pas le seul à être tombé sous le charme, tout le petit bled de Camboudin en Bretagne l’est aussi. C’est un roman mignon comme tout qui a l’esprit de Clochemerle. Et qui ravive ce goût pour la douce France que chantait Trenet. Surtout qu’on est ici en 1970, où il y avait encore des lendemains qui chantent.

Les amours d’Alfréd. Maude Mihami. Nil 252p.   

 


 


Steven Guilbeault juge l’intelligence artificielle

Le chantre de l’écologie et cofondateur de l’organisme Équiterre, Steven Guilbeault et, a-t-on appris ces jours-ci candidat libéral fédéral dans le comté de Laurier Sainte-Marie, a trouvé le temps de coucher sur papier, ses réflexions sur l’intelligence artificielle, le sujet tendance s’il en est. D’entrée de jeu il reconnaît ne pas présenter une étude approfondie. Il jette simplement les bases de sa pensée à ce propos qu’il a divisé en trois volets qui donne le titre à son essai Le bon, la brute et le truand. Premier volet son adhésion à ce qu’il y a de positif dans cette technologie de pointe. Il en reconnaît amplement les mérites. Second volet, ce qu’il y a de négatif concernant l’IA dont notamment la domination des like qui a bouleversé pas mal de choses dont le journalisme. Il s’inquiète de ce que nous passons trop de temps sur notre portable à vérifier ce qu’on dit de soi et l’inverse. Enfin un subtil mélange des deux premiers volets dans le truand où il demande que l’on encadre l’IA pour ne pas se laisser dominer par elle, en même temps qu’il sait la grande capacité de l’être humain à s’adapter. A lire pour quiconque ignore les enjeux actuels du domaine et qui veut se faire une idée plus juste du monde qui nous attend.

Le bon, la brute et le truand. Steven Guilbeault. Druide 166p.    www.editionsdruide.com

 


 


Pas pressée de retrouver la disparue

Ce qu’il y a de bien avec Chrystine Brouillet c’est qu’elle ne se contente pas de broder un bon polar. Elle en profite toujours pour explorer plus avant les tréfonds pas toujours édifiants de l’homo sapiens. Comme dans ce qui fait la trame de Dans son ombre son dernier opus. Où on se retrouve devant la disparition d’une adolescente, fille d’un politicien. Et quand des confrères de l’enquêteuse fétiche Maud Graham, iront à la rencontre de la famille, ils sortiront étonnés de cette rencontre avec le sentiment qu’on ne montre pas trop d’empressement de la retrouver. Avec un tel matériau psychologique, la romancière nourrit très bien son imaginaire et nous mène de révélation en révélations. Une variation réussie des squelettes dans le placard. Les accros de dame Brouillet trouveront leur contentement, les autres qui n’ont jamais lu une ligne d’elle ont de quoi rattraper leur retard et de vérifier pourquoi elle domine dans notre monde des lettres.

Dans son ombre. Chrystine Brouillet. Druide 358p.    www.editionsdruide.com

 


 


Une fille boute-en-train et le croque-mort, c’est l’amour

Un premier roman est comme une naissance, quelque chose d’émouvant. Et Julie Léal fait une très bonne impression comme sujet d’entrée en littérature avec une histoire déjantée au possible, la rencontre d’un jeune croque-mort avec une fille pétillante de vie. Et vous avez Vivre tout simplement, qui est un hymne à la vie. Antonin jeune trentenaire dirige sa propre firme funéraire. Un jour il voit débarquer Camille. Plus vivante que ça…tu meurs. Et lui qui s’ennuie un peu voit cette fille comme une apparition. Elle va littéralement chambouler son existence comme seule une femme le peut. Décidément Cupidon n’est pas regardant sur le choix de ces cibles. Le ton est donné par le croque-mort qui nous fait partager à la première personne tout ce qui se passe dans son existence. C’est un livre drôle, bien ficelée. Chapeau l’écrivaine, la Léal est à suivre.

Vivre tout simplement. Julie Léla. Éditions Anne Carrière173p.    www.anne-carriere.fr

 


 


Le coin santé physique et psychique

Un seul titre cette semaine. Mais quel bouquin! Même les mouches suivent les saisons qui annonce la couleur. Un roman initiatique de Marc Ducasse qui n’a pas eu une existence facile. Pour tout résumer, un jour tout s’est écroulé autour de lui, perdant tout : entreprise, maison, famille. Il sera frappé deux ans durant par une sévère dépression et on le comprend. Puis il s’est ressaisit à soixante ans, prenant désormais une nouvelle vie en main qui le conduira l’année suivante à la sortie de ce livre qui nous fait voir deux jeunes hommes, Lucas et Michaël, qui se posent mille questions métaphysiques comme cela se produit naturellement. Et leur route va croiser celle d’un sage. Qui agira tel un mentor, leur révélant plein de choses sur la gouvernance en ce bas monde. Ceux qui aiment ce type de littérature seront purement ravis.

Même les mouches suivent les saisons. Marc Ducasse. Dauphin Blanc 198p.   www.dauphinblanc.com

 


 


Les mirages de la gloire numérique

La littérature a ceci de bien, voire d’utile, quand elle devient le miroir de notre époque. Et l’ère numérique commence à porter ses fruits. Ainsi Nora Sandor qui dans Licorne met à l’avant-plan une jeune fille âgée de vingt ans, Maëlla, qui s’ennuie partout, tant dans ses cours universitaires ou à son petit boulot de caissière. Seul la fait décoller un rappeur sur le web. Et voilà que tout à coup, la jeune femme a des velléités de célébrité. Elle veut elle aussi occuper le champ du web. Son « rêve » deviendra réalité quand elle remportera un concours organisé par l’entourage du rappeur en question. Le prix ? Participer au clip de l’artiste. Avec pour conséquence que du jour au lendemain elle va enfin exister aux yeux du monde, et son site sera envahi de pouces en l’air et quoi en encore. Mais ce serait trop beau. Il y aura un prix à payer, et la voilà qui devient une victime. La fin du roman ce sera sa reprise en main. C’est un roman certes mais qui a valeur de documentaire, tellement il calque la réalité virtuelle avec tout son cortège de désillusions. Nous avons proprement adoré.

Licorne. Nora Sandor. Gallimard 212p.   

 


 


L’amour de J.M.G. Le Clézio pour la Chine

Si vous ne le saviez pas encore, J.M.G. Le Clézio prix Nobel de littérature qui vient d’entrer dans le club des octogénaires, vous une passion indéfectible pour la culture chinoise. Il ira d’ailleurs dans ce pays continent pour la première fois en 1966 et son œuvre est maintenant accessible aux chinois depuis 1983. Un lien s’est donc forgé, renforcé par des causeries qu’il est allé donner là bas. Nous avons Quinze causeries en Chine éditées par Gallimard où il explique d’où vient cette fascination en même temps qu’il en profite pour livrer un vibrant plaidoyer sur la lecture et la nécessité de voyager pour s’ouvrir au monde. En prenant connaissance de ces textes on se rend compte de l’universalité de l’écrivain et de sa vaste culture générale. Ses auditoires ont hautement apprécié et pour cause.

Quinze causeries en Chine. Aventure poétique et échanges littéraires. J.M.G. Le Clézio. Gallimard 203p.  

 


 


Un tombeau sur une suicidée notoire

Evelyn Francis McHale (1923-1947) ne laissera à la postérité que son illustre suicide commis le 1er mai 1947 alors qu’elle se jeta du 86ème étage de l’Empire State Building. Pour l’anecdote, son corps atterrit fracassé sur une limousine tout en bas, mais le visage demeura intact. Ce qui inspira Andy Warhol. Elle aura laissé une note à son fiancé dont voici un extrait bien connu "Je ne veux pas que quelqu’un de ma famille ou moi-même voie une partie de moi. Pourriez-vous détruire mon corps par crémation? Je vous en prie, vous et ma famille, ne me donnez aucun service ou souvenir. Mon fiancé m’a demandé de l’épouser en juin. Je ne pense pas que je ferais une bonne épouse pour qui que ce soit. Il est beaucoup mieux sans moi. Dites à mon père, que je ressemble trop à ma mère" Nadia Busato a trouvé là toute la matière à un roman, nommé comme tel, mais qui ressemble plus à ce qu’on appelait à l’époque baroque, un tombeau, c’est-à-dire une œuvre hommage. Dans ces chapitres elle part de la vérité des faits pour imaginer ce que fut cette vie. Comme une sorte de biographie-fiction. Et la dernière phrase de la note funeste « dites à mon père que je ressemble trop à ma mère » est le point de départ de ce texte, qui bien qu’imaginé, semble coller au plus près de la personne de son sujet et qui explique ce qui l’a mené à ce geste fatal. On ne sort pas indemne de cette lecture qui nous renvoie à notre propre fragilité.

Je ne ferai une bonne épouse pour personne. Nadia Busato. Quai Voltaire 264p.    www.editionstableronde.fr

 


 


Réédition d’un classique du féminisme

Il y a 55 ans était lancé un livre-pamphlet qui eu l’effet d’une bombe La femme mystifiée de la journaliste américaine Betty Friedan. Et pour la petite histoire, c’est Yvette Roudy qui assura la traduction française, elle qui rejoindra plus tard le cabinet de François Mitterand. C’est son mentor dans l’édition Colette Audry qui permit que ce classique de la littérature de la littérature féministe soit mis à la portée du lectorat francophone. Le voici réédité après toutes ces années. Madame Friedan débute ses pages en rappelant ce que fut la vie morne de femmes pourtant de haute élévation, mais qui était réduite à la portion congrue de « reine du foyer » s’ennuyant presque jusqu’à la mortification, du moins s’en rendre malade. Tout cela pour cause de grandes frustrations. Pourquoi ce titre ? C’est qu’on convenait que malheureusement, la femme vit trop encore dans le regard de l’homme, mystifiée par lui. A la lecture vous mesurerez les progrès réels ou non depuis la parution de ce livre dont la traductrice dit qu’il a changé la vie des femmes. C’est un beau cours d’histoire en tout cas qui permet de mesurer le chemin parcouru et les luttes qui ont été celles de ces suffragettes.

La femme mystifiée. Betty Friedan. Belfond 556p.     www.belfond.fr

 


 


Il était une fois la reine du Tupperware

J.M.R. Martin est un tel touche à tout, allant de musicien, photographe, cinéma et quoi encore. La liste de ses centres d’intérêt pourrait occuper toute une chronique à elle seule. Retenons pour le moment qu’il se fait biographe et pas de n’importe qui, rien de moins que Maria Meriano la reine du Tupperware. Il raconte l’exil italien de la famille qui vient émigrer à Montréal. L’histoire classique de petites gens, braves, honnêtes, surtout très travailleurs qui finiront par se faire une place dans le « rêve américain ». Mais c’est sans compter l’ambition dévorante de la petite Maria qui est une vendeuse née et qui a seize ans, aura vendu son premier mille dollars. Elle va devenir un pilier de l’empire Tupperware avec maintenant un chiffre d’affaires qui dépasse vingt millions de dollars annuellement. Comment y est t’elle parvenue, par le travail effréné d’abord mais servi par tout un caractère! Maria n’a pas la langue dans la poche et le mot « fuck » fait partie de son vocabulaire coloré. Elle l’italienne, va même prendre un musulman comme époux! C’est une lecture inspirante pour quiconque veut se lancer en affaires.

D’immigrante à millionnaire. Maria Meriano, la reine du Tupperware. J.M. R. Martin. Éditions de l’Apothéose 403p.     www.leseditionsdelapotheose.com

 


 


Le tombeau de Jean-Marie Rouart sur Jean d’Ormesson

A l’époque des Lumières une œuvre en musique dite « tombeau » était un hommage rendu à un disparu. C’est ce qui se compare à ce que Jean-Marie Rouart a fait avec son Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson dans cette renommée collection chez Plon. On sait que les deux appartiennent à l’Académie française. Rouart résume le regretté disparu e ami comme quelqu’un pour qui la littérature était son pays, sa religion. Bâti comme l’est un dictionnaire, l’auteur s’attache à des thèmes chers à son sujet. On apprend que ça n’a pas toujours été l’amour entre d’Ormesson patron du Figaro et Bernard Pivot qu’il poussa à la démission. Ils eurent par la suite bien des occasions de se réconcilier. Que contrairement à ce qu’on pense, il n’était pas un mondain. Si, dans sa jeunesse, mais il croyait qu’il en avait fait le tour et accompagnait parfois sa femme Françoise qui y tenait encore. Avec cette lecture vous avez un portrait très complet de cet écrivain qui était à la fois un personnage qui avait dit qu’il avait traversé la vie en première classe. Tout un programme.

Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson. Jean-Marie Rouart. Plon 452p.   www.plon.fr

 


 


Comment trouver son identité dans le New York des sixties

Catherine Bardon qui a fait précédemment sa marque avec « Les déracinés » poursuit sa thématique identitaire avec L’américaine. C’est une femme, Ruth, qui est d’origine dominicaine, métisse, avec du sang autrichien, juif et qui deviendra américaine par adoption. En effet, elle qui passa sa jeunesse dorée au bord de la mer, devra quitter en raison de la dictature de Trujillo. Elle prendra la direction de la Grosse Pomme. Tout un déracinement. Et la protagoniste nous raconte à la première personne ses premiers pas dans la métropole américaine qui connaît un tourbillon quel que peu révolutionnaire. On en arrivera bientôt à la contestation de la conscription pour la guerre du Vietnam. Si l’écrivaine a choisi de situer son « héroïne » en République dominicaine, c’est qu’elle craque pour ce pays. Pour revenir à l’aventure newyorkaise, elle a dû se documenter passablement pour restituer comme elle le fait, l’ambiance qui régnait dans les sixties à cette époque. C’est comme si on y était. Un très bel exercice de style qui nous permet de vérifier en même temps l’évolution sociale réalisée depuis ce temps.

L’américaine. Catherine Bardon. Les escales 465p.   www.lesescales.fr

 


 


Sur les scandales de l’Église de France

Sur une suggestion d’un proche qui lui fit part que ce serait le temps qu’une historienne analyse le scandale dans l’Église catholique plutôt que ce ne soit livrée qu’aux médias, qu’Anne Philibert s’est mise à la rédaction Des prêtres et des scandales. Avec en sous-titre « Dans l’Église de France du Concile de Trente aux lendemains du concile Vatican II ».  Elle a craint un peu qu’elle ne provoque elle-même le scandale se rappelant que Jésus a dit à sa façon « malheur par qui le scandale arrive ». Mais elle avait en tête cette indication du journaliste Jean-François Revel qui suggérait qu’il ne fallait écrire un peu comme si ça n’allait jamais être publié. A l’index on s’étonnera de ne pas voir la mention du cardinal Jean Danéliou, mort dans la chambre d’une prostituée et qui fit grand bruit. Mais elle prend bien soin qu’elle n’avait pas d’une part l’espace pour tout raconter. Elle s’est donc contentée de cas de figures qui donnent bien le rapport de l’Église avec le scandale sexuel. Et il y a des histoires incroyables, comme ce prêtre qui au XIXème siècle pratiqua sur une dévote de dix-huit ans des cas de mortification qui s’apparentèrent à de la torture et qui provoquèrent sa mort. Puis l’abbé Marc Oraison qui dans un livre s’en prit à cette culture récurrente du péché dans l’Église contre la sexualité. Et qui convoqué au Saint-Office à Rome se fit dire par le cardinal Pizzardo que le meilleur moyen pour préserver l’abstinence chez les prêtres était de rappeler les feux de l’Enfer et de manger…des pâtes et des féculents. Le livre fut bine sûr mis à l’Index, jugé trop libertaire. Ah quelle Église catholique!

Des prêtres et des scandales. Anne Philibert. Cerf 461p.    www.editionsducerf.fer

 


 


Sartre et la psychanalyse consciente

Jean-Paul Sartre l’existentialiste, reprochait à Freud son insistance sur l’inconscient, auquel il opposait lui, la psychanalyse axée sur la conscience. Professeur à l’Université de Chicago, Raoul Moati a été invité à faire une intervention à la la Sorbonne en 2015, portant sur l’Être et le Néant. Et de là lui est venu de plancher sur la psychanalyse sartrienne, dont on dit qu’il était à ce chapitre le disciple de Husserl et de Heidegger. Une notice promotionnelle en marge de la sortie de cet essai résume très bien l’idée de départ de cette réflexion « Sartre démontre comment l'homme est dans le monde et n'est pas enfermé dans son esprit. Il doit s'y fonder en tant que personne unique. Ce mystère en pleine lumière implique l'élaboration d'une discipline complémentaire à la phénoménologie, ici décrite, capable de cerner l'homme dans la singularité de son projet dans le monde, que Sartre nomme psychanalyse existentielle. »  C’est une lecture exigeante où chaque phrase doit être lue lentement pour en tirer toute la substance de la pensée. Cet exercice intellectuel s’est donné pour objectif de place le mystère sartrien en pleine lumière.

 


 


Croquer les coulisses de Chanel

Aux esprits chagrins qui condamnent le monde de la mode le jugeant superficiel, auront tout intérêt à s’emparer de cet album révélateur Dans les coulisses de Chanel. Grâce à la journaliste Laetitia Cénac et l’illustrateur Jean-Philippe Delhomme on assiste à la création d’une collection de A à Z, du casting des mannequins qui défileront sous l’œil inquisiteur de Karl Lagerfeld qui nous a hélas quitté depuis pour un monde meilleur. C’est un grand reportage qui nous est offert détaillant par le menu tous les collaborateurs requis et les étapes. C’est un travail exigeant au possible, de fourmis pour reprendre l’analogie qui fait clichée. Car comme nous sommes dans l’univers du luxe, c’est à la perfection que l’on doit atteindre car le monde entier vous observe. Mais dans la constellation des ateliers Chanel l’épicentre demeure Lagerfeld, homme d’érudition comme le rappelleront de proches collaborateurs et étonnamment facile à travailler, en autant que vous partagiez son univers d’excellence. Un créateur qui à deux heures du matin pouvait aussi bien vous parler à deux heures du matin des amours chez les Valois que d’un coucher de soleil sur la Baltique. Les éditions de La Martinière ont conçu en sorte un album hommage au disparu qui n’aurait pas déplu au défunt, tant on a investi dans la qualité graphique de l’ouvrage. Après consultation, on ne pourra plus dire que la mode c’est quelque chose de futile. Ce livre est un sérieux démenti en même temps qu’une merveilleuse vitrine pour la maison de couture de la rue Cambon.

Dans les coulisses de Chanel. Laetitia Cénac et Jean-Philippe Delhomme. Éditions de La Martinière 239p.    wwweditionsdelamartiniere.fr

 






 


Le coin de la BD

Sur France Inter on a craqué et avec raison pour Le retour à la terre qui est le tome 6 des Métamorphoses du duo Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet chez Dargaud. C’est que la smala qu’on y voit a des préoccupations très de notre temps, où chacun à divers degrés est accro à internet. Soudainement, coup de semonce, l’éditeur-adjoint annonce à son petit monde qu’il part dans les Ravenelles avec son arc dans un désir de revenir à la vie sauvage. Il se veut le Robin des Bois de l’ère numérique. On rit beaucoup, ce qui est très salutaire comme on sait et qi est le plus beau compliment à faire à l’album.

Chez Le Lombard on retrouve Irons l’ingénieur intrépide, créature sortie de l’imagination de Luc Brahy et Tristan Roulot. Le gars est carrément un sociopathe, qui fuit le genre humain. Quand il doit interagir avec quelqu’un, disons que ce n’est pas le gars le plus chaleureux du monde. Mais Jack Irons est respecté pour une chose, un spécialiste hors norme, capable de venir à bout des pires situations. Et il va sans présenter une sur le pont de Sinkis en Indonésie. Ça fait dix ans que les ouvriers travaillent dessus, mais ils font tout de travers. A croire qu’on fait exprès. Pour activer sa réalisation on fait appel à notre homme. Il va se trouver au cœur de bien des intrigues, dont des individus qui voudront sa peau. Tout un contrat. L’album tome 2 a pour titre Les sables de Sinkis.

Retour à l’éditeur Dargaud qui nous offre La belle endormie, dessin et scénario de Karina. C’est un conte en quelque sorte qui s’inspire de La Belle au bois dormant, où Oxana Ravenel revient d’un sommeil long de cent ans. Avant de s’endormir si longtemps, elle était une danseuse qui devait interpréter le conte précité. A son réveil ce désir de danse est toujours bien présent, mais on veut lui faire obstacle. En plus, le médaillon qu’elle porte au cou, suscite la convoitise. On verra pourquoi. C’est le monde de la danse qui est mis de l’avant avec son côté onirique et son revers.

 




 


Le coin santé physique et psychique

Il y a tellement de matière dans Nous sommes engendrés avant le temps du prêtre Pierre Larivière qui est pasteur à la paroisse Sainte-Trinité de Rouyn-Noranda qu’il est difficile de dégager le thème central. Dans cette profession de Foi, car c’en est une, publiée aux Presses de l’Université Laval, l’homme de Dieu essaie de donner une figure de Jésus. C’est le personnage qui revient le plus souvent dans ces pages. L’auteur, à partir de l’enseignement laissé par son passage et par d’autres qui ont commenté sa mission divine, veut nous mettre en tête que l’on s’est souvent donné une image préfabriquée du Fils de Dieu, et le but qu’il s’est donné en écrivant ce bouquin dense, c’est de donner du sens au passage terrestre et à l’après.

Aux éditions Broquet la psychologue Geneviève Pelletier signe Les peurs et l’anxiété chez l’enfant. Comme nous disait un proche de la rédaction l’autre jour, les enfants ne sont pas fous et ressentent des choses. Ainsi cette personne, de nous raconter qu’aussi peu que l’âge de cinq ans, ils percevaient les tensions chez ses parents concernant leurs problèmes d’argent. Pour d’autres petits la crainte sera exprimée de diverses façons. On pourrait vitement résumer en disant qu’il y a autant de formes de peurs et d’anxiété qu’il y a d’enfants. L’auteure répertorie les symptômes et, forte de son expertise sur le terrain, apporte des solutions appropriées pour chaque cas.

Voici un petit livre ludique au possible de Guido Ceronetti (1927-2018) écrivain et marionnettiste qui ayant franchi le cap des quatre vingt-dix ans s’inquiéta un peu de notre mémoire et aussi un peu de la sienne. Celui qui fut introduit en France par Cioran, se mit alors en tête de rédiger Pour ne pas oublier la mémoire. Une série de recommandations, rien de scientifique rassurez-vous, ou astreignant. Juste des suggestions de choses à retenir pour entretenir la mémoire. Bref, un petit livre charmant de « musculature » mnémotechnique. C’est aux éditions du Cerf.

A Agen en France existe l’Association Docteurs Bru qui s’est donnée comme vocation de venir en aide à des jeunes filles victimes d’inceste. Deux des membres la psychologue Soraya De Moura Freire et le psychiatre Luc Massardier ont rédigé Femme et mère après l’inceste pour bien signifier l’étendue des dommages chez la victime. Car comme on l’écrit en préface, c’est un crime identitaire car « il attaque et détruit des fondamentaux pour un enfant. » C’est un meurtre de l’âme, meurtre des liens, meurtre de soi, meurtre du corps. On l’aura compris, une démolition totale. Et chez les filles, une fois devenues jeunes femmes, il y a ce besoin de donner naissance pour combler ce désastre. Avec tout ce que cela peut avoir de conséquences, heureuses ou désastreuses, c’est selon. CE livre publié aux éditions Érès, a le grand mérite de donner la mesure dramatique de ce qu’est l’inceste, un crime résolument pas comme les autres.

C’est une BD mais le contenu est plus fort que le contenant. En effet Le burn-out de la sociologue Danièle Linhart et de l’illustratrice Zoé Thouron chez Le Lombard, est le véhicule qu’elles ont trouvé pour véhiculer tout ce qu’il y a à savoir sur ce syndrome qui peut conduire à la détresse et même dans des cas extrêmes pousser au suicide. Comme on l’a vu chez France Télécom où d’anciens dirigeants sont au tribunal, accusés d’avoir acculé des employés à la mort. D’ailleurs Mme Linhart s’est faite une spécialité sur la psychologie managériale actuelle qui posse toujours à la performance au mépris de la personne. Et dire qu’on nous annonçait en trompettes jadis la venue de la société des loisirs. Vous aimerez énormément la forme employée pour faire passer le message de faire attention à soi.

 


 


L’État Mississipi de l’intérieur avec un sacré guide

Normalement en termes de récits de voyages on aime bien les endroits bucoliques qui donnent lieu par exemple à un titre à succès comme « Une année en Provence ». Mais qui diable à part un cinglé d’anglais comme Richard Grant aurait l’idée d’aller nicher dans le sud profond du Mississipi, l’état le plus pauvre des États-Unis, avec 70% d’afros américains, et qui cumule le pire de tout ce que vous pouvez trouver comme statistiques. Eh bien, notre gars s’est donné comme mission de réhabiliter ce coin de pays. Et pour cela il s’achètera une ancienne maison de maître de plantation, qu’il croyait devoir débourser pour plus de quatre cent mille dollars, mais qui s’affichait à cent quarante mille. Et là, alors que le plus proche voisin est à cinq kilomètres et le supermarché à quarante, il va trouver de quoi nourrir perpétuellement sa curiosité. Et en remarquable conteur ça donne un livre magnifique Les poissons-chats du Mississipi. Et son bled, ça ne s’invente pas se nomme Pluto, dans le comté de Holmes, le plus appauvri de l’État. Mais il y a là une richesse de gens et du côté de la faune, exceptionnelle. A mettre en priorité au-dessus de votre liste d’achats de livres. Sinon vous passer à côté d’un trésor.

Les poissons-chats du Missisissipi. Richard Grant. Hoebeke 328p.   www.hoebeke.fr

 

 


 


Deux jeunots de La Presse à la découverte des îles du Saint-Laurent

En roulant le long du fleuve Saint-Laurent on les aperçoit ces îles au milieu de ce long cours d’eau. Et on se demande parfois, si elles sont habitées ou non. Si oui par qui. Qu’y trouve-t-on ? Bref, les réponses sont toutes trouvées dans ce bel album Le Saint-Laurent d’île en île une idée magnifique issue de la tête de deux « jeunes » de la rédaction de La Presse, le journaliste Philippe Teisceira-Lessard qui est un peu généraliste. Et très bon de surcroît car son travail a été récompensé par le Grand Prix Judith-Jasmin en 2017 et le photographe Olivier Pontbriand récipiendaire trois fois de suite du prix Antoine-Desilets. Le sous-titre « rencontres et paysages » donne bien les deux thèmes qu’ils voulaient exploiter. C’est une mine de renseignements comme pour l’île d’Entrée, aux Îles-de-la-Madeleine qu’ils sont appelé l’île sans enfants, car effectivement il n’y en a pas. Seule une poignée d’individus, pour la plupart anglophones. Puis l’île aux Grues où les enfants, car il y en a, vont à l’école en avion! Pour chaque île, une mini fiche signalétique. Mais surtout des photos qui valent bien mille mots et un peu plus. Comme quoi on n’en a jamais fini de découvrir cette province immense et ces trésors comme ceux qui peuplent les pages de ce beau livre.

Le Saint-Laurent d’île en île. Philippe Teiscera-Lessard et Olivier Pontbriand. Les éditions La Presse 250p.     www.editionslapresse.ca

 

 


 


50 années de recherches archéologiques sur le Québec

Heureusement que pour compenser le piètre enseignement de notre histoire du Québec dans nos écoles, qu’il y a de beaux ouvrages, voire superbe comme Terre archéologie du Québec un travail en collectif, sous la direction de Anne-Marie Balac, Christian Roy et Roland Tremblay, dont parmi les collaborations on trouve le Musée de Pointe-à-Callière. Un travail de maître qui frise l’érudition mais à la porté de tous. Avec une iconographie très riche qui nous aide à comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres. Car habituellement dans les cours d’histoire s’ils s’en trouvent on va se contenter d’une énumération de dates à commencer par la découverte du pays par Jacques-Cartier jusqu’à la Confédération, parfois un peu plus si on a le temps. Dans le cas qui nous occupe c’est qu’à partir des artefacts, nos scientifiques nous montrent comment nos premiers habitants et découvreurs savaient exploiter les ressources infinies de la nature pour assurer leur survie. Par exemple avez-vous entendu parler de la jusquiame noire ? C’était une plante guérisseuse ou ce qu’est la taphonomie, qui est la science de la connaissance de processus de formation des sites. Tout ce qui se trouve dans ces chapitres, est un tribut à la civilisation québécoise depuis l’origine des temps. Un cadeau on ne peut plus judicieux à offrir aux amoureux du Québec. Et félicitations à la maison d’édition qui a mis un soin jaloux à la présentation graphique.

Terre archéologie du Québec. L’empreinte humaine. Collectif. Les éditions de L’Homme 200p.    

 

 


 


Sur les marrons des Antilles et une refondation du Canada

Au Presses de l’Université Laval nous parvient trois essais qui intéresseront chacun dans leur sphère, bon nombre de lecteurs. Commençons par Corina Crainic avec  Martinique, Guadeloupe, Amériques des marrons, du gouffre et de la Réunion. Les marrons en passant c’est  ainsi que l’on nommait les esclaves des Antilles. D’entrée de jeu c’est la question identitaire des Martiniquais et des Guadeloupéens, qui figure, au cœur de ce bouquin, liens avec la France ou l’américanité. C’est ce que l’auteure explore à travers des passages d’œuvres d’écrivains antillais. Et cette identité demeure on va le voir une affaire très complexe. Ça pourrait sembler loin de nos préoccupations québécoises, mais on se fait fort de nous dire que ça peut nous interpeler nous-mêmes qui se définissons au plan identitaire, surtout collés que nous sommes sur les États-Unis qui colonisent ne serait-ce que par l’attrait que les USA exercent de par leur culture.

Et fort de la dernière ligne précédente sur le thème de l’identité, un peu de prospective cette fois en prenant la question du Canada. Un collectif sous la direction de Félix Mathieu et Dave Guénette présente Ré-imaginer le Canada vers un état multinational ? Ré-imaginer le Canada sur des bases plus hospitalières à l’égard de tous les partenaires de l’association politique, voici le chantier sur le lequel s’est attelé un aréopage de chercheurs qui proviennent tant du droit constitutionnel que de la science politique. On trouvera un chapitre qui nous intéressera au premier chef, nous les québécois et c’est signé Gérard Bouchard qui a pour titre « L’interculturalisme québécois et le multiculturalisme canadien ». Et pour appuyer son propos il puise dans des exemples en France, en Belgique et en Angleterre. Le tout accompagné d’une bibliographie exhaustive qui permettra au lecteur d’aller plus loin si bon lui semble et d’approfondir sa réflexion.

Enfin Ariane Godbout conseillère pédagogique à l’Assemblée nationale du Québec nous arrive avec un sujet pointu La mémoire rompue qui traite des défis de la coexistence confessionnelle au consulat lyonnais de 1563-1567. Ce pourrait sembler bien loin de nos préoccupations présentes. Eh bien non car il traite de la coexistence confessionnelle. N’éprouvons-nous pas de la difficulté avec le vivre ensemble de la communauté musulmane ? C’était la même chose à Lyon en ces années où d’abord les protestants menèrent une guerre sans merci aux catholiques, ces derniers fuyant la ville en nombre. Puis la royauté tenta de pacifier les deux clans confessionnels, notamment au conseil municipal. Un peu plus et on finirait par penser que rien ne change sous le soleil.

 

 


 


Un maître de l’horreur canadien à ne rater sous aucun prétexte

Il a pour nom David Demchuk est né à Winnipeg et vit à Toronto. Il s’est fait remarquer dans le créneau du roman noir et ses pairs lui ont déjà décerné moult prix en reconnaissance de son talent évident. Et la preuve nous en est donnée. avec L’usine de porcelaine Grazyn. Il a bâti son histoire autour d’une usine de porcelaine celle de Grazyn qui doit entre autres sa grande réputation pour la beauté de ses dés à coudre. L’usine est située à la lisière de l’Ukraine et de la Roumanie. Nous sommes au temps de la terreur stalinienne. Chaque chapitre est représenté par un personnage qui s’adresse à la première personne au lecteur, racontant un pan de sa culture, ses mythes et surtout ses misères. Car si vous êtes du genre passéiste, à vous dire que c’était mieux avant, nous vous invitons à revoir vos positions. Car on la joue dure dans cette portion territoriale qui baigne entre l’univers slave des ukrainiens et latin des roumains. A la lecture on comprend pourquoi l’écrivain récolte ce qu’il a semé. C’est qu’il a réussi à vampiriser l’âme de toux ceux qu’il présente, avec une variété de sentiments qui montre sa palette émotionnelle.

L’usine de porcelaine Grazyn. David Demchuk. Hashtag éditions 213p.     www.editionshashtag.com

 

 


 


Début d’une saga à l’époque mérovingienne

Dans le roman historique assez rare que l’on s’aventure assez loin dans le passé, notamment l’époque mérovingienne. Sans doute parce que pour étoffer une histoire fait-il encore connaître à fond la période que l’on décrit. Ce qui n’est pas ce qui a arrêté Éric Fouassier qui entame une trilogie remontant au temps de Clovis, une saga qui a pour titre Les francs royaumes et dont nous avons le premier titre Par eux fois tu mourras. Le tout débute par la découverte de l’épouse de Chilpéric l’un des trois petits-fils de Clovis. Comment et qui se chargeait alors des régicides ou qui s’en approche ? Le mandat d’élucider l’affaire est confiée à un gallo-romain nommé Arsenius Pontus qui va être confronté à des découvertes en terme de luttes de pouvoir. Dès les premières lignes le « la » est donné comme à l’orchestre et le premier mouvement s’engage. On demeure captif du début à la fin. Vite le tome deux Monsieur Fouassier.

Par deux fois tu mourras. Éric Fouassier. JC Lattès 492p.   
www.editions-jclattes.fr

 

 


 


Huis clos effrayant entre un père et un prêtre violeur

Dans la foulée des dénonciations des crimes de pédophilie au sein de l’Église catholique, voici un roman coup de poing qui a tout du documentaire. Il s’agit de Mon père de Grégoire Delacourt. C’est un père, Édouard, qui apprend avec horreur que son fils Benjamin a été violé par un prêtre. Le paternel hors de lui ira à l’encontre de cet homme de Dieu et va s’engager alors un effrayant huis clos. En même temps l’auteur en profite pour décortiquer une culture sexuelle dans la sainte église catholique romaine. C’est un texte assez court mais pas besoin d’en rajouter. Chaque ligne fait du rentre dedans. Pour ceux qui sont prêts à des indulgences envers l’Église catholique, vont perdre toutes leurs illusions.  

Mon père. Grégoire Delacourt. JC Lattès 220p.    www.editions-jclattes.fr

 

 


 


Vous pensiez connaître les animaux ? Attendez voir

A l’heure où on nous sensibilise sur la protection des espèces, voici un ouvrage magistral du biologiste Karsten Brensing qui nous emmène faire un tour de la nature comme vous ne l’avez jamais soupçonné. Même les accros de l’émission Découvertes à Radio-Canada ne seront pas au bout de leurs surprises à la lecture de Le mystère des animaux. Le sous-titre est tout un programme « ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent ». Sans aller jusqu’à humaniser les bêtes, on se rend compte qu’ils ne sont pas si loin de nous. Que bien des représentants du règne animal par exemple, aiment bien se geler la binette en faisant bombances de fruits en décomposition qui produisent un alcool. On étudie même des ours qui auraient un attrait aux vapeurs de kérosène! Ailleurs ce sont des perroquets qui gobent un peu de terre qui leur sert de protection contre les intoxications. Que les baleines ajoutent régulièrement de nouveaux chants pour se communiquer entre elles. Et là, surprise parmi les surprises, des orangs-outans qui savent quoi faire avec des sex toys!

Le mystère des animaux. Karsten Brensing. Marabout 411p. www.marabout.com

 

 


 


Elle est Mélodie, lui Jean-Baptiste

Dominique Demers entreprend sa quête des émotions adolescentes avec son dernier opus L’albatros et la mésange. Qui met en scène deux ados qui ont tous deux dix-sept ans, l’âge de tous les possibles. Le moment où on commence à sortir de la jeunesse, mais pas encore tout à fait adulte. D’où des turbulences annoncées. Si tout les différencient côté caractère, ils ont en commun de tenir les études en haute estime. Mais si l’intellect ne pose pas de questions, les émotions peuvent aller dans bien des directions. Chaque chapitre donne la voie à chacun des protagonistes. Et encore une fois, la force de l’écrivaine est d’investir ce qui se passe dans la tête des adolescents. Comme si elle n’avait jamais oubliée sa propre adolescence. Et ce qui explique pourquoi les ados ont toujours adhéré à son écriture. Et ce bouquin s’inscrit dans cette continuité.

L’albatros et la mésange. Dominique Demers. Québec Amérique 394p.     www.quebec-amerique.com

 

 


 


Une biographie complète d’Hitler

Il est toujours hasardeux de qualifier une biographie de définitive, tant il est vrai que, en raison du déclassement d’archives on finit parfois par avoir des révélations ultérieures qui jettent un nouvel éclairage sur le personnage. Cela étant dit, en ce qui concerne Adolf Hitler on pourrait presque dire que des historiens renommés dont Ian Kershaw ont accompli un boulot incroyable. Mais voilà qu’arrive dans le décor Peter Longerich qui nous a servi auparavant des biographies qui font autorité de Joseph Goebbels et d’Heinrich Himmler. Le voici qui s’attaque à leur Führer lui-même avec une biographie qui se présente comme un pavé de poche de plus de mille cinq cent pages. En somme son Hitler reprend tout ce qu’on a su avec un supplément de détails. Tout s’y trouve sur le parcours exceptionnel de cet homme qui eu le plus grand pouvoir accorder à un homme politique au XXème siècle. Ce qu’il ajoute toutefois c’est une approche contraire à des historiens qui voyait au fond le dictateur comme un homme faible. Ensuite il déboulonne le fait admis trop rapidement, que s’il a obtenu le pouvoir c’est avec l’adhésion totale du peuple allemand. A ce chapitre il nuance énormément, mettant sur le compte de cet « enthousiasme » apparent la résultante d’une effrayante machine de répression de toute opposition. S’il fallait donc ne se procurer qu’une seule biographie d’Hitler, c’est cella là sans l’ombre d’un doute.

Hitler. Peter Longerich. Tempus 1463p.

 

 


 


Journal de l’épouse du dernier président de la IIIème République

Marguerite Lebrun née Nivoit (1878-1947) a été l’épouse du dernier président de la IIIème République française Albert Lebrun que le régime de Vichy écarta pour faire place à la fonction de chef de l’État occupé par le Maréchal Pétain. Pendant la guerre donc le président Lebrun déchu de sa fonction s’en alla se réfugier au château de Vizille près de Grenoble qui avait été résidence secondaire des présidents de la République. Mais il n’avait plus aucun revenu. On se débrouillait comme on peut avec l’argent « vieux gagné ». On pouvait même voir l’ancien locataire de l’Élysée tenant en laisse sa vache! Tout ça est raconté dans le Journal de guerre de Marguerite Lebrun (Juillet 1940-Octobre 1947). L’ancienne première dame tenait son journal en fait depuis qu’elle avait l’âge de 13 ans. Son arrière-petit-fils Éric Freysselinard a sélectionné particulièrement ce segment de vie, très éclairant sur la vie que le couple a mené. Il est beaucoup question des misères dû au rationnement des vivres. Mais la femme, cultivée et douée qui parlait outre le français et l’allemand, ne se contente pas de voir évoluer son mari en « exil ». Elle dit bien ce qu’elle vit, elle, et ses observations de femme attentive à son milieu. Vous aimerez ces pages d’une époque loin d’être glorieuse de la douce France. Merci à ce descendant de nous permettre l’accès à ces pages éclairantes de la France sous l’Occupation.

Journal de guerre de Marguerite Lebrun. Presses Universitaires de Grenoble 517p.    www.pug.fr

 

 


 


Une négresse accusée d’un double meurtre sème l’émoi

Comme première entrée en littérature Sara Collins frappe fort. En effet, cette avocate de formation a décidé d’un sujet touchant à un double meurtre en 1826, celui causé par une domestique noire qui a eu un parcours de vie abominable depuis son enfance dans une plantation à sucre en Jamaïque comme esclave jusqu’à son arrivée à Londres. Elle sera recueillie par un couple en vue de la société anglaise, les Benham, que l’on retrouvera assassinée. C’est elle, Frannie Langton, qui est inculpée. Pour quels motifs aurait-elle commis ce double homicide, elle, redevable à sa maîtresse dans le double sens du mot…? Vous avez là un suspense judiciaire captivant. Les confessions de Frannie Langton demeureront dans votre tête bien longtemps après avoir terminé le livre. C’est un très bon indicateur.

Les confessions de Frannie Langton. Sara Collins. Belfond 396p.     www.belfond.fr

 

 


 


Un thriller qui décortique les arcanes de la politique américaine

Elle s’appelle Leah, elle écrivaine et sa beauté intacte, témoigne de son passé de top model. Elle est la compagne du candidat à la primaire démocrate. En vue de l’investiture, elle retourne à Lowell au Massachusetts son bled natal. Et là va ressurgir un passé. Une autre variante sur le thème des squelettes dans le placard. Sous la surface on ne peut choisir meilleur titre, est une BD en deux tomes inspiré par le roman de Martin Michaud sur un scénario de Gihef et de l’illustrateur Marco Dominici. Rythmique de l’histoire, dessin soigné, tout concoure à faire ce truc merveilleux qui se lit hélas trop vite, manière de témoigner du plaisir qu’on y prend. On a bien hâte de se taper la suite.

Sous la surface. Michaud, Gihef, Dominici. Éditions Kennes 56p. www.kenneseditions.com

 

 




 


Le coin santé physique et psychique

Comment une civilisation en arrive t’elle à définir les genres sexuels dans un schéma de pure construction sociale ? Pour y répondre un condensé de cinquante années de recherches vulgarisées par l’anthropologue Charlie Galibert. L’objectif qu’il s’est donné, est de montrer d’une part que l’être humain est marqué du sceau de la diversité, et qu’il ne faudrait à aucun prix tomber dans la stigmatisation et les stéréotypes. Car ces derniers ont comme tout régler et évitent la confrontation avec bien des dommages à la clé pour ceux et celles qui ne correspondent pas au cadre défini. Petit manuel du genre est publié aux Presses Universitaires de Grenoble.

Chez Plon une formatrice en relations humaines Marie-Jeanne Trouchaud avait compris depuis longtemps à quel point la force d’un individu prend appui sur la confiance en soi. Et c’est si vrai. Demandez à tout un chacun et dans une grande majorité vous découvrirez un océan de complexes et handicapant socialement. Mais comment inculque t’on, à ses petits cette puissance qui aide au développement de la personne et qui permet de ne plus avoir peur ici bas ? Ce sont les outils psychiques qu’elle nous partage dans Donnez confiance à votre enfant aux éditions Plon. C’est au passage le plus bel héritage à transmettre.

Un naturopathe qui répond à toutes les questions que nous pouvons nous poser en santé, c’est une aubaine. D’autant que le répondant est bardé de diplômes. En effet Daniel Crisafi qui présente Qu’en pense mon naturopathe ?, aux éditions de L’Homme est détenteur de deux doctorats, un en nutrition, l’autre en naturopathie et un autre diplôme en herboristerie. L’ouvrage est structuré comme un long questionnaire, avec les questions qui sont les nôtres, comme quelle est la façon de mieux dormir, peut-on se soigner par les plantes, etc. Et outre qu’il livre son expertise, il la complète en citant des références on ne peut plus sérieuse. Par exemple pour les plantes, il leur reconnaît des vertus curatives, mais pas toutes sur certaines bases. C’est un ouvrage utile à conserver près de soi et pour lequel on aura à référer au besoin quand survient un malaise.

 


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